CHINE

Quand Pékin demande à ses cafetiers de cafter

Les propriétaires de cafés, de restaurants et de bibliothèques, nouveaux complices de la censure des autorités chinoises ? Pékin a ordonné à tous les commerçants offrant un accès wifi à leurs clients de se doter d’un logiciel espion. Objectif : traquer les données des internautes. Une décision qui n’a "rien d’étonnant",  

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Sur ce ticket de caisse, la direction d'un magasin de Pékin informe sa clientèle que la mesure prise par les autorités ne lui avait laissé d'autre choix que de mettre un terme à son accès au wifi gratuit.

 

Les propriétaires de cafés, de restaurants et de bibliothèques, nouveaux complices de la censure des autorités chinoises ? Pékin a ordonné à tous les commerçants offrant un accès wifi à leurs clients de se doter d’un logiciel espion. Objectif : traquer les données des internautes. Une décision qui n’a "rien d’étonnant", selon notre Observateur.

 

Présenter sa carte d’identité est déjà une obligation dans les cybercafés chinois. Celle-ci va désormais s’étendre à tous les établissements où il est possible de se connecter à Internet. Appliqué pour l’instant dans le seul quartier de Dongcheng, dans le centre de Pékin, la mesure pourrait bien s’étendre à tout le pays. Les commerçants dotés d’un accès Internet gratuit et illimité devront se munir, à leur frais, d’un logiciel de surveillance.

 

Ce logiciel, qui permet de contrôler les activités d’une centaine d’internautes à la fois, a été conçu pour identifier l’utilisateur et garder une trace des sites visités, des photos téléchargées et des commentaires postés au cours de sa connexion. Mieux : des relevés de ces informations peuvent être transmis instantanément aux postes de police via un équipement à la pointe de la technologie.

"Cette mesure ne va pas arranger les commerçants, mais cela ne changera pas grand-chose pour les clients"

Sui (pseudonyme) est étudiant en Chine dans la province d’Hubei.

 

Si les commerçants n’appliquent pas la directive, ils sont passibles d’une très lourde amende [Entre 5 000 et 15 000 yuans (550 à 1 650 euros, NDLR), selon l’annonce faite par le bureau de la sécurité de Dongcheng]. Le souci majeur de cette nouvelle politique, c’est que c’est aux commerçants d’acheter eux-mêmes le logiciel. Or, il est très coûteux : son prix varie de 20 000 à 60 000 yuans [2 000 à 6 500 euros]. Une dépense que nombre de propriétaires de café ne peuvent pas se permettre... D’ailleurs, certains ont tout simplement décidé de fermer leur borne wifi.

 

Les autorités disent que le logiciel permettra de lutter contre la pornographie, la fraude, le trafic de drogue ou les virus sur Internet. Elles affirment aussi que cette mesure protégera les intérêts de la population et de l’Etat. Mais sur les réseaux sociaux, les internautes qui en discutent craignent surtout pour leur vie privée.

 

Cette nouvelle politique ne me surprend pas. Le pouvoir exerce déjà une forte censure sur Internet [l’accès à des milliers de sites et de réseaux sociaux est interdit dans le pays, notamment depuis la mise en place du Grand Firewall de Chine, ndlr], prétextant qu’il agit pour le bien de l’Etat et de ses citoyens. Bien sûr, cette directive n’arrange pas les affaires des propriétaires de café ou de restaurant mais pour les clients, cela ne va pas changer grand-chose. Les gens vont principalement dans les cafés et les restaurants pour se divertir et pas nécessairement pour naviguer sur le Web. En outre, nous avons déjà l’habitude de présenter notre carte d’identité quand nous allons dans les cybercafés."