Les corps de deux hommes tués par balle à Homs. Capture d'écran d'une vidéo, ci-dessous, publiée sur YoutTube by syriarev.
 
À Homs, ville quadrillée par les chars des forces de l’ordre, les habitants font depuis plusieurs jours les frais d’une nouvelle vague de répression, encore plus brutale que les précédentes. Pour nos Observateurs, la mort de Mouammar Kadhafi en Libye, la semaine dernière, n’est pas étrangère à ce regain d’agressivité.
 
Vendredi 21 octobre, au lendemain de la mort de Mouammar Kadhafi, des milliers de personnes ont manifesté à travers toute la Syrie pour féliciter le peuple libyen. Une fois de plus, la réaction des forces de sécurité syriennes ne s’est pas fait attendre : selon des manifestants de l’opposition, 19 personnes seraient mortes pendant le week-end dans la seule ville de Homs. Ces images d’une extrême violence ont été filmées dimanche 23 octobre également à Homs: le corps d’un homme, qui s’est fait tirer dessus par les forces de sécurité gît au sol. Une personne tente de traverser la route pour récupérer le corps sans vie, mais, à peine réussit-il à s’approcher qu’il est abattu à son tour d’une balle en pleine tête.
 
 
ATTENTION : CES IMAGES PEUVENT CHOQUER
 

"Il y aura toujours quelqu’un prêt à risquer sa vie pour aider un ami"

Mona (pseudonyme) habite à Homs.
 
Après la mort de Kadhafi, le régime est devenu fou. Les dirigeants syriens admiraient beaucoup Kadhafi et la minorité alaouite le considérait comme une victime [La branche alaouite du chiisme, dont est issue Bachar al-Assad représente 11% de la population syrienne, les sunnites représentant 74% de la population]. Les forces de sécurité se sont mises à traquer les déserteurs de l’armée pour s’assurer que leurs armes ne tombent pas entre les mains des manifestants. Ils sont terrifiés à l’idée que l’opposition, une fois armée, ne renverse le gouvernement comme en Libye.
 
Les violences continuent ici – en fait, elles ne s’arrêtent jamais vraiment. Mais le nombre de soldats est en hausse permanente. Avant chaque raid, de nouvelles troupes débarquent avec leurs tanks – et restent.
 
Tôt lundi matin, il y a eu des explosions de tous les côtés. Elles secouaient les murs de ma maison. Je ne sors quasiment jamais, mais aujourd’hui je n’ai pas eu le choix. Mon père m’a donc accompagnée. Il y avait du feu et de la fumée partout.
 
La vidéo de cet homme tué alors qu’il essayait d’aider son ami est terrifiante mais ce genre de scènes, voire pire, se déroule tous les jours ici. Les force de sécurité et les soldats ouvrent facilement le feu sur la population, pour diverses raisons – certains, loyaux à Bachar al-Assad, pensent ainsi qu’ils garderont le pouvoir, alors que d’autres sont simplement convaincus par tous ce que les médias d’Etat racontent [Pour les médias officiels des groupes terroristes armés sont à la tête de la contestation].
 
Malgré cela, il y aura toujours quelqu’un prêt à risquer sa vie pour aider un ami, comme nous l’avons vu dans cette vidéo. Nous sommes une grande famille ici. Mes voisins donnent souvent leur nourriture à ceux qui sont dans le besoin alors qu’eux-mêmes se couchent le ventre vide.
 
Nous n’avons pas peur. Même si les attaques se durcissent et que nous n’avons pas d’arme, je suis prête à parier que tous les soirs, la population de Homs continuera à descendre dans la rue pour protester contre le régime. Après 40 ans de répression, plus grand-chose ne nous fait peur."

"La mort de Kadhafi a fait peur aux loyalistes du régime d’Assad, y compris à ses soldats"

Rami Hana (pseudonyme) habite à Homs.
 
Cette vidéo a été enregistrée dimanche [23 octobre] dans le quartier d' Al Khalidiya, au centre de Homs, un quartier majoritairement sunnite. Les forces de sécurité avaient ouvert leur feu sur des habitations ; plusieurs personnes étaient donc sorties dans la rue. Ni l’homme que l’on voit gisant au sol, ni l’homme qui a essayé de l’aider n’ont survécu.
 
Homs a été bombardé ce week-end ; plusieurs quartiers ont été victimes d’attaques à l’artillerie lourde. Et en ce début de semaine la violence s’est aggravée – le quartier de Deir Balba a été incendié, et les forces de sécurité et de l’armée sont d’une extrême agressivité.
 
Cette intensification est une conséquence de ce qui s’est passé en Libye. La mort de Kadhafi a fait peur aux loyalistes du régime d’Assad, y compris à ses soldats. Certains des partisans d’Assad commencent à fuir Homs. Je pense que ce qui s’est passé en Libye leur fait réaliser qu’un jour, eux aussi devront assumer leurs actions."
Billet écrit avec la collaboration de Rachel Holman, journaliste à FRANCE 24.