MEXIQUE

San Malverde, saint patron des voleurs et des narcotrafiquants

 Les barons de la drogue mexicains ont tellement de pouvoir qu’ils ont réussi à se dégoter leur propre saint patron : San Malverde. Tous les ans, le 3 mai, les habitants de l’État de Sinaloa, bastion du plus gros cartel mexicain, situé dans le nord du pays, célèbrent le saint des bandits.

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 Un autel dédié à San Malverde, dans un bar de Mexico. Photo postée sur Flickr par David Agren

 

Les barons de la drogue mexicains ont tellement de pouvoir qu’ils ont réussi à se dégoter leur propre saint patron : San Malverde. Tous les ans, le 3 mai, les habitants de l’État de Sinaloa, bastion du plus gros cartel mexicain, situé dans le nord du pays, célèbrent le saint des bandits.

 

Avec sa grosse moustache brune, son foulard de Zorro et sa ceinture de pistolet, San Malverde ressemble plus à un personnage de western qu’à un saint. Mais le fait qu’il n’ait pas été reconnu par l’Église catholique n’a pas empêché ses fidèles de construire des chapelles et des autels en son honneur le long des routes du narcotrafic, en direction de la frontière avec les États-Unis.  

 

Sa popularité est tellement grande chez les trafiquants de drogue que la police californienne commence désormais à chercher sur les suspects des accessoires à l’effigie du saint pour pouvoir déterminer s’ils sont liés, ou non, à un cartel mexicain.

 

La célébration de San Malverde commence le 3 mai, avec des processions hautes en couleur à travers les rues de Culiacan, la capitale de l’État de Sinaloa. Puis des bals dansants sont organisés pendant lesquels des musiciens chantent en l’honneur de Malverde. D’autres festivités, moins importantes, ont lieu au Mexique ou au sein de communautés mexicaines vivant aux États-Unis – essentiellement dans les zones où les cartels sont particulièrement implantés.

 

 

A Culiacàn, le 3 mai 2008, pour le 99e anniversaire de la mort de Jesus Malverde.Photo postée sur Flickr par manuelaguna.

La fête de San Malverde le 3 mai 2011. Les chanteurs mariachis chantent "Je prie pour lui et visite sa chapelle, Malverde !"

 

 

"Les gens qui le prient ont tous un lien, ou du moins des sympathies, avec les activités illégales"

Grabriel Regino est professeur de criminologie à Mexico City et spécialiste des traditions populaires en lien avec le crime organisé.

 

Jesus Malverde a vraiment existé mais sa vie a été très romancée et de nombreuses histoires fausses ont été racontées, notamment sur sa mort, pour construire un véritable mythe autour de sa personne. Il a vécu dans l’État de Sinaloa, à la fin du XXe siècle et son vrai nom était Jesus Juaneznazo. Son surnom Malverde (‘Mauvais vert’ en espagnol) vient du fait qu’il se cachait derrière les buissons et les arbres avant de s’attaquer aux riches propriétaires.

  

On dit qu’il était un peu comme Robin des Bois, il volait aux riches pour donner aux pauvres. Selon la légende, quand il a été capturé et pendu par les autorités, celles-ci auraient refusé d’enterrer son corps. Un paysan serait venu le voir et lui aurait dit : 'j’ai perdu mon âne et ma vache. Si tu m’aides à les retrouver, je t’enterrerai comme un chrétien'. Et l’âne et la vache seraient apparus derrière le corps. Le paysan défia alors les autorités et enterra Malverde. Cette légende est une référence inconsciente au mythe grec d’Antigone, qui avait défié Créon, le roi de Thèbes, pour enterrer le corps de son frère considéré comme traitre à la Cité. 

 

"Les producteurs de marijuana avaient besoin de s’en remettre à une force ‘surnaturelle’ pour combattre les autorités"

 

Malverde est mort en 1909, mais son culte n’a pas été popularisé avant les années 1970. À cette époque, la frontière entre les États de Sinaloa, Chihuahua et Durango étaient devenu le centre névralgique de la production de marijuana et d’opium de par son climat idéal et sa localisation isolée. Le gouvernement a essayé de mettre fin à la culture du pavot et de la marijuana mais les populations locales lui ont opposé une résistance féroce. L’armée est donc intervenue pour éradiquer cette pratique par la force et les habitants, qui ont subi une vague de répression sanglante, ont eu besoin de s’en remettre à quelque chose de 'surnaturelle' pour se donner de la force dans leur combat.

 

La chapelle de San Malverde. Vidéo postée sur YouTube.

 

Certains racontaient ‘Je me suis évadé de prison grâce à Malverde', '’Ils m’ont tiré dessus mais m'ont raté et c’est grâce à Malverde’"

 

C’est à ce moment là qu’ils ont commencé à prier Malverde et très vite des 'miracles' ont été rapportés. Certains racontaient : 'Je me suis évadé de prison grâce à Malverde', 'Ils m’ont tiré dessus et m’ont raté et c’est grâce à Malverde', etc. Finalement, une chapelle a été construite pour ce nouveau héro populaire, et, ironie du sort, elle fait face au bâtiment du gouvernement local de Culiacan ! Avec les nouvelles générations est arrivée la mode des tatouages, des t-shirts et des bijoux à l’effigie de Malverde, tous sont portés par les narcotrafiquants.

 

Après la marijuana et l’opium, dans les années 1980, c’était le boom de la cocaïne. Les barons de la drogue ont continué à invoquer Malverde, mais en essayant de lui donner une plus grande légitimité. Et bien que celui-ci ait été rejeté par l’Église catholique, ils l’ont béatifié de leur côté, baptisé San Malverde et ont commencé à l’associer à la Vierge de Guadeloupe [nom donné à la Vierge Marie lors de son apparition à un indigène du Mexique en 1531] que ce soit dans sa représentation et dans son histoire. 

 

 

Des stickers à l’effigie de San Malverde sur une voiture, dans le sud de la Californie. Photo postée par lipendo sur Flickr.

 

"Son culte s’est étendu aux zones où les cartels ont imposé le trafic et la violence"

 

Aujourd’hui, Malverde est populaire principalement à Sinaloa, mais son culte s’est étendu aux zones où les cartels ont imposé le trafic et la violence. Ces fidèles ne sont pas tous des trafiquants de drogue, mais les gens qui le prient ont tous un lien, ou du moins des sympathies, avec les activités illégales. Les pauvres et les personnes sans éducation qui font appel à lui espèrent– même inconsciemment – que la 'protection' des cartels par le saint, s’étendra à eux."

 

 

Buste de Malverde à Culiacàn, état de Sinaloa. Photo postée sur Flickr par David Agren.

 

 

Du savon Malverde en vente dans une chapelle en son honeur dans le quartier de Doctores, à Mexico. Photo postée sur Flickr par David Agren.

 

 

Médaille de Malverde en vente à Los Angeles, en Californie. Photo postée sur Flickr par Muskito.

 

Billet publié avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à FRANCE 24.