Dans leur propre "capitale", Benghazi, les insurgés ont combattu, samedi, une milice armée pro-Kadhafi installée dans la ville et dont les membres se faisaient passer pour des rebelles.Une "victoire" selon nos Observateurs sur place qui ne veulent pas entendre parler de ‘discorde’ au sein de la rébellion.
 
Dans la nuit du 30 au 31 juillet, les rebelles ont délogé des combattants loyalistes qui se faisaient passer pour des insurgés et qui avaient élu domicile dans une fabrique de plaques d’immatriculation en périphérie de Benghazi, ville à l’est de la Libye. Au terme d’une fusillade de plusieurs heures, la "Brigade du 17 février", une unité rattachée au ministère de l’Intérieur des insurgés, est venue à bout de ce rempart pro-Kadhafi. Près de 63 personnes ont été arrêtées et quinze combattants ont péri dans l’opération, quatre parmi les rebelles et onze au sein du groupe armé fidèle au guide libyen.

Ce groupe, qui se faisait appeler "Brigade al-Nida", rassemblait des miliciens pro-Kadhafi faits prisonniers après que Benghazi fut tombée aux mains de l’insurrection le 24 février dernier. Depuis, ils disaient s’être ralliés à la cause des insurgés. Selon les portes parole de la rébellion, environ 300 de ces miliciens se seraient enfuis pendant l’attaque. Lundi 1er août, les forces de sécurité continuaient à patrouiller autour de Benghazi pour traquer les infiltrés évadés.
 
Selon le Libyan Youth Mouvement, un groupe de cyber-activistes proche des insurgés, cette vidéo montrant des révolutionnaires libyens injuriant des prisonniers aurait été filmée par un des insurgés après le raid de dimanche matin. Si vous avez des informations sur ces images, contactez nous à l’adresse observers@france24.com.
 
 
L’attaque de cette milice infiltrée a eu lieu trois jours après la mort du Général Abdul Fattah Younès, ex-numéro deux du régime de Kadhafi rallié à la cause des insurgés. Depuis plusieurs mois, des divisions dans les rangs des insurgés embarrassent le Conseil national de transition (CNT) et ses forces armées, au moment où plus d’une trentaine de pays le reconnaissent désormais comme le seul gouvernement légitime en Libye. Depuis la mort du Général Younès, ses responsables tentent de faire bonne figure. Moustapha al Sagazly, un porte-parole des rebelles, a expliqué dimanche lors d’une conférence de presse que les forces de sécurité n’avaient pas délogé plus tôt cette "cinquième colonne" parce que selon lui, elle était alliée à une puissante tribu locale qu’il ne souhaitait pas s’aliéner.

"Le CNT veut faire disparaître les ennemis qui minent la rébellion"

Kasem habite Benghazi. Il est l’un des contacts privilégiés du Youth Libyan Movement, un groupe de cyber-activistes qui publie des informations sur la Libye via les réseaux sociaux.
 
Le CNT savait que ce hangar abritait un groupe armé. Il avait des doutes quant à ses positions mais jusqu’à présent, les hommes qui allaient et venaient dans cette caserne se présentaient comme des rebelles. Ils brandissaient les couleurs de l’opposition libyenne et disaient être mobilisés pour la sécurité de Benghazi et de sa population.
 
La veille du raid, les forces de police du CNT se sont rendues à la caserne. Elles leur ont lancé un avertissement [Moustapha Abdeljalil, le président du CNT, a ordonné samedi 31 juillet à toutes les milices présentes à Benghazi de déposer les armes ou de se rallier à l’opposition]. Elles ont demandé à ces hommes de choisir entre rejoindre les rangs de l’armée à Benghazi ou combattre sur la ligne de front à l’ouest du pays. C’était leur dernière chance de se rallier à la rébellion, mais le groupe armé a refusé. Dans la nuit de samedi à dimanche, peu après minuit, les rebelles ont lancé l’assaut sur la caserne. Des personnes qui habitent non loin de cet endroit m’ont dit que l’attaque avait été très violente et qu’ils avaient eu pour ordre de ne pas sortir de chez eux. J’ai entendu dire que certains voisins avaient aidé les forces de sécurité à arrêter des loyalistes qui, pour échapper à leurs assaillants, ont escaladé les clôtures des jardins pour se cacher.
 
Trois jours après la mort du Général Younès, cet assaut est une victoire pour la rébellion de Benghazi. En ville, les rumeurs à propos de cet assassinat fragilisent le CNT et les rebelles [Selon la thèse officielle, le général Younès aurait été tué par un groupe d’hommes armés. Mais le CNT n’exclut pas que Mouammar Kadhafi soit à l’origine de cet assassinat. Selon les rumeurs, il pourrait s’agir de rebelles anti-Kadhafi ou bien d’islamistes d’al-Qaïda] Certes, les brigades du CNT sont mal entraînées et peu équipées. Mais cette attaque est la preuve que l’opposition veut à tout prix faire disparaître les ennemis qui la minent de l’intérieur et reconstruire le pays de manière transparente."
 
Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.