LIBYE

Les Tripolitains partent en guerre contre les tirs de joie

 Depuis qu’ils ont pris Tripoli, les combattants anti-Kadhafi ont la fâcheuse habitude de tirer en l’air pour exprimer leur joie sans s’inquiéter une seconde de savoir où les balles atterrissent. Mais les habitants commencent à s’agacer de ces prises de risque inconsidérées.

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Depuis qu’ils ont pris Tripoli, les combattants anti-Kadhafi ont la fâcheuse habitude de tirer en l’air pour exprimer leur joie sans s’inquiéter une seconde de savoir où les balles atterrissent. Et les habitants commencent à s’agacer de ces prises de risque inconsidérées.

 

Conséquence de la guerre, les armes circulent partout en Libye. Et malgré les nombreux appels du Conseil national de transition - qui est allé jusqu’à envoyer des SMS aux habitants de la capitale pour leur signifier que les tirs de célébration étaient interdits – tous les jours, des habitants sont la cible de balles perdus. Au début du mois de septembre, c’est un enfant d’1 an qui a été tué lors d’un de ces tirs de joie. 

 

Exaspéré par ces accidents absurdes, Freedom Ship, un groupe de jeunes Libyens qui produit habituellement des vidéos éducatives, a diffusé mardi sur la place des Martyrs de Tripoli, (connue sous le nom de Place verte avant le départ de Mouammar Kadhafi), cette vidéo qu’il juge d’utilité publique.

 

"Quand je leur ai demandé d’arrêter, ils m’ont pris pour une mauviette"

 

Omar Regi, 27 ans, est un homme d’affaires qui vit à Tripoli. Il est le fondateur du Freedom Ship.

 

Quand Tripoli a été libérée, je suis allé sur la place des Martyrs tous les soirs pour fêter l’évènement avec mes compatriotes libyens. Au début, mes sœurs et ma mère m’accompagnaient, mais très vite j’ai arrêté de les faire venir car j’ai considéré que c’était trop dangereux. Tous les soirs, les rebelles s’adonnaient à des tirs de joie. Au début, j’ai trouvé ça plutôt cool parce que je n’avais jamais vu qui que ce soit tirer devant moi. Mais c’est devenu quotidien ! On a beau vivre dans un pays du tiers-monde, ce n’est pas une raison pour célébrer un évènement de la sorte.

 

J’ai essayé de discuter avec certains de ces combattants. Je leur ai dit : "Les gars, arrêtez s’il-vous-plaît, j’ai mal aux oreilles ! Ça fait six mois maintenant que vous tirez, il est peut-être temps d’arrêter !". Mais ils m’ont pris pour une mauviette.

 

Ils tirent un peu moins qu’au début mais ça continue. Ça leur donne certainement un sentiment de pouvoir. C’est leur façon de dire "On est là, Kadhafi est parti, nous avons gagné cette guerre."

 

J’ai choisi de faire cette vidéo pour essayer de sensibiliser les gens. Sur la place des Martyrs, il y a un hôtel en face duquel un écran géant a été installé. J’ai demandé aux gens qui s’en occupent s’ils pouvaient diffuser ma vidéo, ce qu’ils ont fait. Tout le monde sur la place a applaudi. Les armes ont déjà tué tellement de personnes pendant cette guerre, les gens en ont ras-le-bol. Non seulement ces tirs de joie doivent cesser mais nous devons nous débarrasser de toutes les armes qui traînent et vite. Sinon, la situation dégénérera comme en Irak. "

 

 

Les détonations des armes automatiques retentissent sur la place des Martyrs à la fin du mois d'août. Les tirs de joie continuent jusqu'à présent.

Billet écrit avec la collaboration de Gaelle Faure, journaliste à FRANCE 24.