PAYS-BAS

Le Père Noël hollandais doit-il virer son assistant "raciste"?

  Aux Pays-Bas, l’hiver débute avec le jour férié consacré à la Saint Nicolas et à son assistant le Père Fouettard, encore appelé "Zwarte Piet", (le Pierre noir) en raison de la couleur noire de sa peau. Si Zwarte Piet, les bras chargés de cadeaux et de bonbons, est très populaire auprès des enfants, il est également très controversé auprès des adultes qui s’interrogent sur la pertinence de sa couleur de peau dans notre société multiculturelle.

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Photo de Chad Bilyeu.

 

Aux Pays-Bas, l’hiver débute avec le jour férié consacré à la Saint Nicolas et à son assistant le Père Fouettard, encore appelé "Zwarte Piet ", (le Pierre noir) en raison de la couleur noire de sa peau. Si Zwarte Piet, les bras chargés de cadeaux et de bonbons, est très populaire auprès des enfants, il est également très controversé auprès des adultes qui s’interrogent sur la pertinence de sa couleur de peau dans notre société multiculturelle.

 

L’histoire de Saint Nicolas et de Zwarte Piet est la même que celle du Père Noël. A la place de ses rennes, Saint Nicolas a un cheval blanc. Et à la place les lutins, il y a Zwarte Piet, un petit bonhomme à la peau noir charbon. La légende rapporte que la couleur noire de sa peau est liée aux origines africaines de Zwarte Piet, mais aujourd’hui on explique aux enfants qu’il est recouvert de suie à force de descendre et de remonter les cheminées.

 

Cette année, le Père Fouettard hollandais a soulevé plus de controverses que d’habitude. Un collectif appelé "Zwarte Piet aciste" a ouvert le débat aux Pays-Bas après avoir organisé une série d’événements un peu partout dans le pays pour ouvrir le dialogue au sujet de cette figure emblématique très appréciée du pays. La fête a même fait les titres de la presse internationale car une communauté hollandaise dans le New Westminster, au Canada, a annulé les festivités après que ses membres africano-canadiens ont refusé que Zwarte Piet fasse partie de la fête du 5 décembre.

 

Quoi qu’il en soit, la polémique n’a pas empêché les Hollandais de passer leur costume de Zwarte Piet et de se peindre le visage en noir le 5 décembre dernier.

 

 

Photo postée sur yfrog par riafleurtje.

 

Photo postée sur Twitpic par @gewoonroom.

"Il n’y a que les gens politiquement corrects qui ont un problème avec le Père Fouettard"

Paul van Raalten, 70 ans, vit à Amsterdam, où il travaille dans l’importation de plats italiens.

 

Dans ma jeunesse, le Père Fouettard était beaucoup plus agressif, c’était un personnage vraiment effrayant. Si vous faisiez une bêtise, le Père Fouettard pouvait vous mettre dans un sac et vous envoyer en Espagne. Il pouvait également vous punir en vous fouettant avec un sac de brindilles. Evidemment ces punitions n’ont jamais été mises à exécution – il s’agissait juste d’une histoire pour effrayer les enfants désobéissants.

 

Aujourd’hui, le Père Fouettard est plus sympathique. Il donne des bonbons et les distribue en les jetant un peu partout autour de lui. La veille du 5 décembre, il est de coutume de mettre ses chaussures devant la cheminée et d’y laisser quelque chose à manger pour le cheval de Saint Nicolas. La nuit, le Père Fouettard descend par la cheminée et dépose un cadeau au pied des chaussures. Le lendemain, au réveil, les enfants sont tout excités.

 

Evidemment, il y a une sorte de discrimination à l’encontre des personnes qui sont différentes des autres. C’est dans la nature humaine. Mais le Père Fouettard n’est pas comme ça. Il n’y a que les personnes politiquement correctes qui ont un problème avec ce personnage. Ils créent un problème là où il n’y en a pas.

 

Heureusement, les Néerlandais ne sont pas aussi politiquement corrects que les Américains – on peut rire de tout.

"Personne en dehors des Pays-Bas ne connaît notre Père Fouettard, on peut se demander s’il y a vraiment une raison d’en être fier."

Quinsy Gario, 27 ans, est poète, artiste visuel et réalisateur de films pour la télévision et vit à Amsterdam. Il est aussi l’un des principaux acteurs du projet "Le Père Fouettard est raciste".

 

Depuis le mois de juin, nous essayons d’ouvrir le dialogue avec les gens pour qu’ils puissent mieux connaître l’histoire du Père Fouettard. Le plus souvent, lorsqu’on aborde le sujet avec eux, ils se perdent dans des considérations affectives. Ils ont tendance à camper sur leurs positions en pensant que ça fait partie des bonnes choses de l’enfance, que c’est intrinsèquement lié à l’identité néerlandaise et que ça ne doit pas changer.

 

Le Père Fouettard est apparu pour la première fois dans un livre en 1852 comme l’esclave de Saint-Nicolas. C’est à la même époque que l’on a vu les premiers visages noirs en Amérique, et 11 ans plus tôt, l’esclavage a été aboli aux Pays-Bas. Il est également important de noter que les Américains et les Hollandais ont plus de 400 ans d’échange culturel entre eux. A cette époque, le racisme était normal.

 

Et puis le personnage a évolué avec son temps. In 1966, le Père Fouettard s’est transformé en bouffon pour le rendre plus sympathique aux yeux des enfants. De la même manière, le Père Fouettard est également rentré dans les stéréotypes africains en devenant simple et enfantin. Avec le temps, il est un peu devenu le chef de Saint Nicolas. Dans son nouveau rôle, il endosse le personnage de son ancien bourreau.

 

Au-delà de cela, le Père Fouettard a une apparence choquante. Tous les ans, les Hollandais se présentent au monde comme une Nation tolérante, le pays de la Cour internationale, des tulipes, du football etc. Mais personne ne se demande si nous sommes vraiment fiers du Père Fouettard?

 

La tradition est censée être liée à l’intégration et la solidarité. Il est question de donner, de partager et de recevoir. Mais la question est : pourquoi voulons-nous que cette chose si belle soit liée à un épisode raciste de notre passé ?

 

Article écrit avec la journaliste de FRANCE 24 Rachel Holman.