RUSSIE

Les manifs de Lego font enrager les autorités russes

 Des Lego, des ours en peluche et des poupées en plastique qui brandissent des slogans anti-Poutine sur la place publique… C’est la nouvelle solution des activistes russes pour manifester, en toute légalité, contre le pouvoir en place. Mais l’initiative ne semble pas faire rire les autorités.  

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Des Lego, des ours en peluche et des poupées en plastique qui brandissent des slogans anti-Poutine sur la place publique… C’est la nouvelle solution des activistes russes pour manifester, en toute légalité, contre le pouvoir en place. Mais l’initiative ne semble pas faire rire les autorités.

 

Le mois dernier, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Moscou, la capitale russe, pour dénoncer le résultat des élections législatives du 4 décembre 2011 que l’opposition a jugé irrégulières. À Barnaul, le 10 décembre 2011, près de 2 000 personnes ont, elles aussi, battu le pavé. Une mobilisation sans précédent dans cette petite ville de 612 000 habitants, qui s’est soldée par l’arrestation de 20 opposants. Depuis, les autorités ont interdit toute velléité de manifester de la population.

 

S’inspirant d’une première manifestation de jouets improvisée en décembre dans la ville d’Apatity, dans le nord-ouest de la Russie, les activistes de Barnaul ont organisé les 7 et 14 janvier derniers de véritables sit-in de jouets d’enfants, qu’ils ont renommés "nano-manifestations". Disposés sur le sol ou les bancs enneigés du centre-ville, des dizaines de figurines ont ainsi bravé le froid de Barnaul, exposant des banderoles petit format qui indiquaient : "Nous sommes pour des élections propres" ou encore "Un voleur doit s’asseoir en prison, pas au Kremlin". Les vidéos de ces manifestations d’un nouveau genre n’ont pas tardé à circuler sur Internet, incitant d’autres villes de Russie comme Saint-Pétersbourg, Omsk et Irkoutsk à suivre l’exemple.

 

Ces rassemblements n’ont pas plu aux autorités policières. Ces dernières ont d’ailleurs demandé à la justice locale de statuer sur la légalité de ces happenings. "Selon nous, il s’agit bien là de manifestations non autorisées", a déclaré le chef de la police de Barnaul à un journaliste local.

  

La police prend en note les  slogans durant la manifestation à Barnaul, le 7 janvier.

 

 

Manifestation de jouets à Barnaul le 14 janvier.

"Nous n’avions pas suffisamment de temps pour obtenir le permis de manifester de la part des autorités locales"

Diana Dudoreva est une des organisatrices de la première manifestation de jouets qui s’est tenue le 10 décembre 2011 à Apatity.

 

Le 10 décembre, il y a eu des grandes manifestations dans différentes villes de Russie après les élections législatives. Avec des amis, nous tenions à nous mobiliser mais nous n’avions pas suffisamment de temps pour obtenir l’autorisation des autorités locales. Nous avons donc décidé d’utiliser des jouets, ce qui avait l’avantage de ne pas enfreindre la loi et était sans danger pour les personnes impliquées.

 

Nous avons disposé des figurines de Kinder Surprise sur une estrade très colorée qui a beaucoup impressionné les passants. Des journalistes étaient là aussi. Certains passants souriaient, d’autres étaient moins tendres et nous demandaient pourquoi nous n’étions pas 'sur les barricades' avec les 'vrais' manifestants. Nous ne voulions pas créer de scandale mais simplement nous exprimer et soutenir les manifestants des autres villes. Quelques jours plus tard, j’ai reçu un message d’une personne qui avait participé aux marches de contestation. Elle m’a dit : 'Je vous remercie de la part de la ville de Petrozavodsk ! Ça faisait longtemps que nous n’avions pas autant ri. Cela nous a remonté le moral !' Pour ce seul message, notre manifestation de jouets valait vraiment la peine !"

“Même les jouets ont plus de droits que nous !”

Alexey Teslenko est un des organisateurs des manifestations de jouets à Barnaul.

 

L’idée d’organiser une nano-manifestation est venue d’une discussion sur Vkontakte, un réseau social russe. Quelqu’un avait entendu parler d’une manifestation de jouets dans la ville d’Apatity [nord ouest de la Russie] et a suggéré que nous fassions la même chose.

 

L’idée nous a vraiment plu parce qu’elle était innovante et drôle. En plus, les habitants de Barnaul étaient en vacances, une période pendant laquelle on n’aime pas parler de politique avec trop de sérieux. Cela nous a permis de montrer à quel point l’interdiction de rassemblements pacifiques était absurde, puisque même les jouets ont plus de droits que nous !

 

"Les agents nous filmaient et notaient tous les slogans que nous avions écris sur les affichettes"

 

Le jour de la première nano-manifestation, il y avait sans doute plus de policiers, en uniforme et en civil, que de jouets. Les agents nous filmaient et notaient tous les slogans que nous avions écris sur les affichettes. Ils ont essayé de nous disperser arguant que les jouets étaient disposés dans un espace public alors que nous n’avions pas d’autorisation. Nous avons tout filmé et publié les vidéos sur YouTube, grâce à quoi beaucoup de journalistes sont venus pour voir la deuxième manifestation.

 

Nous attendons avec impatiente la réponse du procureur pour savoir si nous allons être poursuivis pour l’organisation de rassemblements non-autorisés. En attendant nous préparons une vraie manifestation, sans jouet cette fois, qui se tiendra le 4 février, la prochaine grande journée de mobilisation prévue dans toute la Russie [Un mois avant l’élection présidentielle]."