SYRIE

Les pro-Assad s’en prennent aux ambassades française et américaine

 Des manifestants favorables au régime de Bachar al-Assad ont violemment exprimé leur colère devant les ambassades américaine et française ce lundi à Damas. Une nouvelle étape dans l’escalade de tensions qui envenime les relations diplomatiques entre la Syrie d’un côté et les États-Unis et l’Union européenne de l’autre.

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Manifestants syriens qui escaladent le mur de l'ambassade américaine pour y accrocher des drapeaux syriens et russes à la place du drapeau américain. Photo publiée sur Facebook.

 

Des manifestants favorables au régime de Bachar al-Assad ont violemment exprimé leur colère devant les ambassades américaine et française ce lundi à Damas. Une nouvelle étape dans l’escalade de tensions qui envenime les relations diplomatiques entre la Syrie d’un côté et les États-Unis et l’Union européenne de l’autre.

 

Cette recrudescence de tension fait suite à la participation, vendredi 8 juillet, de l’ambassadeur américain Robert Ford et de son homologue français Eric Chevalier, à une manifestation massive contre le régime de Bachar al-Assad dans la ville de Hama (centre-ouest du pays). Suite à ce déplacement, le ministère des Affaires étrangères syrien a convoqué les deux diplomates pour leur faire part de sa colère. Des manifestations de soutien au président syrien Bachar al-Assad ont eu lieu samedi devant l’ambassade de France à Damas ainsi que devant le Consulat français à Alep. Au cours de ces rassemblements, les manifestants ont brûlé un drapeau français et jeté des projectiles contre le bâtiment.

 

Suite à la convocation de son ambassadeur et aux violences de samedi considérées comme "un outrage aux emblèmes de la République", le Quai d’Orsay a convoqué dimanche soir à son tour Lamia Shakkour, ambassadrice syrienne à Paris. Un geste qui a attisé la colère des plus fidèles soutiens du gouvernement syrien.

 

Depuis plusieurs semaines, la France exprime sa préoccupation concernant la répression de la vague de contestation menée par le gouvernement syrien. Le 6 mai dernier, l’Union européenne a décidé d’adopter des sanctions à l’encontre de plusieurs hauts responsables impliqués dans ces violences. Les États-Unis ont, pour leur part, évoqué des sanctions contre le président syrien lui-même s’il "ne partait pas ou n’entamait pas une transition politique".

 

Manifestants syriens devant l'ambassade américiane. Photo publiée sur Facebook.

"La Syrie n’est ni la Libye ni le Yémen"

Noura est sans emploi et habite à Damas. Elle fait partie du réseau Damas News Network (D.N.N) qui soutient le régime de Bachar al-Assad.

 

Nous nous sommes réunis dans un premier temps devant l’ambassade américaine à Damas, lundi à 11 heures. Nous étions près de 2000 manifestants. Au début, on criait seulement des slogans anti-américains jusqu’à ce que quatre jeunes escaladent le mur de l’ambassade et arrivent à hisser le drapeau syrien et le drapeau russe [la Russie est hostile à l’adoption de sanctions à l’encontre du régime syrien]. C’est alors que les forces de sécurité syriennes, qui étaient massivement présentes dès le début, sont intervenues. Ils nous ont lancé des bombes lacrymogènes et nous ont obligés à nous disperser.

 

Nous nous sommes donc dirigés vers l’ambassade française qui se trouve à quelques centaines de mètres de l’ambassade américaine. En faisant la courte échelle, deux manifestants ont réussi à enlever le drapeau français et à hisser le drapeau syrien à la place [FRANCE 24 a contacté une source de l’ambassade qui a affirmé que le drapeau avait été enlevé avant l’arrivée des manifestants]. Suite à cet acte, des gardes armés de l’ambassade nous ont tiré dessus à balles réelles depuis le toit [l’ambassade parle pour sa part de tirs de sommation tirés en l'air]. Deux manifestants ont été légèrement blessés ce qui a accentué la colère de la foule. Les forces de l’ordre nous ont alors demandé de nous disperser. Mais deux autres manifestants ont ensuite été arrêtés avant d’être relâchés quelques temps plus tard [toujours selon la même source à l’ambassade, ces deux manifestants avaient pénétré de manière illégale dans l’enceinte de l’ambassade. Ils ont été interceptés et reconduits dehors]. Peu de temps après, nous nous sommes dispersés [les dépêches tout comme la source de l’ambassade affirment que les manifestations ont continué pendant l’après-midi et que plusieurs groupes se sont succédé devant l’ambassade].

 

Nous nous sommes mobilisés pour signifier tant à la France qu’aux États-Unis qu’ils n’ont aucun droit de s’immiscer dans les affaires internes de la Syrie. Leur visite à la ville de Hama n’a d’autre but que de diviser le peuple syrien mais ils doivent comprendre que la Syrie n’est ni la Libye, ni le Yémen et qu’on n’adhère pas à leur conception de la démocratie car notre modèle politique nous convient très bien. Nous vivons ici en sécurité et Bachar al-Assad est un homme instruit et cultivé qui rassemble le peuple. Laissez-nous en paix, c’est tout ce qu’on demande."

 

Manifestants syriens qui escaladent le mur de l'ambassade américaine pour y accrocher des drapeaux syriens et russes à la place du drapeau américian. Photo publiée sur Facebook.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.