Sur ces images, filmées au Canada par le passager d’un bus de la compagnie Greyhound, le conducteur du véhicule s’amuse avec son téléphone portable tout en conduisant. La vidéo, postée sur Internet, a suscité une déferlante de réactions, la plupart condamnant le chauffeur, tandis que certains commentaires sous la vidéo YouTube s’interrogent sur la pertinence de ce genre de dénonciations via les réseaux sociaux.
 
L’incident a eu lieu le 5 juin, dans la province d’Alberta, située au centre du Canada. Depuis, une enquête a été ouverte concernant le chauffeur de bus.
 
La majorité des pays, mais aussi plusieurs provinces du Canada, ont voté des lois qui interdisent l’utilisation d’appareils tels que les téléphones portables pendant la conduite d’un véhicule motorisé, mais il semblerait que la province d’Alberta ait un temps de retard. 
 
En effet, la “législation sur les distractions pendant la conduite” d’Alberta, qui interdit l’utilisation de tout un éventail d’appareils électroniques au volant, ne prendra effet que le 1er septembre 2011.
 
 
 
 Vidéo publiée  sur YouTube par  DavidSabine, le 5 juin.

"Personne ne devrait avoir à rappeler à un chauffeur professionnel les dangers d’utiliser de tels appareils en conduisant"

 
David Sabine est professeur de musique au Keyano College, dans la province d’Alberta, au Canada. Il a filmé le conducteur alors qu’il rentrait chez lui en bus.
 
Je n’avais pas l’intention de poster cette vidéo car je pensais que je devais en parler directement avec le chauffeur. Mais j’étais mal à l’aise à l’idée de me confronter à lui dans le bus – personne ne devrait avoir à rappeler à un chauffeur professionnel les dangers d’utiliser de tels appareils alors qu’il conduit – alors j’ai décidé d’appeler la compagnie, une fois chez moi, pour demander à lui parler directement au téléphone.
 
Mais quand j’ai demandé à parler au chauffeur, la secrétaire n’a pas été coopérative du tout et elle m’a finalement raccroché au nez ! J’ai rappelé (une douzaine de fois) mais elle m’a mis en attente, a raccroché à nouveau et finalement mon numéro a été bloqué (ça sonnait occupé).
Une vingtaine de minutes plus tard, j’ai réussi à lui parler à nouveau. Elle m’a dit : 'mon manager m’a demandé de vous raccrocher au nez', puis elle me l’a passé.
 
Après avoir expliqué à Keith, le manager, ce que je voulais, il m’a baladé de la même manière puis m’a raccroché au nez.
 
Au début, je pensais que je devais et que je pouvais faire en sorte que cette histoire se règle entre le chauffeur et moi. Je lui aurais dit, par exemple : 'j’ai eu peur dans le bus et je pense que vous ne devriez pas jouer avec votre téléphone quand vous avez ma vie entre vos mains'. Le genre de choses que peuvent se dire, en privé, deux adultes respectueux, qui sont importantes mais qui n’entraînent ni blessure ni licenciement.
 
"C’est inimaginable que la compagnie n’ait pas été plus préoccupée par mon appel"
 
Mais après avoir été traité de la sorte par le personnel de la compagnie de bus, et d’autant plus après le récent accident sur une ligne de Greyhound dans la province canadienne de British Columbia [le 4 juin, un bus de Greyhound est entré en collision avec une voiture faisant un mort et deux blessés], je me suis dit que c’était inimaginable que la compagnie n’ait pas été plus préoccupée par mon appel et qu’elle n’ait pas fait en sorte que ses employés prennent toutes les précautions possibles.
 
En ce qui concerne la vidéo, je n’ai enregistré que quelques minutes mais je l’ai regardé faire pendant dix minutes avant de sortir ma caméra. Avant ça, je dormais alors je ne sais pas depuis quand et à quelle fréquence il jouait avec son portable. Je suis devenu particulièrement nerveux quand nous étions sur l’autoroute à une voie mais je n’ai commencé à filmer qu’une fois sur l’autoroute à quatre voies, au sud de Fort McMurray. Je l’ai observé envoyer des messages, regarder des photos, régler les paramètres de sa caméra et prendre une douzaine de photos du coucher de soleil par la fenêtre de gauche et tout du long, il roulait en dépassant la ligne blanche."
 
 
Billet écrit avec la collaboration de Rachel Holman, journaliste à FRANCE 24.