Il y a sept mois, un homme d’affaires russe affirmait, preuves à l’appui, que le Premier ministre russe Vladimir Poutine se faisait construire un luxueux palais sur la mer Noire aux frais de la princesse. La semaine dernière, un groupe d’écologistes et d’opposants politiques s'est rendu sur place pour en savoir plus sur ce mystérieux domaine et son impact sur l’environnement.
 
En janvier dernier, nous avions publié un billet sur la polémique déclenchée par des photos du prétendu palais de Vladimir Poutine, construit à proximité du village de Paraskoveevka, sur la mer Noire. Nous avions également retranscrit le commentaire de Sergei Kolesnikov, un homme d’affaires russe ayant travaillé sur le projet, qui accusait Vladimir Poutine d’être derrière la construction de ce somptueux palais. Le système de financement du bâtiment, présenté officiellement comme un complexe de santé, permettait, selon Kolesnikov, de remonter au Premier ministre. 
 
À la suite de ces révélations, l’attaché de presse de Vladimir Poutine avait nié tout lien entre le Premier ministre et ce palais. Deux mois plus tard, en mars, le luxueux bâtiment et ses terres étaient revendus à un milliardaire russe du nom d’Alexander Ponomarenko. Pour Sergei Kolesnikov, il ne s’agissait que d’un écran de fumée visant à dissimuler le véritable propriétaire des lieux, Vladimir Poutine.
 
Constatant que, malgré la polémique, la construction avançait toujours, un groupe d’écologistes de l’organisation Russian Ekovakhta, accompagné de militants des partis d’opposition Yabloko et Solidarnost, ont organisé une "inspection publique" des lieux. Le 26 juin dernier, une dizaine d’entre eux ont pénétré sur les terres du palais, un grand terrain côtier - public avant le début des travaux mais aujourd’hui privé - protégé par des barrières et interdit d’accès.
 
Postée sur YouTube.
 
Le groupe a réussi à passer un barrage de plusieurs hommes qui se présentaient comme des gardiens de la propriété (voir la vidéo ci-dessus). Plusieurs activistes sont allés jusqu’à nager devant la plage privée du palais. Prévenue par les gardes, la police est venue en renfort pour leur intimer l’ordre de quitter les lieux.
 
La veille, un groupe d’écologistes avait lancé une action similaire à proximité, dans le prétendu palais du patriarche russe orthodoxe (tout comme pour Vladimir Poutine, l’Église russe orthodoxe nie le fait que le patriarche soit le propriétaire de ce palais). Le groupe a été arrêté au cours de la "visite" et leur chef a écopé de cinq jours de détention.
 
Toutes les photos ont été prises par Suren Gazaryan.

"Une marina pour yachts est en cours de construction sans que personne n’ait été consulté"

 
Suren Gazaryan a participé à cette action. Il est membre du North Caucasus Ecological Watch et chercheur dans le domaine de l’écologie des territoires montagneux.
 
Nous sommes allés explorer la zone de Paraskoveevka pour la première fois en 2005, au tout début de la construction du palais. À l’époque, le projet était géré par le Département présidentiel de gestion des propriétés. Ce n’est qu’en février 2011 que nous avons finalement réussi à entrer sur le site de construction, mais nous avons été interceptés par des officiers du FSO (Service fédéral de protection) et des employés de l’agence de sécurité privée Rubin. Ils nous ont volé toutes nos affaires [caméras, téléphones, GPS, carnets de notes, argent, etc.].
 
Plus tard, Sergei Kolesnikov [l’homme d’affaires qui accuse Poutine d’être le véritable propriétaire de ce  palais, NDLR] m’a décrit, lors d’un entretien par Skype, les plans de l’intérieur du palais. Mais il m’a dit ne pas savoir ce qui se construisait sur la plage. C’est pourquoi j’ai proposé à des amis et à des militants politiques que l’on aille procéder nous même à une 'inspection publique' de la côte du 'palais de Poutine' pour voir ce qui s’y tramait.
 
Sur place, on a découvert qu’une marina pour yachts était en cours de construction, ce qui est tout à fait illégal. Ce projet n’a jamais été discuté sur la place publique et n’a pas été approuvé par les experts environnementaux de l’État.
 
 
"Nous dénonçons le transfert du public au privé d’un domaine forestier caractérisé par une flore unique"
 
Aujourd’hui, le palais et son terrain appartiennent à la compagnie privée Indokopas, qui était une filiale de l’entreprise suisse Lirus Management jusqu’en mars 2011. Selon Kolesnikov, le véritable propriétaire de Lirus était Vladimir Poutine en personne [Lirus est une filiale de la compagnie  Rosinvest LLC créée à la demande de Vladimir Poutine en 2005 et dont, selon Kolesnikov, le Premier ministre bénéficierait à 94%. Toujours selon lui, la compagnie Rosinvest aurait été créée en 2005 par l'un de ses amis, Nikolai Shamalov, pour réinvestir les fonds provenant de l’étranger et issus des donations des amis milliardaires de Vladimir Poutine, NDLR]. Après notre visite en février dernier, le palais ainsi que la compagnie Indokopas ont été vendus à l’homme d’affaires Alexander Ponomarenko.
 
Nous doutons sérieusement du fait que raser la forêt pour faire de la place aux nouveaux bâtiments ainsi que privatiser ces terres soit légal. C’est pourquoi Ecological Watch et Greenpeace Russie ont écrit au président Medvedev en avril 2011. Nous avons mentionné dans la lettre que les barrières qui ont été installées étaient une violation du droit de circuler dans la forêt ainsi que sur la côte de la mer Noire.
 
Nous avons aussi signalé à Medvedev que le transfert du public au privé d’un domaine forestier caractérisé par une flore unique, la déforestation illégale (notamment l’élimination d’espèces protégées) et tous les travaux qui ont lieu sur le cap Idokopas constituent des précédents dangereux et n’ont pas pu être opérés sans une certaine complicité des autorités fédérales. Nous lui avons demandé de faire toute la lumière sur cette situation.
 
Le Département présidentiel de gestion des propriétés est revenu vers nous mais sans donner aucune réponse concrète sur le sujet. C’est pourquoi, nous avons décidé d’agir."
 

Le palais de Poutine en images

La palais en construction attribué au patriarche de l'Église orthodoxe

 
Photos du palais attribué au patriarche prises en mars 2011 par Ecological Watch.