IRAN

Les miliciens bassidjis conspués pendant un match de foot à Téhéran

 Lors d’un match entre une équipe saoudienne et une équipe iranienne, des miliciens bassidjis, le bras armé du régime, ont manifesté pour dénoncer la politique du royaume wahhabite. Pour la première fois, ils ont été battus et expulsés du stade par la police. Une altercation révélatrice des conflits de pouvoir à la tête de l’État iranien.

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Les supporters crient des slogans anti-bassidjis, le 12 mai, au stade Azadi de Téhéran. Capture d'écran de cette vidéo.

 

Lors d’un match entre une équipe saoudienne et une équipe iranienne, des miliciens bassidjis, le bras armé du régime, ont manifesté pour dénoncer la politique du royaume wahhabite. Pour la première fois, ils ont été battus et expulsés du stade par la police. Une altercation révélatrice des conflits de pouvoir à la tête de l’État iranien.

Le 3 mai, lors d’un match de la Ligue des champions d’Asie entre l’Al Ittihad de Djeddah et le Persepolis de Téhéran, plusieurs centaines de bassidjis,  une milice sous l’autorité de l’État chiite, ont profité de l’occasion pour protester contre l’aide apportée par  l’État saoudien au régime barheïni. Ils dénonçaient la répression dans le sang des manifestations chiites organisées depuis le 14 février pour réclamer le départ de la dynastie sunnite au pouvoir au Barheïn.

Installés dans les tribunes du stade Azadi de Téhéran, les bassidjis ont brandi des drapeaux barheïnis et scandé des slogans contre la famille Al Saoud qui règne sur l’Arabie saoudite. Face à cette mobilisation imprévue, les forces de sécurité iraniennes ont été contraintes d’intervenir pour  maîtriser la situation.

Une semaine plus tard, ils étaient environ deux cent bassidjis à revenir à l’assaut lors d’un match entre le Al-Nassr FC de Riyad et l’Esteghlal de Téhéran. Mais cette fois-ci, c’est le stade entier qui les a conspués en hurlant d’une seule voix "Bassidjis, honte à vous, dégagez de ce stade".

 

A la sortie du stade, les supporters continuent

Vidéo postée sur YouTube par freedommessenger20.

La manifestation des bassidjis lors du match de mercredi au stade Azadi

Les bassidjis crient des slogans contre le régime saoudien en arabe afin que leur message soit compris dans tout le monde arabe.Sur ces images, ils brandissent le drapeau de Barheïn.

"Les Iraniens en ont ras-le-bol d’entendre depuis 30 ans les mêmes slogans anti-Occident ou anti-Arabie-saoudite"

 

Ali X. est un ancien journaliste et vit à Téhéran.

 

Je n’ai pas le souvenir que la police ait attaqué des miliciens bassidjis auparavant, car ces formations sont toutes censées défendre le régime. C’est d’autant plus étonnant qu’il y a eu une vraie bagarre et que certains bassidjis ont été battus. 

 

L’altercation peut s’expliquer par le fait que la situation est très tendue entre l’Iran et les pays du Golfe. Plusieurs consignes avaient été données avant le match pour que l’évènement ne soit pas utilisé à des fins politiques. Par ailleurs, le gouvernement était très inquiet que les médias internationaux, présents pour couvrir le championnat, ne profitent d’un incident pour parler de la situation politique.

 

Au lendemain de cet évènement, le parlement iranien a officiellement condamné le traitement des bassidjis par la police. Ce qui fait que lors du match de mercredi dernier, quand les bassidjis ont lancé une nouvelle action, la police n’a pas osé lever le petit doigt. Ce sont donc les supporters de l’équipe iranienne d’Esteghlal qui les ont hués. Le stade s’est mis à chanter des slogans anti-bassidjis et anti-gouvernement. [Sur une des vidéos, on entend clairement le slogan "Pas de Gaza, pas de Liban, ma vie pour l’Iran" un slogan qui dénonce le soutien des autorités au Hamas de Gaza et au Hezbollah libanais].

 

"Tout le monde a pu voir, en direct, pendant quelques secondes, le stade scander des slogans anti-bassidjis"

 

C’est la première fois que les supporters d’Esteghlal ont une telle réaction. Même le coach de l’équipe a condamné publiquement l’action des bassidjis. Cela montre que les miliciens ne sont pas du tout appréciés par la population. Je pense aussi que les Iraniens en ont ras-le-bol d’entendre, depuis 30 ans, les mêmes slogans anti-Occident ou anti-Arabie-saoudite. Par ailleurs, le pays traverse une crise économique difficile, tous ces éléments font que les supporters sont partis au quart de tour.

Les supporters scandent "Bassidjis, honte à vous, dégagez de ce stade".Vidéo postée sur YouTube par enemywhipe.

 

Ce qui est fou c’est que ce match a été diffusé en direct alors qu’en général, sur la télévision iranienne, les matchs importants sont retransmis avec une minute de décalage au cas où quelque chose devrait être coupé. Résultat : tout le monde a pu voir, en direct, pendant quelques secondes, le stade scander des slogans anti-bassidjis.

 

"Cet événement est à remettre dans le contexte d’une guerre des chefs à la tête de l’État iranien"

 

En Iran, il y a deux pouvoirs parallèles. Celui du président Ahmadinejad et celui de l’ayatollah Khamenei, guide suprême de la révolution. Ces deux pouvoirs ont des relations très tendues ces derniers temps. Et les bassidjis, en tant que militaires, obéissent au guide suprême. Même s’ils n’ont pas prononcé le nom d’Ahmadinejad, leur intervention peut être comprise comme une provocation contre le Président dans un contexte de conflits entre les chefs. De même, si le Parlement a condamné les policiers pour avoir frappé les Bassidjis, ce n’est pas hasard. Le Parlement est un des principaux soutien de Khamenei."

 

Les manifestants scandent "Pas de Gaza, pas de Liban, ma vie pour l’Iran", un slogan qui dénonce le soutien des autorités au Hamas de Gaza et au Hezbollah libanais.  Postée sur YouTube par UNITY4IRAN.

Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.