L'entrée de l'ancien hippodrome, prévu pour être transformé en un complexe islamique. Photo de notre Observateur Richard Mbatna. 
 
La crise libyenne a porté un coup d’arrêt à la coopération économique entre Tripoli et le Tchad. En attendant que le gouvernement tchadien trouve de nouveaux fonds pour financer les projets de construction entamés par la Libye avant la guerre, plusieurs chantiers se retrouvent aujourd’hui au point mort. Et certains Tchadiens disent "regretter" l’ère Kadhafi.
 
Au début des années 2000, la Libye s’est mise à investir tous azimuts en Afrique dans des secteurs-clés comme l’hôtellerie, l’industrie ou l’agriculture. Dix ans plus tard, grâce à ses rentes pétrolières, l’ancien "Guide" libyen avait financé la construction de 23 complexes hôteliers dans 15 pays différents mais aussi des raffineries, des banques et des réseaux de télécommunication.
 
Le Tchad a été l’un des principaux pays bénéficiaires de la volonté de Mouammar Kadhafi d’asseoir son influence économique et politique sur le continent africain. À l’image du fastueux cinq étoiles Kempinski Libya Hotel et de la Banque commerciale du Chari (BCC), propriétés de la LAAICO (Libya Arab Africa Investment Company, un des nombreux fonds d’investissement de Kadhafi).
 
Le Libya Hotel, à N'Djamena. Photo de notre Observateur Richard Mbatna. 
 
Quand la crise libyenne a éclaté, en février, la coopération économique entre le Tchad et la Libye tournait à plein régime. Le Tchad venait de céder à la Libye plus de 50 000 hectares de surfaces agricoles à exploiter, ainsi que l’hippodrome de N’Djamena, que Mouammar Kadhafi avait promis de transformer en complexe islamique. Aujourd’hui, un mois après sa mort, ces grands projets sont en sursis.
 
Le président tchadien, Idriss Déby Itno, qui a reconnu le CNT (Conseil national de transition), à la fin août, après la chute de Tripoli, a longtemps soutenu Mouammar Kadhafi contre la rébellion. Les relations du Tchad avec les nouvelles autorités libyennes, qui l’ont accusé de fournir des mercenaires à Mouammar Kadhafi, restent aujourd’hui tendues (lire le rapport de l'ONG Crisis Group "L'Afrique sans Kadhafi : le cas du Tchad"). 

"Nous regretterons toujours la mort de Kadhafi"

Richard Mbatna est propriétaire d’un magasin de sport à N’Djamena.
 
Kadhafi a beaucoup contribué à l’embellissement de N’Djamena, avec le Libya Hotel et les villas libyennes partout dans la ville. Mais, aujourd’hui, tous les chantiers sont à l’arrêt. Voilà pourquoi nous regretterons toujours la mort de Kadhafi.
 
En tant que chef d’entreprise, la disparition de Kadhafi m’affecte directement. La deuxième édition des Jeux sportifs de la CEN-SAD [créée en 1998 à Tripoli, sous l’impulsion, notamment, de Mouammar Kadhafi, la Communauté des États sahélo-sahariens est une organisation internationale qui regroupent 28 États africains] devait avoir lieu en octobre à N’Djamena. J’avais confectionné des échantillons de maillots de sport et j’espérais signer un contrat pour habiller les athlètes tchadiens. Aujourd’hui, cet événement a été reporté sine die.
 
 
L'entrée pour accéder à des villas libyennes est en chantier. Photo prise par notre Observateur. 

"Avec tous ses milliards, je me demande pourquoi il n'a pas investi dans son propre pays"

Wad est ingénieur à N’Djamena
 
Mouammar Kadhafi a toujours fasciné les Tchadiens. Selon moi, il avait tout d’un modèle pour les chefs d’État africains parce qu’il représentait le nationalisme et avait le sens du développement [l’ancien 'Guide' libyen, fervent défenseur du panarabisme et du panafricanisme, voulait créer les États-Unis d’Afrique]. Avec tous les projets qu’il avait pour l’Afrique, il tendait à une vraie autonomie du continent, notamment financière, vis-à-vis des pays occidentaux.
 
Malgré tout cela, je me suis rendu compte qu’il n’avait rien fait chez lui. J’ai été stupéfait, en regardant la télévision, de voir que ce n’était pas des autoroutes qui reliaient les villes entre elles. Quand j’ai vu l’état des routes, je me suis cru au Tchad ! Avec tous ses milliards, on se demande pourquoi il n’a jamais investi pour des infrastructures modernes dans son propre pays.
 
Site de l'hippodrome de N'Djamena. Photo prise par notre Observateur Richard Mbatna. 
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.