CHINE

Catastrophe ferroviaire en Chine : les internautes pointent du doigt les erreurs de l’État

 Les internautes chinois défient la censure en critiquant ouvertement la réponse des autorités au terrible accident de train meurtrier du 23 juillet. Ils pointent du doigt le cynisme de leurs responsables et constatent que la vie de leurs concitoyens semble avoir peu de valeur face à l’objectif absolu qu’est devenue la modernisation du pays.

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Les internautes chinois défient la censure en critiquant ouvertement la réponse des autorités au terrible accident de trains qui a coûté la vie à des dizaines de voyageurs le 23 juillet. Ils pointent du doigt le cynisme de leurs responsables et constatent que la vie de leurs concitoyens semble avoir peu de valeur face à l’objectif absolu qu’est devenue la modernisation du pays.

 

Si l’on en croit la presse officielle, la réponse des autorités à la catastrophe ferroviaire de Wenzhou, dans l’est de la Chine, a été irréprochable. Elle serait même un signe de la "supériorité du socialisme", comme l’affirmait le journal China Philanthropy Times, le 26 juillet, insistant sur la réaction rapide du gouvernement et sur les milliers de donneurs de sang qui ont afflué spontanément vers le site de l’accident.

 

Ce panégyrique de l’action gouvernementale contraste avec les milliers de commentaires que l’on peut notamment lire sur le site de micro-blogging chinois Weibo - un réseau social où l’on pouvait d’ailleurs trouver des informations sur la catastrophe bien avant qu’elle ne soit abordée par les médias officiels. Les internautes se sont d’abord interrogés sur la véracité du bilan de 39 morts donné par le gouvernement, craignant qu’il ait été minimisé. Ils se sont ensuite interrogés sur la qualité du système des trains à grande vitesse chinois, qui aurait été développé trop rapidement, au détriment de la sécurité des voyageurs.

 

Surtout, les internautes notent que la réponse des autorités locales a été bâclée et que le gouvernement central s’est montré indifférent au sort des victimes. C’est sur Weibo qu’a été révélé que les débris du train allaient être enfouis à côté du lieu de la catastrophe, au lieu d’être inspectés pour déterminer les causes du déraillement. Le ministère des Transports ferroviaires a justifié l’enfouissement des wagons par la nécessité de protéger les secrets technologiques chinois, mais les internautes craignent qu’en réalité cette opération ne vise à cacher les problèmes techniques qui ont causé l’accident. 

 

Photo publiée sur Weibo montrant le travail des pelleteuses sur le lieu de l'accident. 

 

Le Premier ministre, Wen Jiabao, ne s’est rendu sur les lieux que six jours après la catastrophe. Interrogé à ce sujet, il a expliqué qu’il était alité depuis le 17 juillet. Une excuse vite remise en cause par les internautes, qui ont pu vérifier que Wen Jiabao avait rencontré son homologue irakien le18 juillet et le président camerounais trois jours plus tard.

 

La Toile chinoise avait été bâillonnée lors des scandales du lait contaminé et dans celui des pastèques explosives. Cette fois, elle semble prendre sa revanche.

 

Vidéo publiée sur chinaSMACKvideo.

"Ils ont préféré faire rapidement place nette après l’accident plutôt que de sauver les victimes"

Un blogueur chinois, connu sous le pseudonyme de “Heretic”, a commenté l’incident sur son blog.

 

Cet accident a rendu les Chinois furieux et ça fait longtemps qu’ils ne l’avaient pas été à ce point. Personnellement, je suis très attristé par ce qui est une tragédie humaine. Je suis en même temps indigné par la manière dont a réagi le ministre des Transports. Ils ont bâclé le sauvetage des passagers, ils ont empêché une enquête transparente et approfondie [sur les causes de l’accident] et ils ont refusé d’expliquer ce qui s’était réellement passé. Voici certains points qui me mettent en colère :

 

1. L’opération de sauvetage a été trop succincte et très vite éclipsée le déblayage des voies pour permettre aux trains de repartir [les autorités ont affirmé que les équipes de sauvetage ont cessé d’intervenir seulement quelques heures après l’accident, alors que le lendemain, une petite fille de 2 ans a été retrouvée vivante. C’est une pelleteuse qui l’a déterrée]. Ils ont préféré faire rapidement place nette après l’accident plutôt que de sauver les victimes.

 

2. Lors d’une conférence de presse, le porte-parole de la compagnie des chemins de fer n’a pas donné de réponses claires aux journalistes et il s’est adressé à eux de façon impolie. Interrogé sur les raisons pour lesquelles les autorités avaient décidé de nettoyer les débris, le porte-parole a nié que c’était pour dissimuler les preuves. Quand les journalistes ont demandé plus d’explications, il a simplement répondu : ‘Que vous me croyiez ou non cela n’a pas d’importance’.

 

3. Les sauveteurs et l’équipe de déblayage n’ont montré aucun respect pour les victimes de la catastrophe, qu’elles soient vivantes ou mortes. Ils ont manipulé les corps comme des déchets et les survivants comme des animaux. Les survivants étaient par terre, à genoux, à pleurer sur les corps sans vie de leurs proches et ont été traités avec la plus grande indifférence.

 

4. Les autorités ont essayé de piéger les journalistes. On a enregistré le nom de tous les reporters venus assister à une conférence de presse sur le sujet, puis on a appelé leur rédaction pour qu’on les empêche de couvrir l’affaire. Leur but était de bloquer l’information, de ne rien communiquer.

 

5. Ils pensent pouvoir mettre un prix sur la vie d’un homme. La compagnie des chemins de fer a proposé une somme ridicule pour indemniser les familles des victimes [500 000 yuan soit 54 200 euros]. Et le bonus spécial pour la famille qui acceptait en premier cette indemnisation est tout simplement insultant [les autorités ont été accusées de faire pression sur les proches des victimes pour signer un contrat d’indemnisation incluant une clause qui leur interdit de parler aux journalistes. Un homme du nom de Yang Feng a refusé de signer, disant publiquement que les explications officielles sur l’accident ne le satisfaisaient pas et qu’il préférait entendre la vérité plutôt que d’être indemnisé].

 

Cet incident est révélateur de beaucoup de problèmes qui existent au sein de la société chinoise. Le système est impitoyable et n’a pas de considération pour ses citoyens. Le plus déprimant, c’est que cette histoire ne laisse présager aucune amélioration. 

 

La police interdit l'accès aux journalistes sur les lieux du drame. Photo envoyée par nos Observateurs chinois.

 

 

Les proches des victimes protestent non loin du lieu de l'accident. "Rétablissez la vérité du désastre du 23 juillet."

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à FRANCE 24.