SYRIE

Un Observateur à Homs : "Je filme du haut d’un toit, ou en me cachant derrière une voiture"

 La ville de Homs est à l’épicentre de la contestation en Syrie. Et dans cette ville comme dans tout le pays, en l’absence de journalistes, les images amateur sont les principaux témoignages de la répression orchestrée par le régime. Notre Observateur sur place nous donne ses astuces pour filmer sans se faire tirer dessus.  

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Un char de l'armée syrienne photographié de loin par notre Observateur.

 

La ville de Homs est à l’épicentre de la contestation en Syrie. Et dans cette ville comme dans tout le pays, en l’absence de journalistes, les images amateur sont les principaux témoignages de la répression orchestrée par le régime. Notre Observateur sur place nous donne ses astuces pour filmer sans se faire tirer dessus.

 

Les manifestations du vendredi 22 juillet ont rassemblé plus de 400 000 personnes dans toute la Syrie. Elles étaient dédiées à la ville de Homs qui connaît, depuis le 16 juillet, une répression sans précédent.

 

Le gouvernement syrien refuse d’accréditer des journalistes pour couvrir les évènements et ses policiers traquent les personnes munies de caméras ou d’appareil photos.

"Je filme du haut d’un toit, ou en me cachant derrière une voiture"

Waleed Fares (pseudonyme), étudiant âgé de 25 ans, est militant à Homs.

 

Tous les jours, depuis le début de la contestation à Homs, je me connecte d’abord sur Internet pour avoir les dernières nouvelles. Je regarde où auront lieu les prochaines manifestations pour aller filmer ou prendre des photos avec ma caméra numérique. J’assiste aussi aux funérailles qui se transforment toujours en marches de protestation et finissent souvent, malheureusement, de manière dramatique.

 

Il y a trois choses que nous cherchons à filmer : les manifestations ou les funérailles, les positions des forces de sécurité et bien sûr la répression.

 

"Les médias d’Etat veulent nous faire passer pour des menteurs"

 

Les manifestations et les funérailles sont les plus faciles à couvrir. Nous essayons donc de fournir des vidéos de bonne qualité. Personnellement, je me place toujours en queue de cortège pour éviter de filmer les visages des gens. Je monte aussi souvent sur le toit d’un immeuble ou je demande à un habitant la permission de filmer depuis son balcon, afin d’avoir une vue d’ensemble et ainsi montrer le nombre de participants. Cela me permet également de montrer la ville et les enseignes de magasins, pour prouver qu’on est bien à Homs. Car on sait tous que les autorités et les médias d’Etat veulent nous faire passer pour des menteurs.

 

Pour filmer les militaires, les forces de l’ordre ou les "chabbiha" [milices alaouites], c’est plus compliqué. On se fiche de la qualité de l’image. Nous filmons en général depuis le coin d’une rue, cachés derrière un arbre ou une voiture et en utilisant le zoom. Les images sont souvent instables et on voit bien qu’elles ont été prises sous le manteau.

 

 

Char de l'armée syrienne à Homs. Photos prises par notre Observateur.

 

C’est le fait de filmer la répression qui est le plus dangereux. Personnellement, je n’ai jamais réussi. Car toute personne qui filme des forces de sécurité prend des risques énormes. Beaucoup ont déjà payé le prix fort pour s’y être essayés. La première femme tuée à Homs a été abattue alors qu’elle filmait depuis son balcon.

 

L'armée tire depuis un véhicule blindé. Vidéo postée sur YouTube.

 

"Nous nous consultons entre militants pour partager des conseils"

 

A Homs, vous risquez votre vie rien qu’en sortant de chez vous. Pas plus tard qu’hier, j’ai vu un jeune homme tué par une balle perdue en traversant la rue. Filmer et prendre des photos est risqué, mais nous prenons des précautions et nous nous consultons entre militants pour partager des conseils. Pour diffuser ces images, il faut trouver le quartier où Internet n’est pas coupé. Et je passe parfois par des amis qui ont des connexions satellites."

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.