LIBYE

Notre Observateur témoigne de la situation à Tripoli, capitale coupée du monde

 Les journalistes étrangers ne peuvent plus se rendre à Tripoli. Mises à part , les informations sur la situation dans la capitale libyenne sont rares. Nous sommes parvenus à joindre un de nos Observateurs sur place.

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Les journalistes étrangers ne peuvent plus se rendre à Tripoli. Mises à part les parties d’échec auxquelles se livrent Mouammar Kadhafi, les informations sur la situation dans la capitale libyenne sont rares. Nous sommes parvenus à joindre un de nos Observateurs sur place.

 

Les combats ont repris près de Tripoli. Des affrontements entre l’armée régulière et les rebelles ont fait 13 morts, le 12 juin, à Zaouiah, à 50 kilomètres de la capitale libyenne. Les frappes de l’Otan sur cette ville sont par ailleurs quasi quotidiennes depuis le 19 mars.

 

Le "Guide" libyen refuse toujours de quitter le pouvoir. Le porte-parole de son gouvernement a encore rejeté, le 12 juin, une offre de la Turquie d’accueillir Mouammar Kadhafi sur son sol si celui-ci acceptait l’exil. La Cour pénale internationale porte pourtant des accusations de plus en plus graves contre le dirigeant libyen, affirmant avoir la preuve que des crimes de guerre, notamment des viols collectifs, ont été commis depuis le début de l’insurrection.

 

Vidéo d'une manifestation anti-Kadhafi à Tripoli, début juin. Vidéo publiée sur YouTube.

"À Tripoli, il est difficile de savoir de quel côté est votre voisin"

Mokhtar (pseudonyme) vit à Tripoli. Il fait partie des militants du Free Generation Movement, un groupe d’opposition qui publie des informations et des images de Tripoli.

 

Cela fait plusieurs semaines qu’Internet est coupé, mais nous continuons à diffuser nos vidéos grâce à une connexion satellite.

 

Au début de ce mois, des opposants ont été tués par des milices pro-Kadhafi dans le quartier de Soug al-Joumaa. Les funérailles, qui ont eu lieu le lendemain, se sont transformées en manifestation contre le régime. Les forces de l’ordre ont fini par tirer sur les manifestants pour les disperser.

 

Vidéo de l'enterrement des oppposants. Vidéo publiée sur YouTube.

 

Depuis, la situation est plus ou moins stable. Les bombardements continuent, mais il n’y a presque plus de manifestations, même après la prière du vendredi. Cela est sans doute dû à la violence de la répression. Car à chaque fois qu’un noyau de contestation voit le jour dans un quartier de la ville, les forces de sécurité investissent l’endroit, fouillent les maisons et procèdent à des arrestations.

 

À Tripoli, contrairement à Misrata ou Benghazi, il n’y a pas de combats entre pro et anti-Kadhafi. Les insurgés, ici, procèdent plutôt à des opérations ciblées la nuit ou à l’aube. Ils brûlent par exemple des tentes installées par l’armée aux points de contrôle. La répression a rendu les opposants extrêmement prudents. Ils évitent de trop communiquer. À Tripoli, il est difficile de savoir de quel côté est votre voisin.

 

"Il y a régulièrement des accrochages dans les stations-service à cause de la pénurie"

 

La vie de tous les jours continue quasi normalement. Dans certains quartiers, comme Soug al-Joumaa, beaucoup de commerces sont fermés et les habitants ne circulent plus beaucoup. Mais c’est une exception. Nous ne manquons pas non plus de vivres, même si les prix ont quasiment triplé. Ce qui nous fait réellement défaut, c’est l’essence. Il y a régulièrement des accrochages dans les stations-service à cause de la pénurie.

 

Il est difficile de savoir comment les choses vont évoluer. On ne sait pas si cela se terminera par une offensive des insurgés venant de l’Est, ou si ce sont plutôt les bombardements de l’Otan qui sonneront le glas du régime de Kadhafi. On espère seulement que la fin est proche."

 

Dispersion de la manifestation à Tripoli. Vidéo publiée sur YouTube.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à FRANCE 24.