CHINE

Les images amateurs, seuls témoignages de la révolte en Mongolie intérieure

 Mergen, un berger de 35 ans, est mort écrasé le 11 mai par un camion transportant du charbon alors qu’il tentait de bloquer un convoi pour protester contre la surexploitation des ressources minières de sa région. Sa mort a déclenché un mouvement de révolte sans précédent que, depuis une semaine, Pékin cherche à museler.

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Répression lors de la manifestation des éleveurs dans la région de Xiliingol, le 23 mai.Photo postée par SMHRIC.

 

Mergen, un berger de 35 ans, est mort écrasé le 11 mai par un camion transportant du charbon alors qu’il tentait de bloquer un convoi pour protester contre la surexploitation des ressources minières de sa région. Sa mort a déclenché un mouvement de révolte sans précédent que, depuis une semaine, Pékin cherche à museler.

Tout au long de la journée du 10 mai, une quarantaine d’éleveurs de Xiliingol, dans la région autonome chinoise de Mongolie intérieure, se sont opposés au passage d’un convoi d’une centaine de camions transportant du charbon. Passé minuit, un groupe de camionneurs a décidé de forcer le passage en chargeant le groupe de bergers avec leurs véhicules. Selon le Centre d'information sur les droits de l’Homme de Mongolie intérieure, le corps de Mergen a été traîné sur 150 mètres par l'un des camions, puis a été écrasé plusieurs fois par les autres véhicules.

 

Le corps de Mergen après l'accident. Photo postée sur SMHRIC.

Les deux conducteurs ont été arrêtés le lendemain et inculpés pour homicide. La famille de l’éleveur aurait été indemnisée à hauteur de 560 000 yuans (60 500 euros) par l’État, une somme importante qui avait pour objectif de calmer les esprits.

Pourtant quelques jours après, des milliers de Mongols se sont faits l’écho du combat de Mergen dans les villes environnantes de Xiwuqi, Xilinhot, Xianghuangqi et Zhenlangqi. Le 27 mai, des centaines de manifestants, dont de nombreux étudiants, se sont heurtés à la police anti-émeute à Hohhot, la capitale de la région, où un important dispositif de forces paramilitaires avait été déployé (Voir les photos ci-dessous). Un bilan de 40 arrestations a été communiqué dimanche par les organisations de défense des droits de l’Homme. Les autorités n’évoquent que quatre arrestations.

 

Dimanche, le numéro 1 du parti communiste de la région, Hu Chunhua, a affirmé devant un parterre d’étudiants qu’il "partageait leur opinion sur la situation présente" et leur a promis que les chauffeurs de camions seraient  "rapidement et sévèrement punis".

 

Manifestation le 26 mai, dans la circonsription de Huveet Shar.Photo postée sur SMHRIC.

La minorité mongole représente 17% de la population de Mongolie intérieure, qui compte 23 millions d'habitants. La très grande majorité de la population de cette région est constituée de Hans, la principale ethnie présente en Chine.

 

Billet rédigé avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à FRANCE 24.

Déploiement sécuritaire dans la capitale, Hohhot

Les axes principaux de Hohhot sont barrés.

Véhicules de la police anti-émeute.

Matériel militaire déposé dans une rue de Hohhot.

Des caméras filment discrétement plusieurs endroits de la ville.

 

Photos prises le 29 mai à Hohhot. Postées sur SMHRIC.

"Quand on recherche les mots ‘Mongolie intérieure’ sur Internet dans la région, rien n’apparaît"

Enghebatu Togochog est le président du Centre d’informations sur les droits de l’Homme en Mongolie intérieure. Il vit à New York.

L’exploitation des mines de charbon en Mongolie intérieure a commencé il y 5 ans. Elle s’est particulièrement intensifiée il y a deux ans dans la région de Xiliingol. Les autorités chinoises n’ont vraiment pas été honnêtes dans cette histoire. En 2001, elles ont lancé un vaste plan de 'migration écologique' dans différentes zones habitées par les éleveurs mongols. Elles leur ont demandé de quitter la région et de s’installer dans les grandes villes afin de permettre au sol de se régénérer. Mais tout ceci n’était qu’un prétexte. En 2009, les autorités de Pékin ont décidé que la Mongolie intérieure serait "la base énergétique de la Chine" et elles ont laissé s’installer de très nombreuses compagnies d’exploitation minière exactement à l’endroit qui devait être 'protégé'.

