MONDE

Le mouvement 'Occupy Wall Street' séduit bien au-delà des frontières

 Le 17 septembre, ils étaient quelques centaines à vouloir et d’aucuns auraient parié sur un essoufflement rapide du mouvement. Pourtant, aujourd’hui la contestation née à Manhattan fait des émules dans tous les États-Unis et à l’étranger.

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Photo publiée sur Flickr par lusciousblopster

 

Le 17 septembre, ils étaient quelques centaines à vouloir occuper Wall Street et d’aucuns auraient parié sur un essoufflement rapide du mouvement. Pourtant, aujourd’hui, la contestation née à Manhattan fait des émules dans tous les États-Unis et même à l’étranger. 

 

À Washington D.C., Austin, Los Angeles, Toronto, Manchester ou encore Dublin, les manifestants dénoncent désormais d’une seule voix un système financier qui les révolte. Si les “occupations” de ces villes ne sont pas toutes de l’ampleur de celle du parc Zucotti à New York, certaines installations s’accélèrent et des manifestants prévoient déjà de passer les mois d’hiver sur leur campement car pour les organisateurs, pas question de lever le camp tant que des réformes économiques et sociales significatives n’auront pas été lancées.

 

Si vous participez à un mouvement d'"occupation" dans votre ville, postez votre commentaire sous ce billet.

 

Un tour du campement Occupy Boston.

"Les gens pensent que nous finirons pas rentrer chez nous. Mais rentrer où et pourquoi ?"

Stephen Squibb, 28 ans, est écrivain. Il participe au mouvement Occupy Boston.

 

À côté des manifestants de Wall Street, on peut s’estimer chanceux. Nous avons des infrastructures qu’à New York ou ailleurs, les manifestants n’ont pas le droit de mettre en place. Boston a une longue histoire en matière de désobéissance civile et les autorités ont tendance à être plus compréhensives qu’ailleurs. Nous avons le droit d’installer des tentes, d’utiliser des mégaphones, alors qu’à New York, ils doivent s’en tenir au "micro humain". Et on peut dire que les mégaphones nous permettent quand même un sérieux gain de temps lors des assemblées générales du soir ! Ce qui est amusant, c’est que certains continuent à utiliser le microphone humain, par solidarité.

 

Il va commencer à faire très froid ici. Mais on a parmi nous des personnes qui s’y connaissent bien en camping hivernal et qui nous conseillent. Nous développons aussi des infrastructures qui devraient nous permettre de résister au vent.

 

Nous sommes entre 200 et 300 et ce, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Les gens pensent que nous finirons par rentrer chez nous. Mais rentrer où et pourquoi ? Nous n’avons ni emploi ni couverture sociale… Nous n’avons plus le choix. "

 

La police arrête des membres du groupe "Veterans for peace" lors d’un rassemblement du mouvement  Occupy Boston.

"Nous n’aurions jamais dû avoir besoin de ce plan de sauvetage, c’est aux banques de payer"

Robin Wilson a 37 ans, il dirigeait sa propre affaire jusqu’à ce que le pays soit frappé par la crise économique. Il participe au mouvement Occupy Dublin en Irlande, aussi appelé Occupy Dame Street (le quartier bancaire de Dublin).

 

Nous campons juste devant la Banque centrale d’Irlande, qui est le centre névralgique de notre économie. On est une centaine à dormir ici la nuit mais on espère installer un nouveau camp car notre espace est déjà saturé et on ne peut plus ajouter de tentes.

 

Globalement, l’occupation est pacifique. Nous avons été très clairs dès le départ en disant  qu’il n’y aurait ni drogue ni alcool sur le campement. On s’est organisé pour garder les choses sous contrôle, notamment quand des gens éméchés sortent des pubs la nuit et s’approchent trop de notre camp. Et je crois que la police apprécie notre attitude.

 

C’est normal que le mouvement Occupy se soit propagé en Europe, lui-même étant inspiré du mouvement des Indignés espagnols. Bien que nous ayons beaucoup de choses en commun avec Occupy Wall Street, certaines demandes sont très spécifiques à l’Irlande.

 

Le pays est en crise parce que les banques étrangères ont fait des paris sur les nôtres et les ont perdus. Et comme ces mêmes banques ont décidé de ne pas assumer ces pertes, elles pèsent aujourd’hui sur les épaules des Irlandais. C’est tout à fait injuste, naturellement. Et alors que les gens sont en colère, nos politiques ont l’air résigné. Ils ont accepté un plan de sauvetage et son lot de mesures d’austérité. Mais nous n’aurions jamais dû avoir besoin de ce plan, c’est aux banques étrangères de payer. Par ailleurs, nous refusons que le FMI mette le nez dans nos affaires. Les Irlandais n’ont pas à payer pour les décisions hasardeuses des banques. Et nous exigeons que les réserves de pétrole de la côte irlandaise, qui ont été données à des compagnies privées, soient rendues à l’Etat irlandais."

 

 

 

Visite du camp d’Occupy Dame Street.

"On pédale pour charger nos ordinateurs et nos téléphones"

Kames Cox-Geraghty, 20, est étudiant. Il participe à la manifestation Occupy San Francisco.

 

La baie de San Francisco abrite un grand nombre d’activistes. Le mouvement Occupy s’étend sur toute la côte et même au delà à Oakland, Berkeley et San José. Il y a les manifestants de la première heure et les nouveaux arrivants comme moi. Les plus aguerris nous apprennent des techniques pour gérer la présence des forces de l’ordre par exemple.

 

On a eu quelques soucis avec la police. Nous avons dormi dans des tentes pendant des semaines sans permis. Et jeudi dernier, les forces de l’ordre sont venues au milieu de la nuit pour démonter le campement.  C’était particulièrement violent. Un des officiers m’a même dit "Je n'ai qu’une envie, c’est de te casser la g****".  On est finalement resté au même endroit, devant le bâtiment de la Réserve fédérale, mais maintenant on dort dans des sacs de couchage, à même le béton.

 

À San Francisco, on est très fans de vélo alors on a trouvé une façon ingénieuse de générer de l’électricité sur le campement. On pédale pour charger nos ordinateurs et nos téléphones. Et il y a toujours quelqu’un sur le vélo !

  

Je vis à 20 minutes au nord de la ville mais je dors ici trois ou quatre jours de suite et puis je rentre chez moi, prendre une douche, je règle des petites choses et je reviens. C’est mon devoir de participer à ce mouvement. Il nous faut construire une démocratie réellement issue du peuple et tournée vers lui. L’argent doit servir à l’éducation, au logement et aux premiers besoins de la population, et non être gâché dans les guerres et le sauvetage des banques."

 

Les manifestants d’Occupy San Francisco bloquent l’entrée de la banque Wells Fargo mercredi. Plusieurs d’entre eux ont été arrêtés.

 

Sur le campement, l’électricité est générée à la force des mollets. Photo : Kames Cox-Geraghty.