Libye

Kadhafi balayé, restent les rues à nettoyer

 Une grande partie des immigrés ont fui Tripoli depuis la prise de la ville par les forces du Conseil national de transition (CNT). Les habitants doivent donc s’organiser pour effectuer les tâches généralement accomplies par cette population, notamment le nettoyage des rues.

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Nettoyage du quartier de Fachloum mardi soir à Tripoli.

 

Une grande partie des immigrés ont fui Tripoli depuis la prise de la ville par les forces du Conseil national de transition (CNT). Les habitants doivent donc s’organiser pour effectuer les tâches généralement accomplies par cette population, notamment le nettoyage des rues.

 

Ces photos ont été prises à Fachloum, au cœur de Tripoli, un des premiers quartiers de la capitale à s’être soulevé contre le régime de Kadhafi. Une manifestation anti-gouvernementale y avait été organisée dès le 20 février 2011, soit quelques jours après le déclenchement de la révolte dans l’est du pays.

 

"Beaucoup de jeunes ont participé au nettoyage dans les quartiers acquis au CNT"

 

Fathi Bassit habite au centre de Tripoli. Agé de 42 ans, il travaille dans le domaine de la publicité et des médias.

 

Le traitement des déchets a toujours été un problème à Tripoli, même sous le régime de Kadhafi. Pendant les sept mois de révolte, se sont toutefois accumulés des tas de déchets. Car le nettoyage incombait aux immigrés originaires d’Afrique subsaharienne qui s’étaient installés en Libye depuis longtemps. Ils travaillaient au sein de l’Entreprise publique de propreté. Le déclenchement de la révolte a poussé la grande majorité de ces immigrés à quitter le pays, ou à rester chez eux, c’est encore plus vrai depuis la prise de Tripoli par les insurgés.

Les responsables des quartiers ont saisi qu’il y avait un réel risque sanitaire, d’où la campagne de nettoyage lancée dans les rues de Tripoli. Ces derniers jours, on a vu beaucoup de jeunes participer au nettoyage de leur quartier, surtout dans les zones acquises au CNT, comme Fachloum et Tadjoura.

 

A l’inverse, dans les quartiers pro-Kadhafi, comme Bouslim, les habitants ne font rien. Les routes sont sales et il y a des tonnes de déchets qui s’accumulent près des habitations. Et du côté de Bab el-Azizia [ancien QG du 'Guide' libyen déchu], il n’y a eu qu’une modeste opération de nettoyage."

"Après avoir ramassé les déchets, ils se sont mis à rénover les rues"

 

Salim Gashout a 39 ans. Avant la prise de Tripoli, il travaillait dans une société de transport touristique. Son père habite dans le quartier de Flachoum.

 

Le comité de Fachloum a décrété le 6 septembre 'journée de nettoyage'. [Après la chute du clan Kadhafi, le 24 août 2011, les Tripolitains se sont organisés en comités de quartier pour gérer les affaires d’utilité générale – à l’instar des insurgés après la libération de Benghazi, en février dernier. Ces comités sont composés de cinq personnes : un président, un chargé de la sécurité, un chargé des affaires médicales, un chargé des affaires publiques et un chargé de la collecte et redistribution des dons. Chaque secteur regroupe des dizaines de volontaires.]

 

La propreté de la ville était une priorité, les habitants se plaignaient des odeurs nauséabondes qui envahissaient les rues et des sacs poubelle qui jonchaient les trottoirs depuis des mois. Une fois la campagne lancée, c’est sur la base du volontariat que les habitants, essentiellement les jeunes, se sont présentés pour participer.

 

Les rues de Fachloum une semaine avant l'opération de nettoyage. Vidéo publié sur YouTube.

 

 

Il y eu beaucoup de volontaires : des jeunes chômeurs, des étudiants, des actifs, des pères de famille, des commerçants... Ils sont allés récupérer du matériel dans les entrepôts de nettoyage, mais malgré cela leurs moyens étaient limités. Les camions bennes de récolte des déchets étaient inutilisables en raison de la pénurie de gasoil. Des volontaires ont alors mis à disposition leur véhicule privé - qui fonctionne à l’essence - pour emmener les déchets dans les décharges.

 

La motivation était telle qu’après avoir nettoyé et débarrasser les déchets, les membres du comité se sont mis à rénover les rues. Ils ont renouvelé la signalétique des trottoirs car le marquage au sol était quasi invisible. On voit bien qu’il ne s’agit pas du travail de professionnels, mais on a maintenant des rues propres et plus agréables.

 

La chute du régime a suscité un élan de solidarité sans précédent. Plus que jamais, les jeunes veulent travailler et contribuer à la reconstruction de leur pays."

 

 

Les jeunes de Fachloum refont la signalisation dans leur quartier

 

 

 

Billet rédigé en collaboration avec Mahamadou Sawabeh, journaliste à France 24.