Les personnes qui ont manifesté début mai sont soit des Mongols qui ont résisté à la politique de relocalisation, soit des personnes qui sont revenues au bout de quelques années parce qu’elles n’arrivaient pas à s’intégrer dans les grandes villes majoritairement peuplées de Hans.

"Ces terres sont devenues une véritable zone de non-droit dont toutes les compagnies disposent à leur guise au mépris des autochtones"

Aujourd’hui, la situation est très grave. Les sols sont surexploités, les pâturages où travaillaient les bergers ont été dévastés par le passage des camions. La végétation souffre du manque d’eau car les mines ont énormément pompé dans les réserves souterraines. La conséquence de tout ça sera inévitablement une accélération de la désertification de la région. Ces terres sont devenues une zone de non-droit dont toutes les compagnies disposent à leur guise, au mépris des autochtones. D’après nos informations, la compagnie qui employait les chauffeurs accusés d’avoir tué  Mergen n’avait pas d’autorisation pour exploiter ce terrain.

La politique des autorités chinoises est de plus en plus hostile aux Mongols. L’objectif, aujourd’hui, est clairement d’éliminer notre culture. Ces dernières années, une politique de fusion des écoles dispensant un enseignement en mongol a été mise en place. Résultat, les établissements sont de moins en moins nombreux et de plus en plus éloignés des logements. Beaucoup d’élèves ont été obligés d’abandonner l'école, d’autres ont intégré des établissements chinois. C’est pour ça que le peuple se réveille. Si l’on ne peut ni apprendre sa langue, ni suivre son mode de vie, on arrive à un point critique et le peuple mongol risque de disparaître.  

 

Lors de la manifestation des éleveurs dans la région de Xiliingol, le 23 mai.Photo postée par SMHRIC.

"Des gens ont été arrêtés mais les autorités agissent encore avec une certaine retenu"

Selon nos dernières informations, les autorités chinoises ont rendu le service de messagerie instantanée QQ inaccessible dans la région. Il en est de même pour la plupart des réseaux sociaux, les forums, ainsi que les blogs. Quand on recherche les mots 'Mongolie intérieure' sur Internet, rien n’apparaît. Les mails sont très lents et ceux qui ont des pièces jointes ne passent plus. La censure est, en revanche, très rapide. Les gens nous disent au téléphone qu’ils ont pris plein de photos mais n’ont aucun moyen de les envoyer.

Ce qui se passe aujourd’hui est sans précédent en Mongolie intérieure. Tout le monde s’est joint à la contestation, les étudiants, les intellectuels, les travailleurs. Ce mouvement est spontané et aucune organisation ne le centralise. Cela explique pourquoi les autorités ont du mal à le circonscrire. Des gens ont été arrêtés mais elles agissent encore avec une certaine retenue. [Selon un média chinois à l’étranger, une dizaine de personnes auraient été tuées dans la manifestation du 30 mai à Hohhot, NDLR]. Elles sont vigilantes car elles ne connaissent pas les caractéristiques du mouvement de contestation mongole, à la différence du Tibet ou des Ouïghours du Xinjiang. Les manifestants, quand à eux, font très attention à ne pas employer les mots qui fâchent comme 'autodétermination' ou 'droits de l’Homme'. Ils demandent juste le respect de leurs terres et de leurs traditions."

 

Manifestations des étudiants mongols devant le siège du gouvernement, à Xiliinhot, la capitale de la région de Xiliingol, le 25 mai.

 

Manifestation, le 27 mai, à Shuluun Huh, dans la région de Xiliingol. Postées sur SMHRIC. Selon l'organisation, 40 personnes auraient été arrêtées ce jour-là et plusieurs auraient été battues.