Le conflit entre le gouvernement algérien et les médecins contestataires s’envenime après la répression brutale d’une manifestation de blouses blanches le 1er juin dernier, à Alger. Au cœur de ce bras de fer, un service civil obligatoire dénoncé par les manifestants comme un véritable exil intérieur.
 
La colère gronde depuis longtemps chez ces médecins résidents en cours de spécialisation - l’équivalent des internes français. Trois mois de grèves illimitées et plusieurs sit-in n’ont pas entamé la détermination des autorités algériennes à conserver un système de service civil qui impose aux médecins fraîchement spécialisés de passer entre une et quatre années dans des localités reculées du pays. Il s’agit, pour le gouvernement, d’assurer une présence médicale pointue dans des régions peu attractives pour maintenir le maillage du territoire national.
 
Déjà échaudés par la précarité de leur statut, les médecins résidents s’insurgent contre le manque de moyens et le caractère obligatoire du service civil. Près de 4 000 médecins originaires de tout le pays s’étaient ainsi rassemblés le 1er juin à l’hôpital Mustapha d’Alger. La situation a dégénéré au moment ou les contestataires ont essayé de sortir du centre hospitalier pour manifester leur colère sur la voie publique. Selon le quotidien "El Watan", plusieurs dizaines de manifestants ont été blessés dans les échauffourées, et 27 ont fait l’objet d’un certificat d’incapacité de travail.
Vidéo postée sur YouTube par Zyriabe
 
Les forces de police anti-émeute s'efforcent de cantonner la manifestation des médecins contestataires à l’établissement hospitalier Mustapha. Après 1’12, le cordon policier cède sous la pression des manifestants.

"Après 7 ans d’études, on nous traite comme des terroristes !"

Docteur Zerizer est un des porte-parole du Collectif autonome des résidents algériens.
 
Ce 1er juin, la police était présente en masse afin de nous cantonner dans l’établissement hospitalier Mustapha. Ce dispositif insultant a attisé la colère des manifestants et la situation a dégénéré en chaos total quand plusieurs centaines de médecins résidents ont essayé de forcer le cordon policier… Nous sommes des personnes civilisées, ayant fait de longues études, et la police nous traite comme des hors-la-loi ou des terroristes !
 
Il faut savoir qu’en tant que médecin résident, nous sommes ballotés entre le statut d’étudiant et celui de praticien - on gagne l’équivalent de 300 euros par mois pour 50 h de travail par semaine, sans compter les gardes. Cela pose aussi de gros problèmes pour toutes les femmes parmi nous qui ne peuvent prétendre à un congé maternité… Résultat : certaines reprennent le travail une semaine après avoir accouché ou 15 jours après une césarienne !
 
Nous protestons aussi contre ce système de service civil qui nous impose des affectations dans des localités parfois très reculées après l’obtention de notre spécialisation. Même les mieux classés doivent purger leur peine et se retrouvent à 800 km de chez eux dans des conditions très difficiles… À quoi cela sert-il d’envoyer un chirurgien dans une petite bourgade complètement démunie de moyens ? Au final, on se retrouve à mettre les malades dans des ambulances à destination des grandes villes.
 
De notre côté, on propose de regrouper les moyens humains et matériels dans les chefs-lieux des préfectures. Surtout, il faut mettre en place un principe d’incitation pour les médecins spécialistes à travers le logement, les salaires, et les possibilités de carrière afin d’établir un maillage du territoire durable… Sinon, on se retrouvera avec des localités où les patients seront privés de gynéco ou d’ophtalmo certaines années."
Vidéo postée sur YouTube par Deleguemprbenaknoun
 
Cette vidéo retrace le déroulement de la manifestation du 1er juin, depuis la sortie en force de l’hôpital Mustapha jusqu’à la libération des derniers manifestants interpellés.

Photos de la manifestation du 1er juin

 
Un manifestant blessé dans les échaffourées du 1er juin.
 
La pancarte de ces manifestants dénonce l'imposant dispositif policier opposé aux médecins résidents.