MISE A JOUR (5 Octobre 2011) :
 
Une femme qui dit être Zainab est apparue à la télévision d’Etat syrienne mardi, en présentant sa carte d’identité. Elle a affirmé au journaliste qui l’interviewait qu’elle avait trouvé refuge chez un proche mais que sa famille n’était pas au courant. Elle a raconté qu’elle avait quitté le foyer familial car elle était maltraitée par ses frères.
 
 
Joint par FRANCE 24 mercredi matin, Amnesty International, qui a révélé la mort de cette jeune femme le 23 septembre dernier, a expliqué enquêter sur l’affaire en collaboration avec des sources en Syrie. Elle a ajouté dans un communiqué: "Si le corps n’était pas celui de Zanaib el-Hosni, alors les autorités syriennes doivent révéler qui est la victime, quelles sont les les causes et les circonstances de sa mort et pourquoi ils ont informé la famille qu’il s’agissait de Zainab." D'après Amnesty International ainsi que Human Rights Watch, la mère de Zainab aurait bien reconnu sa fille à la télévision syrienne.
 
Cette réapparition soudaine suscite de nombreuses questions :
Pourquoi la jeune femme a-elle pris trois semaines depuis l’annonce de sa mort pour faire savoir qu'elle était toujours en vie, alors que la nouvelle avait fait le tour du monde ? Le fait que l’un de ses frères était un activiste connu, mort en en prison pendant la disparition de Zainab, est-il une coïncidence ? Et à qui appartient le corps enterré dans tombe de Zainab, dont les docteurs de la morgue avaient affirmé aux parents qu'il s'agissait de leur fille ?
 
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Zainab al-Hosni avait 18 ans. Selon Amnesty International, elle a été retrouvée décapitée, démembrée et la peau arrachée après avoir été détenue par les forces de sécurité syriennes. Elle serait la première femme tuée en détention depuis le début du mouvement de contestation qui agite le pays depuis le 15 mars. L'une de nos Observatrices à Homs, la ville où vivait la jeune femme, nous raconte comment cette histoire sordide a bouleversé les habitantes et révolté les manifestants. 
 
D'après Amnesty International, qui a pu joindre des personnes proches de la victime, Zainab al-Hosni a été enlevée en juillet dernier par des hommes soupçonnés de faire partie des forces de sécurité syriennes. L’objectif était de faire pression sur un de ses frères Mohammed, un opposant au régime de Bachar al-Assad, afin qu’il se rende aux autorités. Toujours selon l’organisation, le frère de Zainab a finalement été arrêté quelques jours plus tard et serait lui aussi mort en détention. Il y a deux semaines quand, à la demande des autorités, ses parents sont venus récupérer le corps de leur fils à la morgue, les forces de sécurité syriennes leur ont également rendu le corps mutilé de leur fille. Ils l’ont enterrée le 17 septembre.
 
Les funérailles de Zainab al-Hosni. Vidéo postée sur YouTube par SHANSNN.
 
Depuis, des images présentées comme celles du corps de Zainab ont circulé sur Internet et provoqué la colère des manifestants anti-régime qui ont donné à la jeune femme le surnom de "la fleur de la Syrie" (étant donnée la violence de ces images, FRANCE 24 a décidé de ne pas les diffuser).
 
Sur cette vidéo, un homme qui se présente comme un autre frère de Zainab explique les circonstances du calvaire de sa sœur.
 
Selon Amnesty International, au total 103 personnes sont décédées en détention depuis le début de la contestation. 

"Je ne sortirai probablement plus du tout"

Mona (pseudonyme) est une de nos Observatrices à Homs. [NDR: Elle s'est exprimée peu après qu'Amnesty International annonce la mort de Zainab.]
 
J’ai entendu parler du meurtre de Zainab pour la première fois la semaine dernière. Au début, les gens pensaient que ce n’était qu’une rumeur mais, ensuite, on a vu les images des funérailles ainsi que les vidéos de son corps mutilé. J’ai été très choquée. J’ai mis plus d’une heure à me remettre de ce que j’avais vu. Ce qu’ils lui ont fait est absolument inhumain. Nous savions que des femmes se faisaient violer mais nous ne pouvions pas imaginer que les forces de sécurité aillent aussi loin dans la cruauté,  qu’ils puissent détruire un corps à ce point.
 
Pourtant, sa mort n’a en rien démotivé les manifestants. Les hommes sont plus en colère que jamais. Mais pour les femmes, c’est terriblement décourageant.
 
Des corps mutilés nous en avions déjà vus, mais jamais ceux d’une femme. La plupart des familles ne laisseront plus les filles sortir de leur maison par peur qu’elles ne se fassent kidnapper. Personnellement, je reste chez moi depuis quatre mois. Je ne vais plus à l’université. Je ne sors qu’en voiture, jamais à pied. Mais maintenant, je m’attends au pire – je ne sortirai probablement plus du tout. 
 
Nous entendons tellement d’histoires sordides de filles enlevées et violées. Certaines sont gardées en détention, d’autres renvoyées à leur famille. On dit qu’ils ciblent certaines femmes pour punir leur frère ou leur père d’avoir manifesté ou même pour punir tout le voisinage. Ils savent que le quartier aura du mal à s’en remettre. C’est leur façon à eux de nous faire peur."
 

"Nous nous sommes organisés pour surveiller les femmes quand elles vont dans le centre-ville"

Freesyria (pseudonyme) est un activiste qui vit à Homs.  
 
À Homs, les gens ont peur. Nous avons demandé aux femmes de ne sortir qu’accompagnées et jamais la nuit. Nous nous sommes organisés pour que certains d’entre nous les surveillent quand elles vont dans le centre-ville la journée. Ces derniers mois, certains manifestants ont acheté des armes. Si les services de renseignement s’attaquaient de nouveau aux femmes, nous serions prêts à répliquer. Malgré la peur, nous continuerons à manifester."
 
 
Billet écrit avec la collaboration de Gaëlle Faure, journaliste à FRANCE 24.