Devant le tribunal où se tient le procès Moubarak. Photo publiée sur Flickr le 5 septembre 2011 par Mostafa Sheshtawy.
 
La troisième audience du procès d’Hosni Moubarak s’est déroulée lundi dans un climat tendu. A l’intérieur du tribunal, mais aussi à l’extérieur, des bagarres ont éclaté entre partisans et adversaires de l’ancien rais. Preuve que la société égyptienne reste encore divisée sur le sort à réserver à l’ancien président égyptien.
 
Hosni Moubarak, qui souffrirait de problèmes cardiaques et de dépression, s’est présenté une fois encore allongé sur une civière. Il est jugé avec ses deux fils, Alaa et Gamal, ainsi qu'avec six responsables de l'ancien régime, dont l'ex-ministre de l'Intérieur Habib el-Adly. L'ancien homme fort d'Egypte est accusé de complicité de meurtres pour les quelques 850 manifestants tués pendant la révolution ayant conduit à sa chute, de corruption et de détournement de fonds publics. Il a plaidé non coupable.
 
Mostafa Sheshtawy est un blogueur. Il était à l’extérieur du tribunal.
 
Comme lors des audiences précédentes des 3 et 15 août, des partisans de Moubarak et des manifestants anti-Moubarak s’étaient rassemblés à l’extérieur du tribunal. L’atmosphère était tendue. Le camp des pro-Moubarak était protégé par la police. Quand on a demandé pourquoi, les policiers nous ont répondu que les pro-Moubarak étaient moins nombreux et qu’en plus la majorité était des femmes. Ces manifestantes n’arrêtaient pas de crier que Moubarak était un héros, qu’il était innocent, qu’il ne devrait pas être emprisonné. Les anti-Moubarak leur répondaient qu’il fallait pendre l’ex-raïs. C’est alors que des affrontements ont commencé. J’ai eu le sentiment que police a pris parti pour les pro-Moubarak. Plusieurs manifestants ont été battus par les membres de la force de la sécurité centrale [police anti-émeutes]. "
 
Le dispositif de sécurité à l’extérieur du tribunal. Photo publiée sur Twitter le 5 septembre 2011 par Mostafa Sheshtawy.
Photo publiée sur Twitter le 5 septembre 2011 par Mostafa Sheshtawy.
 
 
Les choses ont dégénéré également dans la salle d'audience, où une empoignade entre fidèles de l'ancien raïs, avocats et plaignants, a entraîné une suspension d'audience. Le procès a finalement repris dans la journée avec l'audition de quatre policiers témoins à charge. Aucun d’entre eux n’a pour l’instant évoqué la responsabilité directe d’Hosni Moubarak dans la mort des manifestants en janvier et février. La prochaine audience du procès de l'ancien raïs a été fixée à mercredi.
 
"Je voulais voir Hosni Moubarak porter une tenue de prisonnier"
 
Notre Observateur, Mohamed El Dahshan, blogueur et activiste au Caire, défend la nécessité de la tenue du procès d’Hosni Moubarak.
 
Pour moi, l’intérêt du procès, c’est de voir Hosni Moubarak porter une tenue de prisonnier. Je suis ravi de le savoir incarcéré. C’était d’ailleurs l’un des acquis de la révolution que le procès ait lieu et qu’il soit public. Même s'il n’est plus retransmis en direct à la télévision, sur décision du juge Ahmed Refaat, je suis heureux de savoir que le procès se tient. Punir les coupables des meurtres de manifestants sera bénéfique pour le pays. Les parents de victimes pourront faire leur deuil et un procès envoie un message fort au futur leader : quelque soit votre niveau de responsabilité, vous pourrez être puni en cas de faute.
 
Mais tous ces acquis de la révolution sont fragiles. Les affrontements à l’extérieur du tribunal en sont la preuve. Je suis très déçu par le comportement de la police qui a gardé les mêmes réflexes que sous le régime Moubarak. L’armée aussi ne semble pas avoir pris la mesure du changement. Car, dans un premier temps, le Conseil suprême des forces armées a tenté de repousser le procès. C’est uniquement à cause de notre pression que nous pu imposer un procès civil pour l’ancien président. Mais pendant ce temps-là, plus de 12 000 civils ont été traduits devant les tribunaux militaires, lors de procès caricaturaux, sans avocats et sans recours.
 
Parmi les pro-Moubarak qui manifestaient hier, je ne suis pas sûr que tous aiment Hosni Moubarak. En fait, dans l’Égypte post-révolution, certains se sentent mal : ils ont perdu leur boulot, ils se disent alors que c’était mieux avant. Mais les adversaires ne sont pas nécessairement des ennemis."
 
Un manifestant blessé. Photo publiée sur Twitter le 5 septembre 2011 par Farah Saafan.
 
Photo publiée sur Twitter le 5 septembre 2011 par Farah Saafan.
 
 
"C’est l’homme qui nous a garanti la paix pendant trente ans"
 
Mohamed Adel représente la frange de la population égyptienne qui soutient l’ancien rais et regrette la tenue d’un procès Moubarak.
 
Je n’aime pas l’idée qu’un vieil homme de 83 ans comme Hosni Moubarak soit présenté ainsi devant un juge. D’ailleurs, même s'il est déclaré coupable, il est trop vieux pour aller en prison. Je n’oublie pas qu’il n’a pas toujours été un méchant homme. Ces dix dernières années, il est certain qu’il a fait des choses répréhensibles, comme voler l’argent de son peuple. Mais je n’oublie pas non plus que c’est l’homme qui nous a garanti la paix pendant trente ans. Pour moi, il n’est pas aussi mauvais que ne le décrivent certaines personnes. D’ailleurs, dans d’autres pays, on trouve des personnes encore plus méchantes que lui.
 
Selon moi, il n’est pas responsable des meurtres des manifestants. D’ailleurs, il est trop intelligent pour avoir donné de tels ordres aux policiers. Il n’est pas Bachar al-Assad. Seul l'ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli, est responsable de ces morts.
 
Aujourd’hui, mon seul souhait c’est que le pays tout entier tourne la page. L’économie va mal, le plus important c’est de travailler dur. L’essentiel n’est pas de savoir si Hosni Moubarak est coupable ou non, s’il faut le juger ou non. Nous devons maintenant nous concentrer sur l’avenir du pays."
 
Un manifestant devant le tribunal où se tient le procès Moubarak. Photo publiée sur Twitter le 5 septembre 2011 par Farah Saafan.
 
Billet rédigé en collaboration avec Cécile Loïal, journaliste à France 24.