Façade du 36, rue Botzaris. Photo : Perrine Mouterde.
 
Les archives du 36, Rue Botzaris, que FRANCE 24 a pu consulter en exclusivité, révèlent que la cellule française du RCD, le parti de l’ancien président tunisien Ben Ali, se cachait derrière une association prête-nom pour bénéficier d’aides de la part d’organismes publics de la région PACA.
 
 
Officiellement, le 36, Rue Botzaris à Paris n’était pas l’adresse du RCD, Rassemblement Constitutionnel Démocratique, mais celle d’une association, le Rassemblement des Tunisiens en France (RTF), censée organiser, à Paris, des événements culturels relatifs à la Tunisie. Il ne faisait aucun doute que cette association, comme nombre d’associations tunisiennes d’avant la révolution, œuvrait pour Ben Ali. Les photos et banderoles visibles dans ses locaux annonçaient clairement la couleur.
 
Les archives du RCD à Paris récupérées par FRANCE 24 montrent toutefois que cette association n’était en réalité que la vitrine de l’ancien parti présidentiel en France. En témoignent par exemple les papiers à en-tête de cette hydre à deux têtes, qui affichent le nom en français de Rassemblement des Tunisiens en France, mais dont la dénomination est traduite en arabe par Rassemblement Constitutionnel Démocratique, comité central de France, accompagnée du sigle du RCD.
 
En-tête d'un document du RCD à Paris.
 
Ce petit tour de passe-passe s’avérait très pratique pour solliciter des financements publics auxquels un parti n’aurait pas eu droit. Des documents récupérés rue Botzaris montrent en effet que le RCD a bénéficié en 1994, par le biais de cette association, de subventions de l’État français. Un courrier adressé par la délégation de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur du Fonds d’action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles (l’actuel ACSE, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances), daté de mai 1994, informe par exemple le Rassemblement des Tunisiens en France que par décision de la Commission régionale pour l’insertion des populations immigrées (CRIPI), lui est accordé une subvention de 110 000 Francs (près de 16 920 euros). De même, une aide d’un montant total de 80 000 Francs (près de 11 510 euros) a été accordée au RTF la même année par la mairie de Marseille, dans le cadre de "la procédure du Développement Social Urbain3, comme l'indique le courrier adressé par le maire de l’époque de Marseille, Robert Vigouroux.
 
La lettre adressée par le délégué régional du FAS et qui confirme l'octroi de la subvention.
 
Lettre de l'ancien maire de Marseille, Robert Vigouroux, confirmant l'octroi d'une subvention au RTF.
 
Nous avons tenté de joindre des responsables à l’ACSE et la mairie de Marseille, mais aucune explication ne nous a pour l’instant été fournie concernant ces subventions.
 
Ces documents montrent que le parti de Ben Ali, au travers d’une association, a bénéficié de financements de la part d’au moins deux organismes de la région PACA. Reste à déterminer s’il s’agit là d’une manipulation du régime de l’ancien président, dans laquelle sont tombés des organismes publics, ou si, comme nous l’ont affirmé des sources proches de l’ambassade, ces subventions étaient accordées en échange de contreparties. Reste également à savoir si ces pratiques se sont limitées à l’année 1994, ou si les deux documents récupérés rue Botzaris ne sont que la partie émergée de l’Iceberg.
 
Article rédigé par Sarra Grira, journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.