Photo de l'incendie dans le parc national de La Réunion postée le samedi 29 octobre par giltex Taopex.
 
Des incendies ravagent depuis plusieurs jours le parc national de La Réunion classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Plus de 2 700 hectares sont déjà partis en fumée. Pour les exploitants agricoles de la zone victimes de ces feux de forêt, la lutte contre les incendies a été lancée trop tard et avec des moyens insuffisants.
 
Selon le service départemental d’incendie et de secours (SDIS), une centaine de personnes vivant dans les hauteurs de l'ouest de l'île de La Réunion, a déjà été évacuée. À plus de 2 000 mètres d'altitude, les feux attisés par des vents violents continuent de menacer les champs et les habitations, même s’il ne progresse plus depuis quelques heures.
 
Le quatrième détachement de 170 pompiers partis de métropole est arrivé ce mardi à Saint-Denis, portant à plus de 1 000 le nombre de personnes luttant contre les flammes. Les troupes sont par ailleurs assistées de quatre hélicoptères bombardiers d'eau. Mais certains élus locaux considèrent que ces moyens sont dérisoires face à l’ampleur de la catastrophe. Comme pour clore la polémique, le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, a annoncé, lundi soir, l'envoi de deux avions bombardiers d'eau Dash. Par ailleurs, la ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, est attendue sur place ce mercredi pour constater "la mise en œuvre des moyens mobilisés".
 
 

"Ma maison et les bâtiments de mon exploitation ont été épargnés, mais le feu a détruit la quasi-totalité de mes pâturages"

 
Morille Maillot est éleveur à la Chaloupe-Saint-Leu, une des communes touchées par l’incendie située dans le parc nationale de La Réunion.
 
Nous avons dû quitter notre ferme samedi soir, au plus fort de l’incendie [environ 800 hectares du parc national ont brûlé en quelques heures]. Malgré les fumées qui rendaient l’air irrespirable, j’ai d’abord refusé de quitter ma propriété mais les gendarmes m’ont mis de force dans un fourgon pour évacuer. J’ai passé la nuit à faire les 100 pas, je n’ai pas réussi à dormir. Le bruit circulait que mon exploitation avait été complètement détruite. Il a fallu attendre le petit matin pour se rendre sur les lieux et découvrir les dégâts. Par miracle, ma maison et les bâtiments de mon exploitation ont été épargnés, mais le feu a détruit la quasi-totalité de mes pâturages. Avec mon fils, nous sommes sur le pied de guerre de jour comme de nuit, nous aidons les pompiers déployés sur notre terrain.
 
Dès les premières flammes, nous avions demandé au préfet de nous envoyer un avion-bombardier d’eau, le Dash, comme celui qui a été utilisé il y a un an pour éteindre les feux de forêt sur l’île [en octobre 2010, 800 hectares du parc national avaient été brûlés en trois semaines]. Le préfet Michel Lalande nous a répondu qu’il serait inefficace cette fois-ci. Mais aujourd’hui, on apprend que deux avions bombardiers d’eau sont finalement envoyés. Tout ce temps perdu nous a mis en colère. Nous sommes victimes de conseillers incompétents qui n’ont pas su prendre les bonnes décisions. Ils devraient être renvoyés ou au moins rétrogradés !
 
Nous sommes tristes car une partie de notre forêt et de nos exploitations est détruite. Les dégâts sont irréversibles. Il faudra attendre 60 ans pour que les tamarins, ces arbres qui poussent sur les hauteurs de l'île, soient de nouveau exploitables. Nous ne comprenons pas que cette zone qui fait partie du parc national de l’île et qui est classée au patrimoine mondial de l'Unesco, n’ait pas été mieux surveillée. On aurait dû utiliser des moyens supplémentaires pour nettoyer, débroussailler les zones à risques. Des brigades auraient dû être mises en place pour effectuer des contrôles réguliers dans le parc et des gardiens auraient dû être chargés de la surveillance constante du site.
 
Il est évident aujourd’hui qu’il n’y a pas assez de moyens humains, pas assez d’hélicoptères, pas assez de camions quand on sait que le feu avance sous la terre. De plus, le relief est escarpé, il est difficile d’atteindre certaines zones et d’étouffer complètement les foyers d’incendies. Nous avons aussi contre nous le vent qui ravive les flammes et la nuit qui ralentit les opérations des pompiers. Tous les soirs, nous avons une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Le préfet dit que l’incendie est 'contenu' mais hier soir les feux ont redémarrés, il nous a fallu lutter toute la nuit même si nous savons que nous prenons d’énormes risques en restant sur place."
 
Hélicoptère bombardier d'eau. Photo d'Alice Bertin postée le 31 octobre 2011 sur Facebook.
 
 

'Le feu est encore présent en sous-sol et peut se transformer à tout moment en feu de surface"

Le commandant Henri-Claude Pothin fait partie des pompiers réunionnais déployés ces derniers jours dans le parc national.
 
Nous savons que l’incendie a une origine criminelle, car il y a eu trois gros départs de feux en moins d’une heure et demie. Mais compte tenu de l’ampleur du phénomène, le principal est qu’il n’y a pas eu de pertes humaines.
 
Le vent est tombé lundi mais nous craignons toujours que le feu se réactive à certains endroits. Il est encore présent en sous-sol car une couche d'humus très combustible permet aux flammes de progresser à quelques centimètres sous terre, par les racines. Il peut se transformer à tout moment en feu de surface. Pour venir à bout de ces incendies, il nous faut faire des tranchées et mouiller abondamment pour refroidir la terre. Nous avons surtout besoin de beaucoup de bras, de matériels légers (pelles, etc.) et lourds pour creuser des kilomètres de lisières. Mais nous n’avons pas besoin de bombardier d’eau à ce stade des opérations Même ce week-end, malgré la violence des flammes, nous n’aurions pas pu utiliser le Dash car il ne peut pas voler de nuit [les hélicoptères sont par ailleurs considérés comme plus adaptés que les avions bombardiers sur ce type de relief].
 
Dès le mardi 25 octobre au soir, nous avons fait la demande de personnel pour nous aider. Les pouvoirs publics ont répondu de manière rapide jeudi. Si on compare avec l’année dernière, nous avons gagné trois jours entre la demande et le déploiement des premiers renforts. Les nouveaux pompiers déployés permettront d’organiser une relève car les pompiers réunionnais sont exténués.
 
Mais nous manquons de moyens aériens adaptés. Aujourd’hui, nous n’avons que quatre hélicoptères bombardiers d’eau. Ils appartiennent tous à des opérateurs privés. Il a fallu attendre qu’ils soient disponibles pour les récupérer et les équiper pour la lutte contre les incendies. De plus, il n’y a que quatre ou cinq pilotes dans l’île formés à l’extinction des feux de forêt. On espère qu’à l’avenir d’autres pilotes opérant pour ces sociétés privées seront formés."
Billet rédigé en collaboration avec Cécile Loïal, journaliste à FRANCE 24.
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