REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

La police congolaise sera-t-elle capable d’assurer la sécurité lors des élections ?

 Le dépôt des candidatures pour les prochaines élections du 28 novembre n’est pas encore achevé que les affrontements entre militants se multiplient partout dans le pays. L’opposition, dont un des manifestants a été tué mardi, met en doute la capacité des forces de sécurité à maintenir l’ordre pendant la période électorale. Nos Observateurs dans ce pays partagent cette inquiétude.  

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 Arrestation lors d'une manifestation de l'opposition à Kinshasa. Capture d'écran d'une vidéo postée sur Youtube par un média d’opposition, Congomikili.

 

Le dépôt des candidatures pour les prochaines élections du 28 novembre n’est pas encore achevé que les affrontements entre militants se multiplient partout dans le pays. L’opposition, dont un des manifestants a été tué mardi, met en doute la capacité des forces de sécurité à maintenir l’ordre pendant la période électorale. Nos Observateurs dans ce pays partagent cette inquiétude.

 

Les Congolais sont appelés aux urnes le 28 novembre pour élire leurs parlementaires et un nouveau président. Élu en 2006, le président sortant Joseph Kabila a déjà annoncé qu’il était candidat à sa propre succession. Il a été rejoint dans la course à l’investiture suprême par l’opposant historique, Etienne Tshikesedi, leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

 

Les affrontements entre les militants des deux candidats se multiplient. À Kinshasa, les sièges de l’UDPS et du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), la formation de Joseph Kabila, ont été mis à sac dans la nuit du 5 septembre. Le lendemain, la foule qui s’était à nouveau rassemblée au siège vandalisé de l’UDPS a été dispersée par la police à l’aide de gaz lacrymogènes. Dans la confusion, des coups de feu ont éclaté. Un partisan de l’UDPS a été tué et on compte au moins trois autres blessés, dont deux par balle.

 

En raisons de ces débordements, les manifestations prévues ce jeudi dans la capitale ont été interdites par le gouverneur de Kinshasa.

 

La police congolaise bénéficie de programmes financés par l’Organisation des nations unies pour la République démocratique du Congo (Monusco) destinés à assurer la "sécurisation du processus électoral". Fin août, la France a également annoncé qu’elle débloquait deux millions d’euros pour la formation et l’équipement des policiers en vue de la période pré-électorale.

 

Le siège de l'UDPS vandalisé. Vidéo publié sur Youtube par bjone, le 6 septembre 2011.

"L’opposition a donc recours aux mêmes méthodes et recrute également des hommes armés"

Sakangou (pseudonyme) vit à Kinshasa.

 

La police congolaise est la même que celle impliquée dans l’affaire Chebeya [huit policiers ont été accusés d’avoir éliminé en juin 2010 un militant des droits de l'Homme, Floribert Chebeya], elle n’a pas changé. Le commandement est toujours le même, les mêmes comportements violents perdurent.

Lors des manifestations de ces dernières semaines, la police était accompagnée d’hommes de main en civil, violents et armés, qui se sont attaqués aux manifestants. La police a laissé faire. L’opposition a donc recours aux mêmes méthodes et recrute également des hommes armés.

 

Il est vrai que la police essuie des jets de pierre. Mais est-ce que cela justifie qu’elle se défende elle aussi avec des pierres? Surtout, nous ne comprenons pas pourquoi il y a des tirs à balles réelles. Les autorités veulent faire croire que le militant tué mardi et les deux autres blessés sont tombés sous les balles d’un manifestant de l’UDPS. Cela me semble peu crédible."

 

Un homme en uniforme se baisse pour ramasser un projectile avant de le jeter en direction d'un groupe d'hommes. La séquence commence à partir de 10’32. Vidéo postée sur Youtube par un média d’opposition, Congomikili.

 

 

[Contacté par FRANCE 24, l’inspecteur provinciale de la police à Kinshasa, le Général Jean Bedieu Oléko a refusé de s’exprimer sur le sujet]

"La police est instrumentalisée par la majorité au pouvoir"

Jean Claude Katende est avocat et président de l'Association africaine de défense des droits de l'Homme.

 

La police est instrumentalisée par la majorité au pouvoir. Nous ne croyons pas qu’elle soit capable de réagir de façon neutre et républicaine durant le processus électoral. Lors des violences de ce début de semaine, une chaîne de télévision proche de l’opposition a aussi été incendiée. Les responsables de la chaîne affirment que les policiers présents sur place ce soir-là n’ont rien fait pour bloquer les vandales.

 

Le responsable de la police affirme que les policiers ont à leur disposition les équipements nécessaires pour assurer la sécurité lors du processus électoral. Mais c’est faux. En cas de grosses manifestations, imposant aux autorités de déployer un nombre important de policiers dans les rues, on constate très vite que certains ne sont pas équipés de matériel anti-émeute, notamment des casques pour se protéger contre les jets de pierre. Cela augmente le risque qu’ils utilisent leurs armes à feu de façon disproportionnée, s’ils paniquent devant une foule en colère.

 

Il existe plusieurs programmes de formation des policiers congolais organisés par la Monusco, l’Union Européenne, ou encore l’Afrique du Sud. Mais tous ces programmes manquent de coordination. Quand on voit l’attitude des policiers, on peut même se demander s’il n’y a pas un problème de maîtrise des notions enseignées.

 

La France doit aujourd’hui inciter l’État congolais à la neutralité. Sinon, cela peut dégénérer en guerre civile."

"La police fait son travail"

Kibalou (pseudonyme) milite au sein du parti au pouvoir, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD).

 

La police fait son travail. Les critiques des militants de l’UDPS sont infondées. Il faut bien que la police ramène l’ordre quand il y a des débordements. Si des manifestants viennent casser et détruire, il faut que la police intervienne, elle doit s’impliquer. Nous avons vu que les partisans d’Etienne Tshisekedi brûlaient et pillaient tout sur leur passage lundi soir, après le dépôt de la candidature de leur champion. Nous ne comprenons pas pourquoi ils ont tout saccagé. Nous ne sommes pas des ennemis.

 

Pour moi, notre police est bien équipée, bien formée. Mais je ne peux pas dire si ils ont besoin de l’aide extérieur, car je ne suis qu’un civil pas un militaire."

Billet écrit en collaboration avec Cécile Loïal, journaliste à France 24.