Les bâtiments d’une ancienne gare ferroviaire face à la montée du fleuve Mississipi. Photo publiée par panoramman le 15 mai 2011.
 
Afin de protéger la Nouvelle-Orléans d’une crue exceptionnelle du fleuve Mississipi, les autorités ont décidé d’inonder les localités situées en amont de l’agglomération. Un choix qui a déclenché la colère des habitants des zones concernées qui ne comprennent pas pourquoi leurs terres et leurs maisons sont sacrifiées.
 
Six ans après le passage de l’ouragan Katrina, la ville de la Nouvelle-Orléans est menacée par de nouvelles inondations, conséquences d’une crue exceptionnelle du Mississipi. Gonflé par le dégel et les pluies diluviennes du mois d'avril, le fleuve est devenu, ces dernières semaines, six fois plus large que d’habitude.
 
Pour protéger la ville d'une nouvelle catastrophe, les autorités américaines ont choisi de mettre en œuvre un gigantesque système de dérivation du fleuve Mississipi. Pour ce faire, plusieurs vannes du canal de Morganza, situé sur le cours du fleuve, ont été ouvertes par le génie de l'armée américaine afin de délester le fleuve en crue. L’opération, qui a commencé le 14 mai, s’étend sur plusieurs jours et doit permettre d'acheminer l'eau vers le golfe du Mexique.
 
Mais ce délestage, qui devrait provoquer l'inondation de 1,2 million d'hectares, se fera au détriment des zones les moins peuplées de la région. Les flots détournés du fleuve menacent près de 24 000 personnes et 13 000 bâtiments notamment dans le bassin l'Atchafalaya. Les autorités ont déjà commencé à évacuer la population dans les zones rurales concernées.
 
Le centre des États-Unis connaît les pires inondations depuis 70 ans. Des milliers d'habitations, de fermes et de voies de communication ont été détruites par les eaux dans l'Illinois, le Missouri, le Kentucky, le Tennessee et le Mississippi.
 
 

"S’ils avaient ouvert les vannes avant, l’eau aurait été évacuée petit à petit"

Casey W.S vit à Houma dans le sud de la Louisiane. Sa ville est menacée par les inondations provoquées par l’ouverture des vannes du canal de Morganza.
 
Nous attendons les premières crues pour mardi ou mercredi et nous avons tous très peur. Sans argent pour nous rendre dans un lieu plus sûr, nous sommes obligés de rester là et de nous préparer au pire. Nous avons fait des réserves d’eau, de boîtes de conserves, de piles électriques…Nous avons déplacé tous les objets de la maison en hauteur et nous sommes préparés comme s’il s’agissait d’un nouvel ouragan. Selon les journaux, des sacs de sable seront distribués gratuitement par des prisonniers avant la montée des eaux. Nous pensons en récupérer quelques uns pour les installer devant la maison. Nos voisins non plus n’ont pas les moyens d’évacuer. À ma connaissance, personne n’a quitté le quartier pour se mettre à l’abri.
 
Nous avons eu à peine trois jours pour nous préparer à cette montée des eaux.
[L’eau pourrait monter jusqu'à 4,5 mètres dans certaines zones]. Depuis, très peu d’information ont été données par les autorités. Nous ne savons même pas où se trouve le maire.
 
C'est la seconde fois depuis sa construction en 1954 que le que canal de Morganza est ouvert. La première fois a eu lieu en 1973 [juste au-dessous des vannes ouvertes à 1’50]. Vidéo de wcwascom postée le 15 mai 2011.
 
 
"Depuis l’ouragan, les compagnies d’assurances ne proposent plus d’assurer contre les inondations"
 
Nous sommes vraiment en colère que le gouverneur de l’État de Louisiane, Bobby Jindal et l’armée aient choisi de sauver deux villes, Bâton-Rouge [capitale de l’État de Louisiane] et la Nouvelle-Orléans, au détriment de notre ville et des localités plus petites [le gouverneur de Louisiane Bobby Jindal a précisé que la sécurité des raffineries et des centaines de puits de pétrole et de gaz naturel situés aux alentours de la Nouvelle Orléans était une priorité].
Ce n’est pas juste ! Ils auraient pu réagir beaucoup plus tôt car cela fait déjà plusieurs semaines que le fleuve Mississippi connaît une crue exceptionnelle. S’ils avaient ouvert les vannes avant, l’eau aurait été évacuée petit à petit et ils auraient épargné nos maisons et nos champs. Au lieu de cela, ils ont attendu le dernier moment.
 
Là où j’habite, nous sommes très vulnérables. Depuis l’ouragan Katrina, en 2005, les compagnies d’assurances ne proposent plus d’assurer contre les inondations. Ceux qui avaient un contrat d’assurance avant Katrina ont pu le conserver, mais il est impossible, depuis, d’en signer de nouveaux. Et beaucoup de gens dans ma région sont au chômage depuis la marée noire déclenchée par l’explosion de la plate-forme pétrolière de BP dans le Golfe du Mexique.
 
Plus rien n’est sûr aujourd’hui. Tout peut arriver."
 
La ville de Krotz Springs est l’une des premières villes touchées par les inondations. Les habitants assistent impuissants à la montée des eaux. Vidéo de chrisof225 postée le 16 mai 2011.
 
  Deux jours avant l’ouverture des vannes du canal de Morganza, la capitale de l’État de Louisiane, Bâton-Rouge, se préparait déjà à d’éventuelles inondations. Des dizaines de sacs de sables ont été placés sur le long du fleuve. Vidéo de Roadkill724 postée sur Youtube le 13 mai 2011.
 
 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Cécile Loïal, journaliste à FRANCE 24.