YÉMEN

En plus d’être en colère, les Yéménites ont faim

 Alors que la capitale, Sanaa, est touchée depuis trois jours par la plus sanglante flambée de violences depuis le début de la crise politique, dans le reste du pays, c’est la menace d’une crise alimentaire qui inquiète. Selon les ONG, un  Yéménite sur trois ne mangerait pas à sa faim.  

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Cette photo a été prise par Alexbip à Sanaa en février 2009. 

 

Alors que la capitale, Sanaa, est touchée depuis trois jours par la plus sanglante flambée de violences depuis le début de la crise politique, dans le reste du pays, c’est la menace d’une crise alimentaire qui inquiète. Selon les ONG, un Yéménite sur trois ne mangerait pas à sa faim.

 

Avant que le mouvement social, lancé en janvier contre le président Ali Abdallah Saleh, ne fragilise l’économie du pays, le Yémen comptait déjà parmi les pays les plus pauvres du monde arabe. En 2010, une personne sur trois était sous-alimentée, selon le Programme alimentaire mondial, qui s’inquiétait qu’une crise alimentaire ne frappe le pays.

 

Et la situation s’est empirée au cours des six derniers mois d’instabilité politique. Les prix du carburant et des denrées alimentaires, déjà en forte hausse à cause de la crise économique mondiale, ont augmenté de manière vertigineuse. Et devant les risques d’insécurité et de corruption, de nombreux donateurs ont suspendu leurs aides.

 

C’est dans ce contexte que l’organisation internationale d’aide Oxfam vient de lancer une alerte sur la menace d’une "catastrophe" de la faim au Yémen. Selon une étude de l’organisation concernant la province d’Al-Hodeida, située à l’ouest du pays, les familles subsistent essentiellement avec du riz et du pain et doivent sauter des repas. Pour l’Unicef, le Yémen est à l’aube d’un désastre alimentaire de l’ampleur de celui qui touche actuellement la Somalie. 

 

De violents affrontements ont éclaté entre les manifestants et les forces de sécurité, dimanche 18 septembre à Sanaa. 

“Les enfants ne vont plus à l’école et travaillent pour rapporter de l’argent”

Mariam Hussein Aboubaker al-Attaf, 40 ans, est professeur au lycée de Al-Hodeida. Elle a rejoint le mouvement de contestation.

 

Les prix des aliments ont beaucoup augmenté récemment. Par exemple, les 500 grammes de lait en poudre sont passés de 1 500 riyals [5 euros] à 2 500 riyals [8.50 euros]. Le prix du pain n’a pas bougé mais le pain lui-même est beaucoup moins consistant.

 

L’augmentation du coût de la vie a poussé beaucoup de parents à retirer leurs enfants de l’école. Ne parvenant plus à acheter de quoi manger, ils ont été nombreux à envoyer leurs enfants travailler. Les garçons font le plus souvent des petits boulots tandis que les filles se retrouvent à mendier dans la rue. La mendicité s’est généralisée dans la ville.

 

À Al-Hodeida, il y a énormément de problèmes avec l’eau et l’électricité. Nous avons très peu d’eau courante donc nous sommes souvent obligés d’en acheter. Mais les trois mètres cubes d’eau coûtent 5 000 riyals [17 euros].

 

Le prix du carburant aussi a augmenté, ce qui n’a fait qu’empirer notre situation. [Les autorités ont annoncé en mai 2011 qu’elles suspendaient la production pétrolière du pays en raison du mouvement de contestation. Le Yémen important 90% de sa production, cette décision a entraîné une flambée des prix des denrées alimentaires]. Les personnes qui circulent d’habitude en moto ou en voiture, ainsi que les livreurs, ont beaucoup de difficultés pour aller travailler.

 

Plus qu’ailleurs, au Yémen, les habitants d’Al-Hodeida ont été frappés de plein fouet par le ralentissement économique car avant le début de la révolte, notre gouvernorat souffrait déjà d’un fort taux de chômage et de pauvreté.

 

Les résidents des villes alentours nous aident de temps en temps en nous apportant des provisions de nourriture. Mais nous ne recevons aucune aide de la communauté internationale. La Ligue arabe n’a pas l’air de se préoccuper de notre situation [au cours de sa dernière intervention en mars, la Ligue arabe a surtout dénoncé "des crimes contre des civils" commis au Yémen. Les manifestants considèrent aujourd’hui qu’elle s’est davantage focalisée sur la sortie de crise en Libye et en Syrie qu’au Yémen]. C’est comme si nous n’existions pas.

 

La recrudescence de violences à Sanaa, et dans d’autres grandes villes, aggrave notre situation. Mais si nous voulons être libres, nous n’avons d’autres choix que d’aller jusqu’au bout de la révolte."  

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Sarra Grira et Gaëlle Faure, journalistes à FRANCE 24.