SYRIE

L’opposition syrienne galvanisée par la mort de Kadhafi

 Après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie , de Hosni Moubarak en Égypte et la mort de Mouammar Kadhafi en Libye, tous les regards se tournent désormais vers le régime du président syrien Bachar al-Assad qui, depuis la mi-mars, réprime dans le sang la contestation populaire. Pour les opposants syriens, nul doute que l'homme fort de Damas sera le prochain à tomber.   

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Sur cette pancarte brandie lors d'une manifestation d'opposants syriens ce vendredi, il est écrit : "Les rebelles libyens se sont débarrassés de Kadhafi. La Libye est libre." La pancarte est signé " le comité central révolutionnaire syrien"

 

Après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie , de Hosni Moubarak en Égypte et la mort de Moummar Kadhafi en Libye, tous les regards se tournent désormais vers le régime du président syrien Bachar al-Assad qui, depuis la mi-mars, réprime dans le sang la contestation populaire. Pour les opposants au régime syrien, nul doute que l'homme fort de Damas sera le prochain à tomber. 

 

Au moins 19 civils ont été tués vendredi par les forces de sécurité lors de manifestations contre le régime de Bachar al-Assad. Au cri de "Ton tour est venu Docteur Assad", les opposants sont descendus par milliers pour demander, comme toutes les semaines, la chute du régime, mais aussi pour célébrer "la grande victoire de la troisième révolution arabe" et féliciter le peuple libyen.

 

Selon l'ONU, plus de 3 000 personnes, en grande majorité des civils, ont péri depuis le début du soulèvement.

"On s’attend maintenant à ce que la communauté internationale se mobilise davantage en faveur de la cause syrienne"

Ayman est activiste et habite à Deraa.

 

On s’est évidemment senti concerné par la mort de Kadhafi car depuis le début du soulèvement à la mi-mars les gens ici ressentent une sorte de sympathie réciproque avec les Libyens. Nos deux peuples sont depuis longtemps sujets à la répression et ont chacun beaucoup souffert. Voir ce que les Libyens ont réussi à faire, et comment a fini Kadhafi, ne peut que remonter le moral des gens. Et puis le CNT libyen a reconnu le Conseil national syrien, ce que n’ont pas fait d’autres pays comme la Tunisie ou l’Égypte, et cela ne peut que nous rapprocher.

 

Cette nouvelle ne peut qu’accentuer la peur d’un régime déjà aux abois. Maintenant que le scénario libyen est fini et que Kadhafi n’y est plus, on s’attend aussi à ce que la communauté internationale se mobilise un peu plus en faveur de la cause du peuple syrien.

 

Depuis deux jours, il y a une grève générale à Deraa et ça continue aujourd’hui. Il faudrait que ce mouvement s’étende à tous le pays : c’est un bon moyen de faire tomber le régime de manière pacifique. Le Conseil national devrait y penser."

"Nous voulons éviter au maximum que la révolution syrienne devienne un mouvement armé comme en Libye"

Abou Khaled est né et a grandi à Hama.

 

J’ai appris la nouvelle par la télévision alors que j’étais chez moi. C’était le soir et nous étions réunis pour dîner. Le sentiment éprouvé était indescriptible. On en a même oublié de manger et on n’a pas fini le repas. Je pense qu’on était aussi heureux que les Libyens et peut-être même plus. Lorsque j’ai annoncé la nouvelle à ma grand-mère, elle a pleuré de joie.

 

Il n’y a pas eu de manifestation à Hama. Mais la situation est très particulière ici. Étant donnée l’histoire de la ville [en 1982, la population s'est révoltée contre le régime baasiste de Hafez al-Assad, père de l’actuel président. La répression avait alors fait 25 000 morts], l’armée est particulièrement présente et il est très difficile de manifester dans le centre. Mais, depuis hier, des gens ont bravé l’interdit en sortant le visage masqué. Ils ont tagué sur les murs de la ville de slogans anti-régime, mais aussi des félicitations et des témoignages de soutien au peuple libyen. Certains faisaient même le lien entre les deux dictateurs.

 

Sécurité renforcée dans les rues de Hama ce matin.

 

La transition ne va pas être facile en Libye, mais je reste confiant : les Libyens sont unis, c’est vrai qu’il y a les tribus, mais au moins, le pays ne souffre pas comme nous des conflits interconfessionnels. Mais même si les gens se réjouissent de la situation, nous voulons éviter au maximum que la révolution syrienne devienne un mouvement armé comme en Libye."

 

Manifestation à Hama aujourd'hui.

"Bachar est le prochain, ça ne fait pas de doute ici"

Hamza fait partie du comité général révolutionnaire de la ville de Homs.

 

Bachar est le prochain, ça ne fait pas de doute ici. Mais, comme la révolution syrienne a suivi un chemin différent de la révolution libyenne, sa fin ne sera pas la même que celle de Kadhafi. Étant donné le caractère pacifiste de notre mouvement, je m’attends plus à ce qu’il soit renversé de l’intérieur par un membre de sa famille, ou quelqu’un de son entourage politique dans le cadre d’une intrigue de palais par exemple. Peut-être même sera-t-il jugé devant un tribunal.

 

Lorsqu’on a appris la nouvelle, des manifestations se sont organisées de manière tout à fait spontanée. L’horizon est paru moins sombre tout d’un coup et j’ai l’impression que cela a donné un nouveau souffle à la révolution. Alors que, devant la violence de la répression, nous avions depuis le début conseillé aux femmes de ne pas trop sortir lors des manifestations, beaucoup ont participé aujourd’hui et hier soir. C’est comme si la peur n’existait plus."

 

Manifestation à Homs contre le régime et en solidarité avec le peuple libyen.