RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Témoignages de violences électorales

 À Kananga, dans le centre du Congo, ainsi qu'à Lubumbashi au sud est du pays, la journée électorale a été émaillée d'incidents. À tel point que nos Observateurs, voulant aller voter, ont dû rebrousser chemin, effrayés par des coups de feu.

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Désordre devant un bureau de vote à Kisagani le 28 novembre 2011. Photo postée sur Flickr par la Monusco, la mission de l'ONU en RDC.

 

À Kananga, dans le centre du Congo, ainsi qu'à Lubumbashi au sud est du pays, la journée électorale a été émaillée d'incidents. À tel point que nos Observateurs, voulant aller voter, ont dû rebrousser chemin, effrayés par des coups de feu.

 

Les Congolais votent aujourd'hui pour la double élection du futur président de la RDC et des 500 députés de l'Assemblée nationale. Des violences ont déjà éclaté ces derniers jours, faisant plusieurs morts. Et la situation semble encore s'aggraver aujourd'hui.

 

Parmi les incidents signalés dans la ville de Kananga, fief de l'opposant Etienne Tshisekedi, on note des bureaux de vote  incendiés, des bulletins volés et d'autres qui étaient déjà dans les urnes avant même l'ouverture du scrutin...

 

À Lubumbashi, dans le sud-est du pays, deux policiers ainsi qu'une femme ont été tués - et deux militaires blessés - dans l'attaque d'un bureau de vote par des hommes armés. Deux jeeps chargées d'un millier de bulletins de vote ont par ailleurs été brûlées.

 

Si vous aussi vous avez été témoin de violences électorales, envoyez-nous vos témoignages à observers@france24.com.

 

"Les gens dans la queue disaient que les bulletins avaient été pré-cochés en faveur de la majorité présidentielle"

Marie P. est une de nos Observatrices à Kananga. Elle a essayé d’aller voter ce matin dans un bureau de vote situé dans l’école catholique de Bwenabutu.

 

Des gens faisaient la queue depuis 5h du matin devant le bureau de vote. À 9h les employés en charge du centre sont venus ouvrir [les bureaux devaient ouvrir à 6h]. Moi, je n’ai pas vu ce qui s’est passé à l’intérieur car j’étais loin derrière, dans la queue. Mais ce que j’ai entendu, c’est que des électeurs ont mis la main sur les kits électoraux du bureau et se sont rendus compte qu’à l’intérieur il y avait des bulletins pré-remplis. Les gens disaient qu’ils avaient été pré-cochés en faveur de la majorité présidentielle. Les électeurs s’en sont donc pris à l’agent électoral en charge du bureau. Puis la police est intervenue. Quand j’ai entendu les premiers tirs, je suis partie avec la plupart des électeurs, qui ont paniqué. Je ne pense pas que j’y retournerai car le bureau est loin de chez moi."

"Un groupe d’environs 25 hommes armés a débarqué à bord de deux jeeps devant le bureau de vote"

Wally P. est un de nos Observateurs à Lubumbashi.

 

Je devais voter dans un bureau du quartier de Nzanza, dans le centre-ville, quand un groupe d’environ 25 hommes armés a débarqué à bord de deux jeeps. Il était environ 13h. Ils avaient tous le visage caché par des masques avec des bandes rouges. Postés à l’entrée, ils ont commencé à tirer, puis, une fois les gens partis, ils ont saccagé le bureau et sont ressortis avec le matériel électoral. Ils ont brûlé certains bulletins et sont repartis avec d’autres. [L’attaque a fait trois morts, deux militaires et une électrice]. Après avoir assisté à ça, je suis allé me réfugier chez moi.

 

Je sais qu’un kilomètre plus loin, à Kiwele, un autre centre a subi une attaque, mais les forces de l’ordre ont réussi à maîtriser la situation et les assaillants n’ont pu pénétrer à l’intérieur.

 

Ces hommes ne sont ni de l’opposition ni des militants du pouvoir en place. Ce sont des membres de la "gendarmerie katangaise". La majorité d’entre eux n’est pas de Lubumbashi, mais vient des campagnes environnantes. [L’attaque a effectivement été revendiquée par un ancien du groupe indépendantiste de la province du Katanga, les "gendarmes katangais"]. Leur unique objectif est de saboter le processus électoral."