Arabie saoudite

Les chiites de l’est saoudien relancent la contestation, en plus radicale

 La tension est actuellement à son comble à Al-Awamiyah, une ville située dans l’est de l’Arabie saoudite. Cette région, à majorité chiite, avait tenté de se soulever pour demander des réformes au pouvoir sunnite au début du printemps arabe. La contestation, matée à l’époque, semble renaître de ses cendres.  

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La tension est actuellement à son comble à Al-Awamiyah, une ville située dans l'est de l’Arabie saoudite. Cette région, à majorité chiite, avait tenté de se soulever pour demander des réformes au pouvoir sunnite, au début du printemps arabe. La contestation, matée à l’époque, semble renaître de ses cendres. 

 

L’arrestation, dimanche dernier, de deux hommes âgés de 60 et 70 ans a mis le feu aux poudres. Les manifestants estiment que ces personnes âgées sont parfaitement innocentes et affirment qu’elles ont été arrêtées uniquement pour faire pression sur leurs enfants, soupçonnés d’être des activistes.

 

Les chiites ne représentent que 10% de la population totale de l’Arabie saoudite. Ils sont majoritairement concentrés à l’est du royaume, dans la zone du Hasa, connue pour ses gisements de pétrole. Riyad considère les chiites comme des hérétiques et les marginalisent à tous les niveaux : religieux, politique et sociale. Le wahhabisme, version rigoureuse de l’islam sunnite, est la religion officielle de l’Arabie saoudite

 

Dès l’amorce du printemps arabe en Tunisie, en Egypte et en Libye, les chiites ont tenté de se soulever mais les autorités ont rapidement réprimé la contestation.

"Les manifestants s’attaquent désormais explicitement à la famille royale"

Ahmed Al-Rebh est le secrétaire général de l’Association pour le développement et le changement dans la province orientale d’Arabie (Al-Sharqiyah).

 

Depuis le mois de mars, pas une semaine ne passe sans qu’il n’y ait des manifestations dans la région. Les habitants sortent régulièrement pour réclamer la libération des prisonniers [politiques], l’égalité entre les citoyens, l’arrêt des discriminations envers les chiites et le retrait des troupes saoudiennes du Bahreïn [Les autorités saoudiennes ont affirmé avoir retiré leurs soldats du pays en juillet dernier, mais ce retrait n’a été que partiel, ndlr]. Bien qu’il soit légalement interdit de manifester en Arabie saoudite, les manifestations étaient jusqu’à récemment tolérées. Les forces de l’ordre assuraient même l’encerclement des manifestants pour éviter tout débordement.

 

La situation s’est envenimée vendredi dernier. A peine la manifestation avait commencé que la police a sorti les matraques. Il est probable que ce soit une conséquence de la radicalisation des revendications. Ces derniers jours, on a vu apparaître des pancartes appelant à la mise en place d’une Constitution [à l'heure actuelle, l’Arabie saoudite n’a pas de Constitution, ndrl] et la création d’un Parlement élu. Depuis, les policiers mènent une chasse à l’homme pour retrouver les personnes qui ont participé à cette manifestation.

 

Vidéo publiée sur YouTube le 4 octobre.

 

Ils recherchent en particulier Mohammad Saeed Al-Abdelali et Mohammed Hassan Al-Zayed [Les enfants des personnes arrêtées dimanche,ndlr]. On reproche à ces dernier d’avoir bravé l’interdiction de manifester. L’arrestation de leurs pères, deux hommes âgés et malades, a bouleversé la population locale qui se mobilise pour obtenir leur libération.

 

Un activiste local, Fadel Al-Manasif, s’est rendu lundi au centre de détention pour dénoncer ces arrestations arbitraires et illégales, mais les policiers en ont profité pour le mettre lui aussi derrière les barreaux. N’ayant aucune nouvelle de lui, des jeunes se sont rendus au poste de police. Ils ont lancé des pierres sur les policiers. Ces derniers ont riposté à balles réelles. Les impacts de balles sont visibles sur les habitations aux alentours. Le bilan des affrontements est de 24 blessés. Deux jeunes filles qui ne manifestaient même pas ont été blessées lors des affrontements. Les blessés se font soigner chez eux par crainte d’être arrêtés à l’hôpital.

 

Vidéo publiée sur YouTube le 4 octobre. 

 

La colère de la population chiite est telle que les manifestants s’en prennent maintenant aux symboles du régime, chose inédite jusqu’à présente. Ils en appellent à 'La chute de Mohammed ben Fahd' (gouverneur de la province orientale et fils du roi défunt Fahd). Ils ont également scandé : 'Ben Saoud, tu es un lâche !' ou encore 'les Saoud, vous n’avez pas de dignité !'

 

Les jeunes s’organisent grâce aux réseaux sociaux, notamment sur la page Facebook consacrée à la révolution de la province orientale du Royaume d’Arabie. La situation ne semble pas aller vers l’apaisement, car il n’y a pas de dialogue avec les autorités."

 

Vidéo publiée sur YouTube le 3 octobre. 

 

La réponse des autorités saoudiennes

 

Les autorités saoudiennes affirment de leur côté qu’il y a eu 11 blessés du côté des forces de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur a publié un communiqué sur son site Internet précisant  :

 

"Lundi soir, à 21 heures, un groupe de délinquants a semé le trouble et la discorde dans la ville d’Al-Awamiya dans la région d’Al-Qatif. Ils se sont rassemblés près de la place Al-Rif, certains à mobylettes, et ont jeté des cocktails Molotov sur les forces de l’ordre. Ils sont à la solde d’un pays étranger qui cherche à saper la sécurité de la nation et à déstabiliser le royaume. Il s’agit là d’une atteinte flagrante à la souveraineté nationale."

 

La suite du communiqué laisse penser que c’est l’Iran qui est visé, même si le pays n’est pas nommé : "Il appartient à ces derniers [délinquants] de dire explicitement s'ils font allégence à Dieu et à leur pays [l’Arabie saoudite] ou à ces pays et leurs Marja’iya [autorité religieuse chiite]."

Billet rédigé en collaboration avec Mahamadou SAWANEH, journaliste à France24.