ÉGYPTE

Manifestations au Caire : "La répression est la même qu’avant la Révolution"

 Les 28 et 29 juin, forces de sécurité égyptiennes et manifestants se sont affrontés dans les rues du Caire. Des scènes de violences qui n’étaient pas sans rappeler les semaines qui ont précédé le départ d’Hosni Moubarak. Selon nos Observateurs, la révolution n’a pas fondamentalement changé les méthodes de la police égyptienne.  

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Les 28 et 29 juin, forces de sécurité égyptiennes et manifestants se sont affrontés dans les rues du Caire. Des scènes de violences qui n’étaient pas sans rappeler les semaines qui ont précédé le départ d’Hosni Moubarak. Selon nos Observateurs, la révolution n’a pas fondamentalement changé les méthodes de la police égyptienne. Lire la suite…

Après deux journées d’affrontements, localisés essentiellement sur la place Tahrir au Caire, le ministère de la Santé a annoncé plus d’un millier de blessés.

 

 

Les forces de sécurité devant le théâtre El Balloon au Caire, où devait avoir lieu la cérémonie en mémoire des manifestants tombés pendant le soulèvement populaire, utilisent des tasers contre les familles et les personnes venues se recueillir le 28 juin. Vidéo publiée sur YouTube par gsquare86.

"On avait l’impression d’être aux premiers jours de la révolution"

 

Wael Abbas est journaliste et bloggeur au Caire. Il a assisté aux manifestations sur la place Tahrir le 28 juin.

 

Les familles des martyrs [manifestants morts pendant le soulèvement contre Hosni Moubarak] ont été empêchées d’entrer dans le théâtre El Balloon où elles avaient prévu de commémorer la disparition de leurs proches et cela a mis le feu aux poudres.

 

Les familles sont donc allées manifester place Tahrir, où elles ont été de nouveau attaquées par les forces de sécurité. Là-bas, elles ont été rejointes par de nombreux activistes venus les soutenir.

 

On avait l’impression d’être aux premiers jours de la révolution. Le déploiement de police était tout aussi impressionnant et les forces de sécurité ont fait le choix de la répression, comme avant."

 

 

 

Les forces de sécurité utilisent des gaz lacrymogènes contre les manifestations pour la deuxième journée de mobilisation, le mercredi 29 juin.

 

Les forces de sécurité avancent sur les manifestants, le 29 juin.

 

Les manifestants et les forces de sécurité face à face sur la place Tahrir le 29 juin. Photo publié sur Twitter par @Monasosh le 29 juin.

"Depuis la révolution, nous n’avons plus peur des cocktails Molotov, des gaz lacrymogènes et des armes"

 

Hannah Kama est scénariste et productrice de télévision au Caire. Elle a assisté aux manifestations sur la place Tahrir mardi soir et a parlé avec les familles de victimes attaquées au théâtre El Balloon. 

 

La situation est tendue ici depuis l’annonce, en début de semaine, que le procès de l’ancien ministre de l’Intérieur, Habib el-Adly, était reporté d’un mois. Ce ministre était en charge de la sécurité quand notre révolution a commencé, le 25 janvier, et il est responsable de toutes les destructions, de tous les morts et de tout le mal qui a été fait aux manifestants jusqu’à la chute de Moubarak. Tout le monde attendait qu’il soit condamné. Ça a vraiment mis les Égyptiens en colère.

 

Mardi, une partie des activistes et les familles des martyrs sont allés manifester pacifiquement sur la place Tahrir et à proximité du ministère de l’Intérieur pour demander que les responsables de la répression soient punies. [Un autre verdict important doit toutefois être rendu cette semaine,  dans l’affaire Khaled Said, du nom du jeune Égyptien qui aurait été battu à mort par des policiers avant le début de la révolution ]

  

Une autre partie des manifestants s’est rendue au théâtre El Balloon ? Là-bas, le cortège des familles de martyrs a été accueilli par trois bus de personnes plutôt louches qui prétendaient être aussi des proches des victimes. En fait, c’était des voyous et ce sont eux qui les ont agressés en premier. [De nombreux Cairotes pensent qu’il s’agit d’hommes de main proches des pro-Moubarak venus semer la pagaille]

 

Ensuite, sur la place Tahrir, la police a utilisé exactement les mêmes méthodes que pendant la révolution : surtout des bombes lacrymogènes et des balles en caoutchouc. Mais depuis la chute de Moubarak, nous n’avons plus peur des cocktails Molotov, des gaz lacrymogènes et des armes. C’est comme si on regardait un film pour la seconde fois - tout ça, c’est du déjà-vu."

 

 

 

Billet écrit avec la collaboration de Rachel Holman, journaliste à France 24.