Syrie

Témoignages de Homs : "Nous cassons les murs entre les maisons pour circuler sans sortir dans la rue"

 La ville syrienne de Homs subit une offensive armée de grande envergure depuis six jours. D’après Human Rights Watch, au moins 300 personnes, surtout des civils, ont déjà été tuées. Nos Observateurs nous racontent leurs techniques pour survivre sous les bombes, dans une ville en ruine jonchée de cadavres.

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La ville syrienne de Homs subit une offensive armée de grande envergure depuis six jours. D’après Human Rights Watch, au moins 300 personnes, surtout des civils, ont déjà été tuées. Nos Observateurs nous racontent leurs techniques pour survivre sous les bombes, dans une ville en ruine jonchée de cadavres.

 

Parfois, des familles entières disparaissent sous les décombres de leurs maisons détruites par la pluie d’obus. L’offensive de l’armée régulière est particulièrement forte dans le quartier de Baba Amr, haut lieu de la résistance au régime de Bachar al-Assad. Face à la mort, au froid, aux carences en médicaments et en nourriture, au bombardement des hôpitaux et à la difficulté de se déplacer, les habitants sont en pleine détresse.

 

 

Bombardement de Baba Amr, le 9 février. On entend la personne qui filme dire : "C’est un génocide, voici un obus qui vient de tomber, encore chaud".

 

ATTENTIONS, CES IMAGES SONT CHOQUANTES.

 

Baba Amr, le 9 février. Des cadavres sous les décombres.  

"Homs est quasiment coupée du reste du monde"

Abu Rami (pseudonyme), 25 ans, traducteur à Khalidiyé (quartier de Homs), membre de l’Instance générale de la révolution.

 

On ne peut pas circuler dans la rue, à cause des snipers. Alors nous cassons les murs mitoyens, ou y creusons des trous sous les murs pour passer entre les maisons sans sortir. Ce qu’on cherche, c’est surtout du pain et des médicaments. Nous avons faim, nous avons froid, nous en sommes arrivés à faire les poubelles pour ramasser ce qui traîne. Car les commerces sont, pour la plupart, détruits.

 

À Baba Amr, pour l’instant, on enterre nos martyrs dans les jardins des maisons [un autre Observateur nous parle d’enterrements dans les jardins publics]. Mais si les bombardements durent trois jours de plus, il va falloir creuser des fosses communes, car il est impossible de sortir du quartier. Nous sommes complètement encerclés. Il n’y a plus de communication, plus d'électricité, plus d'Internet, plus de portables. Pour communiquer avec l’extérieur, je vais chez un ami qui a Internet par satellite. Homs est quasiment coupée du reste de la Syrie et du monde."

Un "tunnel de Rafah" pour éviter les snipers

 

Cette vidéo a été tournée dans le quartier de Karm al-Zeitoun à Homs le 7 février. Un activiste explique que les habitants ont construit une sorte de passage qu’ils nomment "le tunnel de Rafah". 

 

 

Voici ce qu'il dit : "On peut dire que c’est notre tunnel de Rafah. Il sert à éviter les balles des snipers qui tirent dans cette direction. Au bout de cette rue, il y a un sniper qui tire sur le peuple. Hier, à cet endroit, une femme est tombée en martyre alors qu’elle ramenait du pain. Elle s’appelait Assia, nous l’avons filmée pour que le monde entier la voit.

 

Alors, les habitants ont mis ces barrières pour pouvoir traverser. Regardez comment ils traversent… C’est devenu comme en Palestine ici, voire pire, parce que les gens qui meurent et les gens qui tuent sont du même peuple. Ce chemin mène de Karm al-Zeitoun au quartier d'Adawiya. Les gens obligés d’aller chercher des choses ou de faire passer leur famille à Adawiya doivent vivre 1000 épreuves pour y arriver…

 

C’est une guerre menée par le régime, regardez les traces de tirs des snipers, c’est Bachar qui nous fait subir ça. Regardez les poteaux électriques. Avec ce qu’on construit là, ce n’est pas forcément sécurisé. De toute façon, ils tirent à chaque fois que quelqu’un essaie de traverser la rue. Même avec des roquettes." 

"On se partage le pain qui reste dans le quartier"

Rami H. (pseudonyme) habite le quartier de Khalidiyé.

 

Il y a des jeunes qui se sont aventurés aux abords du quartier pour essayer d’en sortir, ils en ont blessé deux. Il n’est pas possible de se déplacer, il y a des patrouilles partout. Il est donc impossible de transférer les blessés vers les hôpitaux. Et il n’y a plus que des médicaments de base, juste quelques calmants. Nous n'avons presque plus de pain non plus, alors on se partage ce qui reste entre les familles du quartier, mais on arrive au bout."

 

Cet article a été écrit avec la collaboration de Maha Ben Abdeladhim, journaliste à FRANCE 24.