ÉTATS-UNIS

L’hiver et la police auront-ils raison du mouvement "Occupy" ?

 La descente policière sur le campement des "Indignés" de Wall Street, dans la nuit de lundi à mardi, fait suite à une série d’évacuations de places occupées à travers tout les États-Unis. Ces opérations de police contraignent les manifestants à choisir : continuer de camper dans les centres-villes au risque de se faire déloger, ou adopter une nouvelle manière de protester.   

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Photo de "Occupy Oakland" de Sandy Lopez.

 

La descente policière sur le campement des "Indignés" de Wall Street, dans la nuit de lundi à mardi, fait suite à une série d’évacuations de places occupées à travers tout les États-Unis. Ces opérations de police contraignent les manifestants à choisir : continuer de camper dans les centres-villes au risque de se faire déloger ou adopter une nouvelle manière de protester.

 

La police de New York a investi le Zuccotti Park à 1h du matin mardi pour en déloger ses occupants. Ces derniers ont été pris par surprise, n’ayant pas reçu de notification officielle de quitter les lieux. Prenant soin de tenir les journalistes à distance, les forces de l’ordre ont arrêté des dizaines de personnes qui refusaient de partir.

 

Mardi en fin d’après-midi, les autorités ont de nouveau autorisé les manifestants à retourner dans le square, où désormais ils ne peuvent plus camper. "Cela fait deux mois qu’ils occupent le parc avec des tentes et des sacs de couchage, a déclaré Michael Bloomberg, le maire de New York. Maintenant, ils vont devoir occuper l’espace avec la force de leurs arguments".

 

D’après nos Observateurs qui participent aux mouvements "Occupy" à Denver, à Oakland et à New York, les "Indignés" ne sont pas prêts de jeter l’éponge.

“L’usage de la violence par les policiers a seulement contribué à galvaniser les manifestants”

Alexa O’Brien est l’un des fondateurs du US Day of Rage, un groupe d’activistes américains qui a initié l’occupation de Wall Street, lancée le 17 septembre.

 

Je peux garantir que nous n'allons pas nous arrêter là. Les citoyens ont été privés d’exercer leur droit de se rassembler pacifiquement. L’usage de la violence par les forces de l’ordre a seulement contribué à galvaniser les manifestants.

 

Nous avons prévu de manifester en masse à Wall Street le 17 novembre, mais "Occupy Wall Street" existe maintenant en dehors des rues. Nous avons mis en place des groupes de travail pour réfléchir aux différents problèmes que nous souhaitons résoudre. Nous avons établi une antenne de communication, avec des développeurs informatiques qui nous aident à diffuser nos messages

 

Selon moi, "Occupy" est un succès parce qu’il a inspiré d’autres mouvements à travers tout le pays. Il y a clairement de la part des forces de l’ordre une volonté de nous écraser. Mais nous avons déjà vu d’autres mouvements "Occupy" se relever après avoir été délogés.

  

L'arrestation de manifestations par la police, à Zuccotti Park, mardi 16 novembre. Vidéo de Michael Rusch/Byline Beat.

“Nous avons besoin d’une stratégie de long terme”

Yvonne Tran est une réalisatrice qui a participé au mouvement  "Occupy Oakland".

 

J’ai rejoint le mouvement "Occupy Oakland", lancé dans le sillage d'"Occupy Wall Street", dès le premier jour. Nous avons déjà été délogés deux fois depuis le début. Et lundi, nous avons remarqué que les policiers avaient appris de leurs erreurs passées. L’évacuation s’est passée calmement, ils ont pris leur temps et n’ont pas utilisé de gaz lacrymogènes.

 

Maintenant, les gens de "Occupy Oakland" cherchent à savoir comment rebondir. Personnellement, je ne pense pas que nous pourrons continuer ainsi. "Occupy Oakland" a besoin d’une stratégie à long terme. Il faudrait peut-être réfléchir à une mobilisation sans les tentes. Nous avions discuté de la poursuite du campement avec l’arrivée de l’hiver et de la possibilité d’occuper un immeuble voisin par exemple. Mais certains veulent rester fidèles au plan original et retourner sur la place. Rien n’est encore décidé. 

 

Le journaliste citoyen OakFoSho a compté le nombre de postes de police installés à Oakland. 

“Désormais, nous faisons des rondes la nuit pour s’assurer que la police ne tente pas une descente durant notre sommeil”

Patricia Hughes est une infirmière qui a participé au mouvement "Occupy Denver".

 

Nous avons reçu une notification de notre éviction vendredi et avons été délogés samedi après-midi alors que nous étions environ mille participants. Nous avons changé d’endroit pendant une journée avant de revenir sur notre campement initial, au Civic Center Park. La police a détruit tout ce que nous avions, aussi bien nos sacs de couchage que nos bâches. Elle ne nous a rien laissé.

 

Nous nous sommes regroupés pour nous réorganiser. Maintenant, nous faisons des rondes la nuit pour s’assurer que la police ne tente pas une descente durant notre sommeil. La nuit dernière, vingt-huit manifestants dormaient dans le parc et seize voitures de police étaient garées autour. Je trouve cela un peu excessif et je préfèrerais que l’argent de mes impôts soit utilisé pour le système scolaire.

 

Au début de la mobilisation, il y a huit semaines, nous avions de véritables infrastructures : une tente pour les médicaments, une tente pour la nourriture et une tente hypothermique parce nous voulions éviter que les manifestants ne tombent malades. Mais deux semaines après, la police est intervenue et a retiré les tentes. En tant qu’infirmière, je trouve anormal que le maire de la ville accepte que des citoyens puissent tomber malades pendant qu’ils exercent leur droit de manifester.

 

L'évacuation du camps de Denver par la police, samedi 12 novembre. Vidéo publiée sur YouTube par Chris Georgia.