MALAWI

Révoltes au Malawi contre un président "qui pille le pays"

 Voilà deux jours que le Malawi, petit pays d’Afrique australe, niché entre le Mozambique, la Zambie et la Tanzanie, est secoué par de violents affrontements entre forces de l’ordre et manifestants anti-Bingu Mutharika, le président du pays. Selon notre Observateur,

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Le 20 juillet dans la ville de Mzuzu. @nyirendac

  

Voilà deux jours que le Malawi, petit pays d’Afrique australe, niché entre le Mozambique, la Zambie et la Tanzanie, est secoué par de violents affrontements entre forces de l’ordre et manifestants anti-Bingu Mutharika, le président du pays. Selon notre Observateur, les Malawites sont prêts à engager leur "printemps arabe"…

 

L’opposition avait appelé les habitants de plusieurs villes du pays à manifester en masse pour dénoncer "l’autoritarisme et la mauvaise gouvernance économique" du chef de l’État. Des marches "pacifiques" étaient prévues dans les grandes villes du pays et les organisateurs tenaient à faire preuve de "discipline" afin de renforcer le mouvement. Mais en marge de plusieurs cortèges, des heurts ont éclaté entre les forces de sécurité et des manifestants dans les villes de Mzuzu (nord), de Blantyre (capitale économique, sud) et de Lilongwe (capitale administrative, centre). Les combats meurtriers se sont poursuivis jeudi 21 juillet, les marches pacifiques ayant laissé place à des pillages de magasins, de commissariats, de stations-essences et de bâtiments officiels, violemment réprimés. Le bilan fait état d’une douzaine de morts selon le porte-parole du ministère de la Santé.

 

Le 20 juillet à Blantyre. @wizaj.

 

Jeudi à la mi-journée, alors que des milliers de personnes étaient à nouveau rassemblées à Lilongwe et à Blantyre, le président Bingu wa Mutharika a affirmé sur les ondes nationales qu’il ne quitterait pas le pouvoir. Dans son discours, il a accusé les organisateurs du mouvement d’avoir employer des gens pour piller : "Saccager les banques et les boutiques nous aidera-t-il à avoir plus de carburant ?".

 

Au pouvoir depuis 2004, Bingu wa MutharikaMalawib a été réélu en 2009 pour un second mandat de cinq ans. Mais l’opposition lui reproche de devenir de plus en plus autoritaire et de "se transformer en dictateur". Ce qui inquiètent les Malawites, c’est la pénurie de carburant qui menace le pays car le gouvernement a pioché dans les réserves de change pour payer les importations. Ce vent de révolte inédit souffle sur le Malawi alors que le président est engagé dans un bras de fer avec la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale. En avril dernier, la publication d’un câble diplomatique britannique qualifiant Bingu wa Mutharika de dirigeant  "autocratique qui n'accepte pas les critiques" a tendu les relations entre les deux pays. L’ambassadeur britannique a été expulsé du Malawi et la Grande-Bretagne a suspendu son aide économique de 385 millions d’euros [550 millions de dollars] pour les quatre prochaines années.

 

[22/07/11 : Dix-huit personnes ont été tuées mercredi 20 juillet sous les balles de la police. Les manifestants enterrent leurs morts ce vendredi 22 juillet dans un pays encore sous tension. Les Etats-Unis ont condamné l'usage de la force par les autorités du Malawi]. 

"Grâce au printemps arabe, nous savons maintenant qu’il est possible de renverser un dictateur, si on se bat pour la liberté"

Wizaj (pseudo) est étudiant à Lilongwe, la capitale du Malawi.

 

Hier, j’ai rejoint le cortège qui se rendait dans le quartier d’affaires. Les manifestants étaient assez agités. Très vite, les forces de l’ordre sont intervenues. Les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes et nous avons répliqué à jets de pierre. Ils se sont mis à frapper les gens. C’est ce qui est arrivé à cet homme qui est à terre sur la photo. Nous l’avons emmené dans un coin à l’écart pour qu’il reprenne ses esprits, mais il y avait d’autres manifestants à secourir donc je n’ai pas pu rester à côté de lui. Je ne sais pas comment il va.

 

 

Le 20 juillet à Lilongwe. @wizaj

 

 

Aujourd’hui, les pillages ont remplacé les manifestations. De chez moi, j’entends des coups de feu et un ami m’a dit au téléphone que les policiers tiraient avec des balles réelles. La situation a dégénéré en milieu de journée quand des personnes se sont mises à casser les devantures de magasins et à balancer leurs chaussures sur les commissariats. Vu ce que je lis sur Twitter, c’est la même chose à Lilongwe.

 

Le 20 juillet à Lilongwe. @wizaj

 

Nous sommes tous en colère contre Bingu. Le président a bafoué nos libertés civiles avec la loi d’Injonction (un texte qui interdit à la population de manifester contre le gouvernement). Il ruine le Malawi et dépouille les réserves en carburant du pays à cause de dépenses astronomiques et injustifiées. Sa femme, par exemple, est allée à New York, accompagnée d’une dizaine de personnes, sur les deniers publics. Et puis, il a aussi refusé de s’excuser auprès de la Grande-Bretagne dans l’affaire du câble diplomatique. À cause de lui, les ONG du pays n’ont plus de fonds suffisants pour faire leur travail.

 

Le discours du président ne changera rien à tout cela. Il a au contraire contribué à rendre les Malawites encore plus furieux. Je suis persuadé que ce n’est que le commencement. Grâce au printemps arabe, nous savons qu’il est maintenant possible de renverser un dictateur, si on se bat pour la liberté."

 

 

 

 

Ces photos ont été prises dans le centre de Blantyre la capitale économique, le 20 juillet. Elles nous ont été envoyées par nos Observateurs. 

 

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.