EGYPTE

Les irréductibles de la place Tahrir reviendront tant que Moubarak ne sera pas "en cage"

Les derniers manifestants de la place Tahrir ont été délogés manu militari le 1er août par l’armée égyptienne. Mais selon notre Observateur, les révolutionnaires pourraient revenir à la charge si le procès de Moubarak devait être reporté.  

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Capture d'écran de l'assaut des forces de l'ordre sur la place Tahrir, publiée par Kikhote sur YouTube

 

Les derniers manifestants de la place Tahrir ont été délogés manu militari le 1er août par l’armée égyptienne. Mais selon notre Observateur, les révolutionnaires pourraient revenir à la charge si le procès de Moubarak devait être reporté.

 

Il ne pourrait s’agir que d’un calme précaire place Tahrir. Le campement installé depuis le 8 juillet dernier sur le célèbre rond-point du Caire a été démantelé par l’armée, assistée des forces de police. Vendredi 29 juillet, les vingt-six partis politiques et organisations de jeunesse avaient décrété l’interruption, pendant la durée du mois de ramadan, du sit-in installé depuis trois semaines. Mais les activistes, divisés au sein même de leur formation sur l’attitude à adopter à propos de la mobilisation, n’ont pu empêcher plusieurs centaines d’irréductibles de poursuivre leur mouvement. Au premier jour de jeûne, lundi 1er août, ils ont brutalement été délogés à coups de matraque et de barres de fer par des militaires et des policiers.

 

Vidéo publiée sur YouTube

 

Plusieurs vidéos amateurs témoignent de la violence de l’intervention des forces de l’ordre pour disperser les manifestants et démanteler le campement (voir sur la vidéo à la minute 3’15). Un groupe de défense des droits civiques, le Front pour la défense des manifestants égyptiens, a compté plus de 80 arrestations, parmi lesquelles une journaliste de la BBC, Shaimaa Khalil, qui ‘twittait’ les événements grâce à son téléphone portable: "Quelqu’un vient de me dire ‘Attention ! Ils arrêtent quiconque prend des photos' " a-t-elle écrit juste avant d’être embarquée par la police. Elle a été libérée mardi en fin d’après-midi.

 

Ce coup de force de l’armée est intervenu deux jours avant l’ouverture du procès d’Hosni Moubarak tant attendu par les Égyptiens. L’ancien président, accusé de corruption et de meurtre, sera jugé à partir de mercredi 3 août devant la cour criminelle du Caire, tout comme ses fils Alaa et Gamal ainsi que des caciques de l’ancien régime. L’état de santé de l'ancien président âgé de 83 ans est l’objet de nombreuses rumeurs contradictoires qui font craindre aux manifestants un report d’audience. Or, l’une des principales revendications des manifestants installés place Tahrir était de voir le potentat déchu jugé au plus vite.

"Pour nous, l’ouverture du procès de Moubarak est davantage un tournant que le premier jour du ramadan"

Mohamed El Dahshan est consultant au Caire et activiste.

 

J’étais d’accord avec la décision des mouvements politiques de se retirer de la place durant le mois de ramadan. Mais certains activistes indépendants et les familles de victimes [Les manifestants qui ont réinvesti la place Tahrir le 8 juillet dernier sont pour la plupart des proches des 850 personnes tuées en début d’année lors du soulèvement contre le régime d’Hosni Moubarak] ont voulu rester pour que justice soit rendue aux martyrs. Alors en tant qu’activiste, j’ai décidé de soutenir le sit-in par solidarité.

 

Nous avons bien conscience de perturber la circulation et les activités économiques autour de la place Tahrir. Dimanche, nous sommes allés discuter avec les commerçants de la place exaspérés par la présence des manifestants, pour leur dire que nous ferions de notre mieux pour améliorer les conditions de circulation et permettre aux Cairotes de revenir faire leurs courses. Nous avions d’ailleurs déplacé les tentes de quelques mètres pour débloquer le passage. Il a aussi fallu parlementer avec certains manifestants qui ne voulaient pas retirer les barrages de fortune dressés autour de la place. Nous n’avons pas envie de perdre le soutien des habitants du Caire, alors nous tentons de trouver des compromis pour poursuivre le sit-in et satisfaire tout le monde.

 

Vidéo publiée sur YouTube

 

"Tout le monde est dans l’expectative pour savoir si ce procès aura bien lieu"

 

Pour beaucoup d’entre nous, la prochaine date butoir de notre révolution, c’est le 3 août, quand Hosni Moubarak comparaîtra pour la première fois devant la justice, et non le début du ramadan. Jamais nous n’avions imaginé pouvoir être délogé ce jour-là aussi violemment par les forces de l’ordre. L’armée et la police étaient armées de matraques, de bâtons et de canons à eau. Ils n’ont pas seulement démonté les tentes, ils ont arrêté et frappé des manifestants. Une de mes amies a fait croire aux policiers qu’elle était enceinte, dans l’espoir d’être épargnée. Ils ont répondu en lui donnant des coups dans le ventre.

 

Si les gens ont décidé de rester place Tahrir, c’est que pour beaucoup de révolutionnaires, le ramadan ne doit pas nous empêcher de rester mobilisés. Nos revendications ne changent pas avec le jeûne : nous demandons toujours que soient jugés tous les responsables des crimes et des vols et nous exigeons l’accélération des réformes promises par l’armée. Or, il y a 50 % de chances pour que d’ici demain, une excuse soit trouvée pour reporter le procès de Moubarak [Lundi 1er août, l’ancien président a reçu un ordre du tribunal pour être transféré depuis l’hôpital de Charm el-Cheikh, où il est en détention provisoire, dans la banlieue nord du Caire, où se déroulera son procès. Selon le quotidien pro-gouvernemental Al-Masry Al-Youm, ses médecins, qui le disent très faible, n’ont pas encore fait savoir s’ils autorisaient son déplacement].

 

Tout le monde est dans l’expectative pour savoir si ce procès aura bien lieu. Et comme tout le monde, j’ai envie de voir Moubarak en cage [Selon la tradition de la justice égyptienne, les accusés en uniforme blanc sont présentés à la cour dans des cages métalliques. Il est prévu que cette disposition soit appliquée lors du procès de l’ancien président, comme l’a indiqué un assistant du ministre de la Justice]. Si cela n’arrive pas, cela pourrait sérieusement remonter les manifestants."

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.