Burkina Faso

Une semaine après la mutinerie de Bobo-Dioulasso, les commerçants s’inquiètent

 Les mutins de Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, n’auront épargné aucun commerce. La semaine dernière, les soldats du camp Quezzin Coulibaly ont mis à sac boutiques, supermarchés et stations-service, semant la terreur à travers la ville. Impuissants, les commerçants demandent le soutien de l’État.  

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Photo envoyée par Yayous1, Observateur de FRANCE 24. 

 

Les mutins de Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, n’auront épargné aucun commerce. La semaine dernière, les soldats du camp Quezzin Coulibaly ont mis à sac boutiques, supermarchés et stations-service, semant la terreur à travers la ville. Impuissants, les commerçants demandent le soutien de l’État.

 

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, les soldats, qui réclamaient des indemnités de logement et de formation, s’en sont pris aux commerces de la ville, tirant en l’air et pillant tout sur leur passage. Le 3 juin, le président burkinabé Blaise Compaoré a décidé d’envoyer sa Garde présidentielle mater la mutinerie.

 

Depuis trois mois, l’armée burkinabè, qui estime que l’État ne paye pas assez ses soldats, exprime avec violence son mécontentement. Mais jusqu’à vendredi dernier, les autorités n’avaient jamais eu recours à la force.

 

Une semaine après le début des troubles, les hommes du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) poursuivent l’opération de sécurisation de Bobo-Dioulasso, qui consiste à traquer les mutins en fuite. Mercredi, un officier commandant l’opération a affirmé que 93 militaires avaient été arrêtés.

 

La mutinerie des soldats a été précédée de la colère des étudiants, rejoints par les magistrats et plus largement l’opposition politique. Il s'agit de la crise la plus grave à laquelle le président Blaise Compaoré doit faire face depuis son arrivée au pouvoir en 1987.

"Si nous ne sommes pas dédommagés d’ici à deux semaines, nous irons manifester à notre tour"

Issa tient un magasin de matériel informatique à Bobo-Dioulasso.

 

Ma boutique se trouve à 100 mètres du camp militaire. Elle a été l'une des premières cibles des mutins. Les ordinateurs, les portables, les imprimantes, tout a été volé. Ils ont aussi détruit l’intérieur du magasin et brisé les vitres. Je n’ai plus rien à vendre. Tous les commerçants de la ville sont en colère contre les mutins. Nous ne comprenons pas pourquoi ils s’en sont pris à nous alors qu’ils en veulent à l’État.

 

Nous avons demandé au gouvernement de dédommager les commerçants qui ont été victimes des pillages. Mais la priorité des autorités politiques aujourd’hui, c’est de rétablir l’ordre dans la ville et d’arrêter les mutins en fuite. Elles nous demandent de garder notre calme le temps d’un retour à la normale. Si d’ici à deux semaines nous ne sommes toujours pas remboursés, alors nous irons manifester.

 

Photo d'un magasin de prêt-à-porter après les pillages des mutins, à Bobo-Dioulasso. Envoyé par Yayous1, Observateur de FRANCE 24. 

 

Les militaires de la Garde présidentielle sont en train de ratisser toute la ville pour retrouver les objets volés. Ils ont mis en place un numéro vert pour mettre à contribution la population. Ils ont dit qu’ils réuniraient les commerçants pour que chacun récupère ses biens. Mais cela va créer des conflits entre les commerçants.

 

Les forces de l'opération de maintien de l'ordre poursuivent leur ratissage dans la ville. Photo envoyée par un Observateur

 

 

Aujourd’hui, nous sommes les premières victimes d’un pouvoir qui vacille

 

Le commerce à Bobo a beaucoup souffert de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, où toutes les exportations ont été stoppées [Bobo-Dioulasso est situé dans le sud du Burkina Faso, entre la Côte d’Ivoire et le Mali]. Aujourd’hui, si l’État ne nous vient pas en aide, les activités économiques vont clairement ralentir.

 

La semaine dernière, après la mutinerie, les commerçants de Bobo se sont rassemblés devant le camp militaire et devant la mairie qu’ils ont incendiée. Je n’étais pas présent mais je comprends ce geste. Nous nous débrouillons depuis 15 ans sans aucune aide de l’État. Et maintenant que Blaise Compaoré n’arrive plus à maîtriser ses hommes, nous sommes les premières victimes d’un pouvoir qui vacille. Je pense que l’ère Blaise Compaoré est finie."

 

Photo envoyée pour un Observateur. 

Billet rédigé avec la collaboration de Peggy Bruguière, journaliste à FRANCE 24.