EUROPE

"La crise économique a bouleversé ma vie" : quatre témoignages d’Européens

 Alors que l’Europe traverse une grave crise économique, nous avons lancé un appel à témoignages auprès de nos Observateurs - par courriel, via Facebook et Twitter - pour savoir quel impact cette crise avait eu sur leur vie. Entre licenciement, faillite et divorce, les réponses ont afflué et certains récits sont particulièrement touchants.  

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Alors que l’Europe traverse une très grave crise économique, nous avons lancé un appel à témoignages auprès de nos Observateurs - par email, via Facebook et Twitter - pour savoir quel impact cette crise avait eu sur leur vie. Entre licenciement, faillite et divorce, les réponses ont afflué et certains récits sont particulièrement touchants.

 

Nous avons sélectionné quatre témoignages de victimes de la crise. Ils ou elles habitent l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et l’Allemagne. Si vous aussi, votre vie a changé de trajectoire depuis le début de la crise, partagez votre expérience en écrivant votre commentaire au bas de l’article.

"Mon entreprise a fait faillite et je me suis séparé de ma future épouse"

James Arnold était à la tête d’une société de recrutement en Irlande. Après 12 années prospères, il a été contraint de mettre la clé sous la porte en 2010.

 

Les banques m’avaient toujours accordé les crédits nécessaires pour payer les taxes de début et de fin d’année. J’étais très dépendant de cet argent. Mais au début de l’année 2010, elles ont tout arrêté. Après réflexion, j’ai décidé d’utiliser ce qui me restait pour payer mes employés avant de les licencier. J’ai réussi à trouver un nouvel emploi à certains d’entre eux, mais la plupart s'est retrouvée au chômage.

 

Mon entreprise a fermé et, cette année-là, je devais me marier. J’ai donc expliqué à ma fiancée que nous devions attendre un peu. Elle voulait un enfant, même plusieurs, et moi j’avais peur de ne pas pouvoir assurer financièrement une famille. L’idée de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de quelqu’un me faisait très peur. Nous avons fini par rompre.

 

Aujourd’hui, je ne peux plus rembourser mon prêt immobilier. J’attends donc d’être expulsé d’ici peu. J’ai encore ma voiture mais je ne l’utilise plus parce qu’elle me coûte trop cher. Mes amis me disent que j’ai une mauvaise mine et les yeux rougis. J’ai vu un médecin qui m’a demandé si je vivais une période de stress. J’ai menti, j’ai dit non."

"J’ai quitté l’Italie parce que je ne trouvais pas de travail"

Las de ne pas trouver d’emploi stable en Italie, Lorenzo Fantacuzzi a plié bagages en 2009 et a quitté le pays. Aujourd’hui, il a 40 ans et vit en Espagne mais il travaille à Gibraltar.

 

En Italie je ne trouvais pas de travail. Dans les agences d’offres d’emploi, on ne me proposait que des contrats précaires. J’ai donc décidé d’aller à Gibraltar, pensant que j’allais y trouver un travail. Je me suis trompé.

 

Gibraltar est un tout petit pays où les activités économiques sont concentrées entre les mains d’un petit nombre de personnes. L’industrie du jeu emploie majoritairement des étrangers, mais la concurrence y est rude.

 

J’ai fini par trouver un travail au service clientèle d’un casino, un contrat à durée indéterminée. Mais le coût de la vie est trop élevé à Gibraltar pour que je puisse m’y installer. Je vis donc dans une ville du sud de l’Espagne, comme le font beaucoup de gens qui travaillent à Gibraltar." 

 

Notre Observateur traverse la frontière tous les jours pour se rendre à Gibraltar où il travaille. 

"Le seul moyen de quitter le foyer familial, c’est d’aller habiter ailleurs qu’au Portugal"

Rute Isabel dos Santos travaille dans le tourisme au Portugal. A 31 ans, elle vit toujours chez ses parents.

 

La seule fois où j’ai vécu autre part que chez mes parents, c’était juste après mes études quand je suis partie en France. J’ai alors travaillé un peu plus d’un an à Disneyland. Mais n’ayant plus de perspective là-bas, je suis rentrée au Portugal pour chercher d’autres opportunités. J’en ai eu très peu.

 

Tous les emplois que j’ai eus étaient des contrats à durée déterminée. J’ai donc décidé de reprendre mes études pour me spécialiser dans les tours opérateurs. Aujourd’hui, malgré mes qualifications, je sais que je ne trouverai que des emplois très peu rémunérés. Je gagne environ 700 euros par mois, or louer un logement coûte ici au moins 600 euros. Je vis donc chez mes parents et le seul moyen de quitter le foyer familial, c’est d’aller habiter ailleurs qu’au Portugal."

"Avant, je gagnais 123 000 euros par an. Aujourd’hui, je suis payé 10 euros de l’heure"

Danny Shook, originaire de Maryland, aux Etat-Unis, est allé vivre en Allemagne en 1985. Il travaillait comme ingénieur informatique avant de se retrouver au chômage en 2009.

 

J’ai travaillé pour British Telecom jusqu’en 2009. Je percevais alors un salaire annuel de 123 000 euros. Un jour, mes patrons m’ont dit qu’ils avaient l’intention de me licencier. En fait, j’avais le choix entre quitter la société avec une indemnisation de 125 000 euros, ou rester sans garantie de garder mon job l’année suivante. J’ai décidé de prendre le bonus et de partir, après 20 ans de carrière.

 

Depuis que j’ai perdu mon job, je travaille en tant que technicien et je gagne 10 euros de l’heure. Dire que j’ai beaucoup perdu est un euphémisme. Mes enfants ont tous plus de 18 ans et je sais qu’ils ont encore besoin d’aide mais ils n’osent rien me demander."

 

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Rachel Holman, journaliste à FRANCE 24.