LIBYE

Après Kadhafi, un autre dictateur ?

 Quand les habitants de Misrata, une des villes les plus détruites par la guerre, ont appris que la Cour pénale internationale (CPI) avait émis un mandat d'arrêt contre le dirigeant libyen, les scènes de liesse se sont multipliées. Certains analystes s’interrogent toutefois sur l’avenir de la Libye, une fois délivrée du joug du colonel Kadhafi.

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Capture d'écran de la vidéo publiée ci-dessous. Scène de liesse à Misrata.

 

Quand les habitants de Misrata, une des villes les plus détruites par la guerre, ont appris que la Cour pénale internationale (CPI) avait émis un mandat d'arrêt contre le dirigeant libyen, les scènes de liesse se sont multipliées. Certains analystes s’interrogent toutefois sur l’avenir de la Libye, une fois délivrée du joug du colonel Kadhafi.

 

Le mandat a été lancé lundi 27 juin, soit plus de trois mois après le début des frappes de l’Otan sur la Libye et alors que l’organisation vient de se donner trois mois supplémentaires pour finir sa mission. Ces frappes, censées protéger les civils et les zones habitées, se sont peu à peu concentrées sur Tripoli, siège du pouvoir. Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a réaffirmé à plusieurs reprises la nécessité du départ de Mouammar Kadhafi comme préalable au processus de dialogue et de réconciliation nationale en Libye.

 

Certains intellectuels ont toutefois émis des réserves à l’encontre des dirigeants du CNT libyen (Conseil national de transition lybien), notant par exemple que les deux principales personnalités de ce comité, censé représenter une alternative au régime de Kadhafi, ont été de très proches collaborateurs du Guide suprême libyen impliqués notamment dans l’affaire des infirmières bulgares.

 

Scènes de liesse à Misrata, à l'ancienne station de taxis de la ville rebaptisée "Place de la Liberté". Vidéo publiée sur YouTube.

"Il n’est pas question que le peuple libyen revienne à une dictature semblable à celle de Kadhafi"

Dr Mohamed Elfortia est médecin à l’hôpital de Misrata.

 

Un mandat de ce type a déjà été lancé à l’encontre d’autres personnalités, comme le président soudanais Omar el-Béchir [sans que ce mandat ne soit suivi d’effet]. Mais la différence, c’est que la Libye est un pays en état de guerre. ON pourrait donc imaginer une intervention des forces de l’Otan afin de faire appliquer cette décision de justice [la CPI ne disposant d’aucune force armée, c'est en théorie à l’Etat libyen de prendre les mesures nécessaires. La Libye n'a toutefois pas signé le Traité de Rome qui a donné naissance, en 1998, à la CPI, NDLR].

 

Personnellement, je ne vois pas cela comme une ingérence dans les affaires libyennes. D’abord, il ne s’agit pas de l’intervention d’un Etat, ce qui pourrait être perçu comme une forme de colonisation, mais d’un mandat international lancé par une organisation indépendante.

 

Ensuite, il ne faut pas comparer le scénario tunisien ou égyptien avec ce qui se passe en Libye, en déplorant une intervention armée qui n’a pas été nécessaire dans ces pays. Nous ne pouvons pas vaincre seuls la dictature. En Libye, nous n’avons pas une société civile, ou un tissu associatif qui aurait pu organiser des manifestations pacifiques. Sans cet encadrement, la révolte est très vite devenue armée. Et comme les rebelles ne sont pas formés au combat, ils ne peuvent pas vaincre les forces fidèles au régime sans l’Otan.

 

Je comprends les réserves de certains par rapport au CNT, mais je vous garantis qu’il n’est pas question que le peuple libyen revienne à une dictature semblable à celle de Kadhafi. C’est pour cela que des "Comités du 17 février" [date du début de l’insurrection en Libye] ont été créés dans les différentes villes du pays. Ils ont pour buts de veiller à la défense de la révolution, au développement de la société civile et à contrôler le CNT si celui-ci s’écarte des objectifs fixés par la révolution. Les membres de ces comités ne sont ni politiques ni militaires. Ces groupes sont interdits aux anciens du régime. Ils sont formés de militants qui ont participé à la révolution et qui ont promis de déposer les armes dès la fin du conflit armé.

 

J’entends parfois des journalistes ou des analystes parler du risque d’une guerre civile après avec le départ de Kadhafi [c’est le scénario catastrophe que fait notamment planer la diplomatie russe]. Je trouve cette hypothèse absurde. Nous ne sommes pas dans une configuration tribale où les habitants des différentes villes ou de différents partis sont prêts à se livrer une guerre sans merci. Le conflit armé oppose simplement les partisans de Kadhafi aux révolutionnaires. Même si vous allez à Syrte, ville natale de Kadhafi, vous verrez que les habitants soutiennent les révolutionnaires. Je suis persuadé que le départ de Kadhafi ne fera au contraire que mettre un point final au conflit qui déchire la Libye."

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.