Le 20 octobre, un groupuscule de fondamentalistes catholiques interrompait violemment une pièce de Romeo Castellucci, jugée blasphématoire. Dix jours plus tard, ils étaient plus de 1 500 à brandir des crucifix et des cierges devant la statue de Jeanne d’arc à Paris, au cri de "Christianophobie, ça suffit !".
 
La pièce de théâtre "Sur le concept du visage du fils de Dieu" de l’Italien Romeo Castellucci, met en scène un homme qui nettoie régulièrement son père incontinent. Le portrait géant du Christ, qui surplombe la scène, est déchiré et souillé de matières fécales au cours du spectacle. Il n’en fallait pas plus pour réveiller la frange la plus fondamentaliste de l’église catholique.
 
Le 20 octobre, un groupe de jeunes du mouvement du Renouveau Français, secondé par les royalistes nationalistes d’Action Française, est monté sur scène lors de la première représentation de la pièce au Théâtre de la Ville, à Paris. Après avoir déroulé une banderole "Christianophobie, ça suffit !" et s’être bagarrés avec les organisateurs de la pièce, le groupe s’est assis sur scène pour prier.
 
Vidéo postée sur Youtube le 22 octobre par le Renouveau Français.
 
Depuis cette action coup de poing filmée et diffusée sur YouTube par le mouvement du Renouveau Français, tous les soirs des traditionalistes catholiques continuent de protester devant le théâtre.
 
Samedi 29 octobre une grande manifestation a eu lieu place des Pyramides, au centre de Paris, à l’initiative de l’institut fondamentaliste chrétien Civitas. La même organisation qui était derrière la destruction de l’œuvre Piss Christ à Avignon en avril dernier. L’organisation, qui a affrété plusieurs bus pour que les manifestants viennent nombreux de province, propose par ailleurs une aide juridique aux militants qui se feraient accuser d’"entrave à la liberté d’expression (…) pour avoir défendu l’honneur du Christ".
 
La pièce se jouera prochainement au centre culturel 104, à Paris, du 2 au 6 novembre 2011.

"Défendre une vérité unique par la violence ne peut qu’avoir des conséquences désastreuses"

 
Bernard Feillet est prêtre. Il vit en région parisienne.
 
Ces gens sont des marginaux qui pensent détenir la sacro-sainte vérité sur la religion. Les évêques sont tout à fait contre ce genre d’action qui entrave la liberté d’expression. [Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et président de la Conférence des évêques de France, a condamné les agissements d’un "groupuscule qui se réclame de l'Église catholique sans aucun mandat" et qui "fait de la foi un argument de violence"]. Défendre une vérité unique par la violence ne peut qu’avoir des conséquences désastreuses, il faut évidemment favoriser l’expression de chacun.
 
Pour moi, ces agissements n’ont rien de religieux, c’est simplement une façon de se positionner politiquement au service de l’extrême droite. D’ailleurs, ces chrétiens considèrent que les musulmans se permettent d’exiger trop de choses aujourd’hui et, par cette action, ils tentent de montrer que eux aussi peuvent se montrer intransigeants."
 
Manifestation de traditionnalistes catholiques devant le Théatre de la Ville, à Paris. Photo postée sur Twitpic le 27 octobre.
 
 

"Cette pièce est blasphématoire et antichrétienne"

 
Alain Escada est secrétaire général de l’institut Civitas.
 
Je trouve cette pièce absolument blasphématoire et antichrétienne. Ce qui me dérange, outre le mauvais goût, c’est cette humiliation du portrait du Christ, sali et souillé.
 
Dans une autre scène présente dans la pièce, jouée initialement à Avignon mais retirée depuis, des enfants bombardaient le portrait du Christ avec de fausses grenades. C’est intolérable, quand on sait que dans le monde entier des chrétiens meurent chaque jour pour leur foi."
 
 
 
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