GRÈCE

Plan d’austérité : "Je n’y connais rien en économie, mais j’ai l’impression que le gouvernement non plus"

 Des milliers de personnes sont descendues dans la rue mardi pour protester contre les nouvelles mesures d’austérité qui doivent être votées aujourd’hui par le Parlement. Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation nationale est attendue, nos Observateurs nous expliquent quelles conséquences auront sur leur vie ces restrictions budgétaires.

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Des milliers de personnes sont descendues dans la rue mardi pour protester contre les nouvelles mesures d’austérité qui doivent être votées aujourd’hui par le Parlement. Alors qu’une nouvelle journée de mobilisation nationale est attendue, nos Observateurs nous expliquent quelles conséquences auront sur leur vie ces restrictions budgétaires.

 

 

Le Parlement grec se prononce aujourd’hui sur le plan d’austérité de 28 milliards d’euros défendu par le Premier ministre Georges Papandréou qui prévoit, entre autres, une hausse des impôts, des baisses de salaires et la privatisation massive de biens de l’État.

 

Georges Papandréou tente de convaincre la population, et le Parlement grec, que ces coupes drastiques dans le budget de l’État sont absolument nécessaires si le pays veut bénéficier du plan d’aide de 12 milliards proposé par le Fonds monétaire international et l’Union européenne. Un plan de sauvetage qui permettrait à l’État grec de boucler son budget cet été et d’éviter de se retrouver en défaut de paiement, une situation qui ferait courir un risque à l’ensemble de la zone économique européenne.

 

Les Grecs sont pourtant vent debout contre ce nouveau plan d’austérité, un an après le premier.

 

 

La police a recours aux gaz lacrymogènes contre les manifestants à Athènes.

 

Devant le Parlement d’Athènes. Photos publiées par @janinel83 sur Twitter le 28 juin.

"Même ceux qui ont un travail ne sortent plus"

Niki Diogou est étudiant en doctorat à l’université d’Agean et vit à Athènes.

Je suis officiellement sans emploi depuis l’année dernière puisque je ne reçois plus aucune aide pour mon doctorat. Je suis complètement fauchée. Être au chômage, c’est normal en Grèce et d’autant plus depuis le dernier plan d’austérité [En mars 2010, la Grèce votait son premier plan d’austérité ]. Les jeunes diplômés ne trouvent pas de travail mais beaucoup de salariés se font aussi licencier. Et le domaine dans lequel je cherche à travailler, l’environnement, n’est plus du tout une priorité ce qui rend les choses encore plus difficiles.

Avant le premier plan d’austérité, les gens licenciés après un certain nombre d’années de travail touchaient une aide. Mais depuis mars 2010, cette prestation a baissé, elle est beaucoup plus difficile à obtenir et disparaît au bout d’un an.

Le gaz, indispensable pour se chauffer en hiver, est très cher. Globalement, les prix sont les mêmes que dans le reste de l’Europe alors que le salaire moyen est bas [700 euros en Grèce en 2010 contre 1580 euros en France en 2010 ]. Avec mes amis, on ne sort plus. La voiture coûte trop cher. Et même ceux qui travaillent n’ont pas les moyens. Je pense que l’on va bientôt connaître une nouvelle vague de migrations comme dans les années 60.

C’est vrai que les Grecs ne payent pas tous leurs impôts. Beaucoup d’avocats, de docteurs – un profil différent du Grec moyen - vivent dans de belles et grandes maisons mais quand il s’agit de payer des impôts, ils déclarent le salaire d’une femme ménage. Je suis contente que les taxes sur les produits de luxe aient augmenté car les riches aussi doivent payer."

 

 

"Je n’y connais rien en économie, mais j’ai l’impression que le gouvernement non plus"

 

Tom Tziros, sans emploi, vit à Thessalonique, la deuxième plus grande ville du pays.

J’ai travaillé pendant 20 ans comme ingénieur informatique et j’ai perdu mon travail il y a quatre mois. Moi, j’ai arrêté d’espérer en mars 2010 (dernier plan d’austérité). Je n’y connais rien en économie, mais j’ai l’impression que le gouvernement non plus.

Quand je travaillais, je cotisais pour le chômage et maintenant que je suis sans emploi, je vais toucher 454 par mois pendant un an. Si les nouvelles mesures d’austérité passent, un nouvel impôt sera appliqué sur les revenus de 2010 pour payer les chômeurs de 2011. Moi qui ai travaillé en 2010, je vais devoir payer cette nouvelle taxe. Ce qui signifie que tout en étant sans emploi, je devrai payer pour mon chômage. C’est absurde !

Ma femme travaille et on arrive juste à payer nos dettes. Elle est Allemande et je pense que d’ici la fin de l’été nous partirons vivre en Allemagne. "

 

Des manifestants dans les rues de la ville de Thessalonique, dans le nord de la Grèce le 28 juin. Photo publiée sur @Argos_t le 28 juin.

"Cette année, c’est la première fois que je n’arrive pas à payer mes impôts"

Giota Gioli, 46 ans, est auto-entrepreneur et vit à Athènes. Elle est membre du parti de gauche SEK (parti socialiste ouvrier) et organise certaines manifestations.

Ces mesures d’austérité m’ont donné un certain sens de la solidarité – nous vivons tous les mêmes choses, au même endroit [sur la place Syntagma, cœur des manifestations] et nous avons la même haine du gouvernement.

Je travaille dans l’industrie de la musique. J’ai une petite maison d’enregistrement indépendante. Ces derniers temps, j’ai de moins en moins de demandes car les gens n’ont plus d’argent pour produire les disques. La semaine dernière nous avons appris que sur le marché du travail, il y avait plus de sans-emploi que de personnes ayant un travail.

Cette année, c’est la première fois que je n’arrive pas à payer mes impôts. Je n’ai pas réussi non plus à cotiser pour ma retraite. Le problème c’est que je vais avoir des majorations et qu’après, ça n’en finit plus. Je suis très inquiète".

 

Billet écrit avec la collaboration de Rachel Holman, journaliste à FRANCE 24.