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"Si j’avais vu que t’avais une arme, je t’aurais tiré dessus" : cette vidéo fait enrager les défenseurs du port d’arme

 Menacer de mort un citoyen américain qui porte une arme en toute légalité pourrait bien faire jurisprudence aux États-Unis. L’affaire se déroule dans une ville de l’Ohio, où une vidéo révélant l’attitude insultante d’un officier de police a révolté les défenseurs du port d’arme.  

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Menacer de mort un citoyen américain qui porte une arme en toute légalité pourrait bien faire jurisprudence aux États-Unis. L’affaire se déroule dans une ville de l’Ohio, où une vidéo révélant l’attitude insultante d’un officier de police a révolté les défenseurs du port d’arme.

 

Aux États-Unis, chaque État a sa propre loi sur le port d’arme. Comme beaucoup de ses voisins, l’Ohio autorise le port d’arme à condition qu’elle ne soit pas visible, qu’elle soit dissimulée sous leurs vêtements ou dans leur voiture. Pour ce faire, les habitants doivent être détenteurs d’un permis de ‘port d’arme cachée’. Les citoyens en possession de ce permis ont alors le droit de porter leur arme et de se déplacer avec n’importe où, à quelques exceptions près : les postes de police, les prisons, les institutions psychiatriques, les aéroports, les garderies et les lieux de culte.

 

Cette vidéo filmée le 8 juin par une caméra installée sur une voiture de police, montre William E. Bartlett  interpellé pour avoir garé sa voiture sur la chaussée, ce qui représente une infraction au code de la route. Assis dans son véhicule, l’automobiliste tente de parler à l’agent Daniel Harless, mais celui-ci l'interrompt en lui demandant de sortir de sa voiture. À cet instant, le conducteur a en main le permis de port d’arme qu’il s’apprête à lui montrer. L’automobiliste lui explique qu’il a tenté de l'informer de son port d'arme mais l’officier sort de ses gonds "Quelle est la première chose que vous auriez du faire ?" hurle t-il. "J’allais vous le montrer" répond le conducteur. "Si j’avais vu ton arme, j’aurais tiré dix balles dans ton … et je t’aurais laissé mourir" continue l’officier en le menaçant de l’interpeller à l’avenir, à chaque fois qu’il le croisera.

 

La vidéo originale a été retravaillée (sous-titres en anglais et son) par l'organisation Ohioans for Concealed Carry, qui défend le droit au port d'arme. La version ci-dessus est une version coupée et sous-titrée en français par FRANCE 24. La scène qui précède cette séquence montre les policiers demandant aux deux passagers (un homme et une femme) de sortir de la voiture. Un des deux policiers monte à l'arrière du véhicule un instant pour faire une vérification. Aucune charge n'a été retenue contre le conducteur sur le fait qu'il connaissait une 'prostituée' (aux dires des policiers). La vidéo originale est disponible sur YouTube

 

Peu après la diffusion de ces images sur Internet, l’agent Harless a été suspendu de ses services pour la durée de l’enquête ouverte sur l’incident. En 14 ans de services dans la police, seize plaintes ont déjà été déposées contre lui. De son côté, le conducteur est poursuivi pour n’avoir pas signalé son arme à la police ainsi que pour infraction au code de la route. Des accusations que ne reconnaît pas William E. Bartlett.

 

Lors d’une interview radiophonique, le président du Conseil municipal, Alan Shulman, a tenté d’excuser l’attitude de l’officier tout en dénonçant le port d’arme par des citoyens : "Tant qu’il y aura des lois qui permettront aux gens de porter des armes […], il faudra s’attendre à ce qu’il y ait des morts parmi les policiers mais aussi parmi les citoyens, qui pensent que posséder une arme les met en sécurité. Ces lois sont absolument insensées." a-t-il déclaré.

"Étant moi-même autorisé à porter une arme, cette vidéo m’a beaucoup inquiété"

Gary Witt est membre de Ohioans for Concealed Carry (‘Les habitants de l’Ohio pour le port d’arme caché’), une organisation qui défend le port d’arme et les droits des citoyens qui possèdent une arme.

 

Nous avons été mis au courant de l’existence de cette vidéo parce que l’avocat qu’a choisi le conducteur est un des membres de notre organisation. Quand il nous a raconté ce qui s’était passé, nous avons fait une demande à la police pour que l’enregistrement soit rendu public. Nous avons ensuite amélioré la qualité audio de l’enregistrement puis sous-titré la vidéo avant de la publier sur Internet.

 

Plus de 200 000 personnes dans l’État de l’Ohio possèdent un permis de port d’arme cachée. Et quand un policier interroge quelqu’un à propos d’un vol ou l’arrête, par exemple pour un excès de vitesse, s’il est armé, le citoyen est tenu par la loi de le faire savoir à l’agent et de présenter son permis de port d’arme. Alors qu’un citoyen qui tente de respecter la loi, comme c’est le cas sur ces images, en soit empêché pose un sérieux problème.

 

Étant moi-même autorisé à porter une arme, je suis effectivement inquiet depuis que j’ai vu ces images. J’ai toujours mon arme sur moi et je ne sais pas comment je devrai me comporter la prochaine fois que je serai arrêté par la police.

 

Bien que la plupart des policiers soient en général professionnels et courtois, nous ne pouvons jamais savoir quand nous aurons affaire à un agent malveillant qui pourrait nous infliger le même genre d’abus subis par le conducteur de la vidéo. C’est pour cela que notre organisation se plaint de la législation actuelle et que nous voudrions pouvoir la modifier.

 

L’objectif de Ohioans for Concealed Carry est de changer la formulation de la loi pour que soit supprimée l’obligation d’indiquer immédiatement au policier le port d’arme. Un des représentants de l’État de l’Ohio est à l’origine d’une proposition de loi qui irait dans ce sens. Avec un peu de chance, elle sera à l’étude à la Chambre avant septembre."

“Tout comme les civils, les policiers n’ont aucun droit de proférer des menaces de mort”

Aaron Krisnowich est membre de Berkeley Copwath, une association qui milite pour les citoyens, filme et rend publiques les violences policières. Située à Berkeley en Californie, elle a entraîné la création d’autres associations Copwatch à travers le pays (aucune n’est installée dans l’Ohio).

 

Au regard de la situation, la réaction du policier Harless étaient clairement injustifiée et disproportionnée. Quand un policier menace de tuer quelqu’un, et d’autant plus s’il le fait plus d’une fois, nous considérons cela comme un acte de violence. Et l’agent a bien choisi d’employer le mot "exécuter". C’est inacceptable de porter atteinte de la sorte aux droits d’un citoyen. Les policiers ne sont pas plus que les civils autorisés à proférer des menaces de mort.

 

L’officier Harless a considéré que les gens qui portaient une arme tireraient forcément sur des policiers. Mais la Cour suprême a statué que la Constitution protégeait le droit de posséder une arme et par son attitude l’officier s’est montré hostile envers des Américains qui ne font que respecter la loi."

 

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Gaëlle Faure, journaliste à FRANCE 24.