KOWEIT

Lâcher de "ballons de la liberté" pour les apatrides du Koweït

 Des ballons sous-forme de lanternes ont été lâchés dans le ciel du Koweït, le 29 juillet, pour demander au gouvernement de régler la situation des "Bidounes", ces dizaines de milliers d’apatrides qui vivent chichement dans l’un des pays pétroliers les plus riches du Golfe.

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Des ballons sous-forme de lanternes ont été lâchés dans le ciel du Koweït, le 29 juillet, pour demander au gouvernement de régler la situation des "Bidounes", ces dizaines de milliers d’apatrides qui vivent chichement dans l’un des pays pétroliers les plus riches du Golfe.

 

Ils sont plus de 106 000 selon l’organisation Human Rights Watch, soit 4 % de la population, à être considérés par les autorités comme des étrangers résidant illégalement sur le territoire. On les appelle les "Bidounes", littéralement les "sans". Des personnes qui pour certaines d’entre elles sont nées au Koweït, mais n’ont jamais pu prouver leur nationalité, ou alors y sont installés de longue date. La législation du pays leur accorde aujourd’hui un statut particulier qui n’est ni celui de citoyen ni celui d’étranger et au nom duquel ils sont privés de leurs droits sociaux et économiques.

 

Ces "Bidounes" sont considérés par le gouvernement koweitien comme des étrangers qui auraient détruit leurs papiers d’identité pour se faire passer pour des Koweitiens et obtenir la nationalité. Les autorités refusent donc de leur donner la nationalité.

"Parmi les Bidounes, il y a des gens qui n’ont pas pensé à demander la nationalité au moment de l’indépendance du pays en 1961"

Omar Al-Oraiman, 21 ans, est étudiant. Il a participé au lancer de ballons pour les droits des "Bidounes".

 

La première tentative de contestation a eu lieu sur Twitter sous le hashtag #EQLB [inverse] et consistait à mettre sa photo de profil Twitter à l’envers. L’opération a duré une semaine.

Dans la foulée, des internautes ont proposé que chaque personne qui désirait exprimer sa solidarité avec les "Bidounes" allume un ballon sous-forme de lanterne en papier qu’elle lâcherait dans le ciel. Parallèlement à cette initiative individuelle, des citoyens se sont rassemblés près du front de mer vendredi après-midi pour demander à ce que les "Bidounes" bénéficient des mêmes droits que les citoyens koweitiens. Malgré le caractère pacifique de ce rassemblement, les policiers étaient présents. Ils ont arrêté quatre personnes qu’ils n’ont cependant pas emmenées au commissariat. Ils se sont contentés de leur poser quelques questions avant de les relâcher après une trentaine de minutes.

 

Lorsque l’administration du pays s'est mise en place dans les années 50 et 60, au moment de l’indépendance du Koweït [Le Koweït a cessé d’être un protectorat britannique en 1961], une partie de la population n’a pas jugé utile de demander officiellement la nationalité. Une partie de ces apatrides payent aujourd’hui le prix de leur propre négligence mais aussi de la négligence de l’État qui n’a pas fait ce qu’il fallait à l’époque. Leur descendance est de fait devenue apatride. [Le statut d’apatride existe au Koweït depuis 1961, date de l’indépendance du pays].

 

En parallèle, il existe aussi un autre groupe de "Bidounes" constitué d’immigrés venus d’Arabie saoudite, de Syrie ou d’Irak, notamment après la guerre du Golfe de 1990. Ces personnes ont brûlé leurs papiers pour passer pour des "Bidounes" koweitiens et garder le droit de rester sur le territoire.

 

Aujourd’hui l’État a fait un amalgame entre ces deux groupes pour des raisons difficiles à expliquer. Peut-être n’a-t-il pas envie d’assumer les négligences du passé.

 

"La question des "Bidounes" est une bombe à retardement"

 

 Concernant les immigrés, je comprends que tous ne puissent pas être naturalisés, mais il faut aussi prendre en compte ceux qui résident au Koweït depuis de très nombreuses années et dont les enfants sont nés ici. Nous demandons à ce qu’ils bénéficient des mêmes droits civiques que les autres. Car en tant qu’apatrides, les "Bidounes" n’ont pas le droit de voyager. Leur accès à l’éducation est limité puisqu’ils n’ont pas le droit de s’inscrire à l’université et les hôpitaux refusent de les prendre en charge. Ils ne bénéficient d’aucun document légal d’état civique (mariage, acte de naissance des enfants) et rares sont les employeurs qui acceptent de les embaucher [un décret ministériel fait officiellement bénéficier les "Bidounes" de quelques avantages sociaux selon Human Rights Watch comme la gratuité des soins et les certificats de naissance et de mariage, mais l’organisation n’est pas en mesure d’affirmer s’ils sont effectivement entrés en vigueur]. Ils travaillent la plupart du temps dans le secteur privé et souvent au noir ou parfois à leur propre compte (souvent dans le transport de marchandises). Leurs conditions de vie sont médiocres. Même les "Bidounes" koweitiens qui ont participé à la Guerre des Six jours en 1967 ne sont pas traités de la même manière que leurs frères d’armes officiellement koweitiens : leur solde est de 100 dinars [254 euros] par mois alors que les autres gagnent quatre fois plus. C’est une somme dérisoire pour vivre au Koweït. Cela correspond à la bourse que chaque étudiant inscrit à la faculté perçoit.

 

La question des "Bidounes" est une bombe à retardement qui risque de prendre des proportions plus grandes si le gouvernement ne se décide pas à y apporter une solution rapide et efficace. Notre contestation est pacifique mais nous empêcher de nous exprimer sur cette question ne fait que jeter de l’huile sur le feu."

Vidéo de lancée de ballons publié sur YouTube.

 

Photo d'une lanterne lâchée par notre Observateur.

Article rédigé par Sarra Grira, journaliste à France 24.