Affiche de l'organisation "Patagonia sin represas" (Patagonie sans barrage). Photo-montage postée sur Flickr par Felipe Cancino.
 
Terre des amoureux de la nature, la Patagonie chilienne pourrait bientôt accueillir, au milieu de ses montagnes enneigées, cinq barrages hydro-électriques. Devant le danger environnemental que ces installations représentent, les écologistes se mobilisent et entraînent dans leur sillage des milliers de Chiliens prêts à en découdre avec les autorités.

Après trois années de procédure, le projet de construction de cinq barrages hydro-électriques, baptisé HydroAysen, a finalement été approuvé le 9 mai par la commission d'évaluation environnementale d’Aisén, région du sud du pays où seront engagés ces travaux gigantesques. Les barrages seront construits dans deux vallées aujourd’hui sauvages.

À l’annonce de cette décision, des milliers de Chiliens sont descendus dans les rues de Valparaíso, La Serena, Temuco ou Valdivia pour protester contre cette décision administrative. Le lendemain, les associations écologistes annonçaient des manifestations quotidiennes pour faire pression sur le gouvernement.

Et la contestation est aussi sur Internet puisque, le 11 mai, le site du projet HydroAysen a fait l’objet d’une cyber-attaque.  Les écologistes prévoient enfin de multiplier les recours devant un conseil ad hoc de ministres, ou en justice, pour empêcher le début des travaux, prévu en 2014.

Le projet HydroAysen, dont le coût s’élève à 2,2 milliards d'euros, comprend l'inondation de 5 900 hectares de terres vierges en Patagonie, une des plus grandes réserves naturelles du monde. L’objectif est de répondre aux besoins énergétiques du très puissant secteur minier chilien. Le projet devrait produire 2 750 mégawatts, ce qui augmenterait de 20% la capacité électrique du Chili.
 
Campagne "Patagonia sin represas" (Patagonie sans barrage). Photo postée sur Flickr par Felipe Cancino.

"Un des responsables d’HydroAysen se trouve être le frère de Cecilia Morel, la femme du président chilien"

Pablo Trujillo Novoa vit dans la capitale Santiago. Il milite contre le projet de 'Hydroaysen'.

J’ai répondu à l’appel lancé par l’organisation la plus mobilisée de cette contestation, ‘Patagonia sin represas’. Elle a organisé des rassemblements dans tout le pays. Nous étions environ 4 000 à Santiago. Parmi les participants, il y avait des députés et des sénateurs venus manifester de manière pacifique. Nous n’avons pas pu finir le défilé car les policiers nous ont dispersés avec des lances à eau et des gaz lacrymogènes.
 

Postée sur YouTube. Les policiers utilisent des lances à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser les opposants au projet 'HydroAysen', le lundi 9 mai 2011, à Santiago du Chili.

Le gouvernement a également répondu par la répression dans d’autres villes. Les policiers ont procédé à des arrestations de manifestants pacifiques, qui n’avaient, ni attaqué les forces de l’ordre, ni même bloqué les rues. Un juge a d’ailleurs déclaré que ces arrestations étaient illégales.

Le gouvernement justifie le projet HydroAysen en brandissant la menace d’une pénurie énergétique dans les prochaines années. Mais ce projet aura des conséquences effroyables sur l’environnement et sur l’écosystème de la région. Les autorités ne s’intéressent pas aux autres énergies renouvelables comme l’énergie solaire ou les éoliennes.

Une enquête d’opinion publiée en avril dernier montre que plus de 60% de la population est contre ce projet. Seul le gouvernement le défend et visiblement, à n’importe quel prix.

Il faut préciser que des accusations de conflit d’intérêt entre le gouvernement et l’entreprise de construction pèsent sur ce projet. Car un des responsables d’HydroAysen se trouve être le frère de Cecilia Morel, la femme du président chilien. La commission d'évaluation environnementale qui a donné le feu vert a forcément manqué d’objectivité dans son évaluation car ses membres sont proches du gouvernement.

"À n’importe quel moment, la contestation peut prendre des formes plus radicales"

Ce projet de cinq barrages hydro-électriques ne concerne pas seulement la région d’Aisén, où ils seront construits, mais tout le pays car il faudra déployer des milliers de kilomètres de câbles à haute tension à travers sept États pour acheminer l’électricité qui sera produite. [2000 km de lignes seront construits.  Selon la compagnie HidroAysen, la ligne sera en partie sous-marine pour contourner parcs nationaux et paysages spectaculaires, mais traversera effectivement des "zones forestières protégées et des forêts primaires"]

Le Chili n’a pas besoin d’un tel projet, surtout lorsque l’on sait que ces centrales ont une durée de vie d’une cinquantaine d’années. Cela veut dire que dans cinquante ans, il nous faudra trouver un nouveau moyen de produire de l’électricité.

En nous réprimant, le gouvernement tente de nous priver de notre droit à manifester, mais cela ne me décourage pas. À n’importe quel moment, la contestation peut prendre des formes plus radicales parce que le gouvernement agit avec violence contre les détracteurs du projet."

 

Mobilisation nationale contre les barrages

Manifestation à Perto Montt, au sud du pays le 10 mai. Postée sur Twitpic.
Répression d'une manifestation dans la ville de  Valdivia, au sud du pays. Vidéo postée le 10 mai.
 
À Santiago, le 10 mai. Photo postée par Positivamente Negativo.
 
À Santiago, le 10 mai. Photo postée par Positivamente Negativo.
 
À Santiago, le 10 mai. Photo postée par Positivamente Negativo.
Les manifestants construisent des barricades en réponse au déploiement policier à Santiago, le lundi 9 mai 2011.
 

Campagne "Patagonia sin represas". Photo postée sur Flickr par Felipe Cancino.
 
Des habitants de la Patagonie manifestaient déjà en 2008 contre le barrage.
 
Billet écrit avec la collaboration de Cécile Loïal, journaliste à France 24.