Capture d'écran de la conférence de presse du ministre syrien des affaires étrangères, Walid El Moallem.
 
Lors d’une conférence de presse organisée lundi à Damas, le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid El Moallem, a présenté plusieurs vidéos amateurs comme des preuves irréfutables d’attaques perpétrées par "des groupes terroristes" en Syrie. Des vidéos tournées … au Liban, il y a plusieurs années.
 
Face à la contestation, les autorités syriennes livrent une véritable bataille médiatique pour discréditer les images amateurs qui témoignent de la répression. En effet, la Syrie est interdite d’accès à la plupart des journalistes internationaux et les vidéos filmées par les manifestants demeurent la principale source d’information pour les médias étrangers. La télévision d’État et la chaîne privée Al Dunya se chargent de transmettre la version officielle des faits, imputant systématiquement les violences qui secouent le pays à des "groupes terroristes".
 
Une version que le ministre des Affaires étrangères Walid Moallem a encore défendu, lundi, lors d’une conférence de presse, vidéos à l’appui. Le ministre a d’abord déploré le fait que la Ligue Arabe exhorte l’armée syrienne à cesser la répression alors qu'elle ne condamne jamais la violence des "terroristes". Au cours de son allocution, il a étayé ses propos d'un montage de plusieurs vidéos, affirmant vouloir "montrer quelques exemples des crimes commis par ces groupes terroristes". Sur les grands écrans ont défilé pendant quelques minutes différents extraits d’images amateurs : des cadavres déchiquetés ou criblés de balles, d’autres jetés depuis un pont, un homme lynché ou encore des groupes armés jusqu’aux dents, en plein entraînement.
 
Les vidéos diffusées durant la conférence de presse du ministre syrien des Affaires étrangères Walid El Moallem (nous ne diffusons pas la totalité des images car certaines sont très choquantes). Les images proviennent de la télévision syrienne.
 
Il s’avère que certaines de ces vidéos n’ont pas été tournées en Syrie. Celle montrant par exemple un homme lynché en train d’agoniser, présentée comme ayant été filmée à Jisr Al Shoughour (0’04) - selon les indications rajoutées sur les  images - a en fait été tournée à Ketermaya, au Liban, en mai 2010. La victime, un Égyptien soupçonné de meurtre, avait été violemment pris à parti par la foule. Nous avions à l’époque écrit un article sur la vendetta exercée contre le village libanais, tout en choisissant de ne pas montrer ces images d’une rare violence.
 
De même pour les passages montrant des prétendus "terroristes en plein entraînement" à Lattaquié (1’18). La vidéo vient en fait de Bab Tebbané, dans les environs de Tripoli, au Liban, et date de 2008. Des Libanais ont d’ailleurs manifesté hier soir à Tripoli pour dénoncer la supercherie.
 
D’autres images, tournées cette fois en Syrie et diffusées également par le ministre, sont sujettes à caution : à 0’26, des hommes déchargent des cadavres depuis un pick-up et les jettent dans un fleuve. L’extrait est commenté ensuite par un homme qui se présente comme faisant partie du groupe qui déchargeait les corps. Il affirme avoir participé à une attaque contre un poste de police. Si nos Observateurs nous ont bien confirmé que ces images viennent  de Hama, comme indiqué sur l’extrait diffusé par le ministre, certains d’entre eux doutent qu’il s’agisse de "terroristes". Ils notent que la vidéo ne donne aucune information permettant de soutenir l’accusation du ministre et qu’il pourrait tout aussi bien s’agir de miliciens du régime se débarrassant de cadavres de manifestants. Ils affirment par ailleurs que le fleuve Al ‘Assi que l’on voit sur cette vidéo était asséché à cette période de l’année (la vidéo est datée du mois d’août).
 
Il n’en reste pas moins que la nature pacifique des manifestations en Syrie est aujourd’hui en question. Le 17 novembre, le président du Conseil national syrien, Burhan Ghalyoun, a lui-même exhorté les habitants de Homs à ne pas céder à la violence et à cesser les enlèvements et les actes de vengeance.