IRLANDE DU NORD

La paix est-elle possible entre les catholiques et les protestants de Belfast ?

 Pendant deux nuits consécutives, Belfast a été le théâtre d’émeutes d’une grande violence entre catholiques et protestants. Cela faisait des années que la capitale de l’Irlande du nord n’avait pas connu des affrontements interconfessionnels aussi importants. Notre Observateur, un habitant de Belfast, dresse un état des lieux alarmant des relations entre les deux communautés, près d’une décennie après l’accord de paix du Vendredi Saint.  

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Pendant deux nuits consécutives, Belfast a été le théâtre d’émeutes d’une grande violence entre catholiques et protestants. Cela faisait des années que la capitale de l’Irlande du Nord n’avait pas connu des affrontements interconfessionnels aussi importants. Notre Observateur, un habitant de Belfast, dresse un état des lieux alarmant des relations entre les deux communautés, près d’une décennie après l’accord de paix du Vendredi Saint.

 

Les troubles ont commencé dans la nuit du 20 au 21 juin à Short Strand, une petite enclave catholique située dans l’est de Belfast, en zone protestante. Des groupes d’hommes masqués ont attaqué les habitants et la police de ce quartier avec des cocktails Molotov. Entre 400 et 500 catholiques et protestants se sont ensuite affrontés. Les heurts ont repris de plus belle la nuit suivante. Un photographe de presse a reçu une balle dans la jambe pendant ces émeutes. 

 

Le 20 juin, des hommes masqués ont attaqué des habitants de Short Strand à Belfast.

 

Des maisons saccagées après les affrontements. Photos publiées par @short_strand sur Twitter.

Les tensions entre les deux communautés n’ont jamais cessé à Belfast et les habitants de cette ville ont appris à vivre avec. Ils s’interrogent pourtant sur ce qui a pu provoquer une telle flambée de violence. Certains évoquent l’approche des célébrations du "Douze". Car chaque année, le 12 juillet, des dizaines de milliers de personnes commémorent la victoire des protestants sur les catholiques à la bataille de La Boyne, en 1690, qui a assis la domination anglaise en Ulster (Irlande du Nord). Et chaque année, des violences ponctuent l’événement. Les affrontements à Short Stand laissent penser que le 12 juillet 2011 pourrait être encore plus violent que les précédents. 

 

Vidéo publiée sur YouTube par jamesliverpoolfcon, le 22 juin.

"Il y a toujours eu des troubles à Belfast, alors la meilleure chose à faire est de les ignorer et d’espérer qu’il n’arrive rien à ses proches"

Joy Stacey est étudiante dans la partie est de Belfast.

 

Si notre pays est aujourd’hui divisé, c’est parce que les protestants et les catholiques ont encore des positions complètement antagoniques : les catholiques veulent une Irlande unie [indépendante du Royaume-Uni], ce dont les protestants ne veulent évidement pas. Cette opposition perdure depuis des générations et le passé a rendu les gens amers. Beaucoup de gens ont perdu un proche à cause du terrorisme pendant 'les Troubles' [une expression  désignantle conflit entre catholiques et protestants qui a agité l’Irlande du Nord entre 1996 et 2007].

 

A titre personnel, cette division n’a pas beaucoup d’impact sur ma vie. Même si je suis protestant, j’ai grandi avec des catholiques, parce que j’ai été à l’école primaire catholique. Mais beaucoup de protestants n’ont jamais eu de contact avec des catholiques et vice-versa. C’est pourquoi il y a tant d’incompréhension entre les deux camps.

 

C’est vrai que, parfois, je suis mal à l’aise quand je me retrouve dans les endroits où il y a eu des affrontements. Mais je me dis qu’il y a toujours eu des troubles à Belfast, alors la meilleure chose à faire est de les ignorer et d’espérer qu’il n’arrive rien à ses proches.

 

Selon moi, on ne pourra jamais régler le problème, parce que les antagonismes sont et resteront très forts. Que l’Ulster soit rattaché à l’Irlande ou au Royaume-Uni, il y aura toujours des personnes que ça fâchera. A mon avis, la situation va perdurer, sauf si le gouvernement prend une décision vraiment significative, comme Sir Iam Paisley et Martin McGuinness l’ont fait il y a quelques années [ces deux hommes politiques, respectivement ancien président du Parti unioniste démocrate (protestant) et ancien président du Sinn Féin (catholique), ont signé un accord en mars 2007 pour la formation d’un gouvernement d’union en Irlande du Nord, un événement considéré comme un tournant historique]. Je pense aussi que le gouvernement doit faire un travail d’éducation à destination des jeunes générations, pour leur expliquer les raisons de la division et les différences entre les deux religions."

 

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de Rachel Holman, journalisme à FRANCE 24.