RUSSIE

De simples citoyens pour combattre de gigantesques incendies en Russie

Comme l’été dernier, les campagnes russes sont à nouveau ravagées par des feux de forêt. Les autorités ne parvenant toujours pas à faire face à la crise, ce sont de simples citoyens qui s’improvisent sapeur-pompier.

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Un pompier volontaire tente d'éteindre un incendie dans la région de Moscou. Photo : Anna Baskakova

 

Comme l’été dernier, les campagnes russes sont à nouveau ravagées par des feux de forêt. Les autorités ne parvenant toujours pas à faire face à la crise, ce sont de simples citoyens qui s’improvisent sapeur-pompier.

 

Pas moins de sept incendies ont été éteints dans la seule journée du 7 août à l’extrême est du pays. Le 29 juillet, le ministère des Situations d’urgence annonçait que 21 500 hectares de territoire étaient en train de brûler dans le pays.

 

En mai, le président russe Dmitri Medvedev avait pourtant demandé à ses équipes de faire en sorte que le chaos de 2010 ne se répète pas. L’été dernier, les incendies ont en effet complètement échappé au contrôle des autorités, révélant un manque de moyens et d’organisation. Soixante-deux personnes étaient mortes, des milliers de maisons réduites en cendres et les installations militaires et nucléaires s’étaient même trouvées menacées.

 

Dans la panique générale, des milliers de volontaires s’étaient mobilisés pour aider les pompiers et les soldats à combattre les feux de forêt. Cet été, ces mêmes troupes retournent au combat. Ils sont mieux coordonnés et mieux informés, grâce à Internet, (notamment ici et ici), mais ils demandent à être mieux équipés et protégés.

 

Incendies dans la région de Moscou. Photo : Anna Baskakova.

"Les pompiers volontaires russes combattent les incendies à leurs propres frais et sans entraînement professionnel"

 

Anna Baskakova, Moscou, expert en arts et pompier volontaire.

 

La plupart des feux de forêt sont causés par des agriculteurs qui brûlent de l’herbe séchée. Et le feu se propage parce que beaucoup de champs ne sont pas tondus ou entretenus. Dans le sud du pays par exemple, des zones entières sont couvertes de roseaux allant de 5 à 7 mètres, des endroits très propices aux incendies. Ces feux peuvent aussi embraser la tourbe dans les zones marécageuses asséchées aux alentours des champs. Les flammes se propagent alors sous le sol, de façon totalement invisible. Au départ de l’incendie, avec un peu d’organisation, il est facile de circonscrire le feu, car il est peu étendu et qu’il y a des petits cours d’eau un peu partout. Mais si rien n’est fait rapidement, un mur de flamme de 10 à 15 mètres se constitue et il détruit tout sur son passage.

 

Photo : Anna Baskakova.

"Il n’est pas toujours facile de définir qui est responsable de ces lopins de terres et qui doit s’occuper d’éteindre les feux"

 

Le problème, c’est que les lois sont compliquées et qu'il n’est pas toujours facile de définir qui doit se charger d’éteindre les feux. Le ministère des Situations d’urgence a déclaré qu’il n’intervenait que dans les zones non habitées. Les gardes-forestier n’ont, quant à eux, pas le droit de lutter contre les incendies hors de leur circonscription. Et en Russie, il n’existe aucun service de pompiers centralisé qui pourrait coordonner leur activité à travers tout le pays.

 

Pour toutes ces raisons, ce sont finalement des pompiers bénévoles qui interviennent. À la différence des pompiers européens ou nord-américains, les volontaires russes n’ont pas de statut ou de droits particuliers. Ils combattent le feu à leurs propres frais, sans entraînement professionnel et ne sont pas assurés pour les risques qu’ils prennent. La plupart d’entre eux combattent les incendies le week-end ou durant leurs jours de congés. Certains font partie de la branche russe de Greenpeace, basée à Moscou, d’autres viennent de la Brigade de protection de la nature de l’université d’État de biologie, un autre groupe est constitué d’employés de la réserve naturelle d’Oka [région de Ryazan, à l’ouest du pays]. Ils se déplacent souvent avec leurs propres voitures, transportant les équipements qu’ils ont payés grâce à des dons ou à des sponsors privés (des pompes à eau, des extincteurs portables, des ventilateurs de lutte contre les incendies, des tuyaux et des gicleurs). Et s’ils n’arrivent pas à éteindre les feux eux-mêmes, ils contactent la presse et les administrations locales afin que les structures officielles prennent le relais. 

 

Photo : Anna Baskakova.

 

 "Grâce à l’expérience, cette année notre approche est plus intelligente"

 

Nous avons maintenant une certaine expérience. Notre système de coordination est relativement bien rodé. Nous utilisons Internet pour informer nos volontaires et une carte en ligne nous permet de rassembler toutes les informations sur les incendies. L’année dernière, nous travaillions en aveugle et nous ne savions même pas utiliser les quelques équipement que nous avions.

 

Le plus dur, c’est que tout se répète, c'est un cauchemar. Nous espérions vraiment que les autorités tireraient des enseignements de 2010, puniraient les coupables, amélioreraient les systèmes d’extinction et lanceraient le reboisement. Mais rien ne s’est passé. La loi sur les bénévoles que nous attendions a été très décevante.  Selon ce texte, tous les groupes de pompiers volontaires doivent s’enregistrer (ce qui est payant), embaucher un responsable, un chauffeur et un comptable : autant de frais que nous payons de notre poche. Et le pire, c’est que nous pouvons maintenant être réquisitionnés d’office par le ministère des Situations d’urgence, ce qui signifie qu’on peut nous obliger à abandonner notre travail sans nous offrir de rémunération."

 

Photo : Anna Baskakova.

 

Toutes les photos ci-dessous ont été prises dans la réserve naturelle d'Astrakhan.Ces photos ont été postées par des pompiers volontaire sur ce site.

Photos : N.A. Litvinova.

Photo : G.A. Zamyatina

Billet écrit en collaboration avec Ostap Karmodi, journaliste.