Le responsable d’une prison russe a été placé en détention pour au moins deux mois après la diffusion sur Internet de vidéos sur lesquelles on le voit tabasser des détenues dans leur cellule. Un scandale qui jette l'opprobe sur le système carcéral russe.
 
Sur les trois vidéos, filmées en 2008 dans une prison de la région d’Amur à l’est de la Russie, un responsable, identifié comme le directeur-adjoint Sergei Zychkov, frappe plusieurs prisonnières à coups de pied et de poing et leur tire violemment les cheveux. Ces images, postées le 24 octobre sur Internet, ont provoqué un véritable tollé sur la blogosphère, amenant les autorités russes à ouvrir rapidement une enquête. Trois jours plus tard, Zychkov était arrêté et accusé d’abus de pouvoir.
 
 
Un responsable de prison, identifié comme Sergei Zychkov, frappe des détenues dans leur cellule. Vidéo postée sur YouTube par MrArtur113.
 
Selon les médias russes, Vitaly Karnyayenka, le directeur de la prison, se serait dit  "surpris" à la vue de ces images et aurait déclaré : "À mon avis, ces vidéos ont été retouchées".
 
Vidéo postée sur YouTube par MrArtur113.
 
Ce genre de violences n’est pourtant pas rare dans le système carcéral russe. En 2003, l’Organisation mondiale contre la torture (OMTC) publiait un rapport dénonçant les conditions de détention des prisonnières, souvent placées dans des lieux surpeuplées, insalubres et propice à la violence. Certaines ont raconté avoir été privées de nourriture, battues par des gardiens ou encore torturées.
 
Video posted on YouTube by MrArtur113.

"Certaines prisons russes peuvent être comparées à des camps de concentration"

 
Lev Ponomaryov est un militant des droits de l’Homme et homme politique. Il est actuellement directeur de l’Organisation russe de défense des droits de l’Homme basée à Moscou et vice-président du comité de la fondation pour les droits des prisonniers.
 
Je pense que certaines prisons russes peuvent être comparées à des camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale. Il existe des rapports dans lesquels les détenus affirment être battus, torturés, violés. Et les prisonniers ont très peu de recours possibles parce qu’il est quasiment inenvisageable pour eux de porter plainte ou d’alerter qui que ce soit à l’extérieur.
 
Beaucoup de prisons russes sont comme des trous noirs et un des seuls moyens de rassembler des informations sur ce qui se passe à l’intérieur c’est en parlant avec les anciens détenus ou la famille des prisonniers. Notre organisation travaille dur pour collecter ces quelques informations et il arrive occasionnellement que nous puissions forcer les autorités à licencier tel ou tel membre du personnel ou à ouvrir une enquête criminelle.
 
Cependant, ce sont rarement les gardiens qui battent les prisonniers. Le plus souvent, ils ordonnent aux ‘aktiv’ – les détenus condamnés à des lourdes peines pour des crimes comme le viol ou le meurtre – de distribuer eux-mêmes les coups. En retour, les 'aktiv' se voient octroyer certains privilèges.
 
"Quand on se débarrasse d’un mauvais gardien, un nouveau est embauché pour le remplacer"
 
Malgré ces rares victoires, le système n’a pas changé. Quand on se débarrasse d’un mauvais gardien, un nouveau est embauché pour le remplacer. Je pense en fait que le système carcéral russe est intrinsèquement lié à la violence. Dans quasiment toutes les régions, il y a au moins un camp de 'torture' utilisé pour mater les détenus qui refusent d’obéir.
 
Mais finalement, je pense que si ces abus persistent c’est aussi parce que la société russe s’en moque. J’ai déjà abordé la question de la violence dans les prisons à la radio, mais la réaction des auditeurs c’est '"laissez-les tous crever'."
 
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec le journaliste freelance Ostap Karmodi.