Ce jeune étudiant syrien de Banias (nord du pays) a choisi YouTube pour défier le régime syrien. Dans un pays où l’on risque la prison pour quelques mots jugés déplacés, il lance un message à visage découvert à la communauté internationale. Il nous explique pourquoi il a pris ce risque insensé.
 
La vidéo a été tournée le mardi 26 avril à Banias. Derrière le jeune étudiant, Adel, on voit une foule qui manifeste pour condamner la répression en cours dans la ville de Deraa (sud du pays).
 

"Je ne regrette pas mon geste et je n’ai pas peur. Le plus important, c’est que la vérité éclate au grand jour."

Au lendemain de cet enregistrement, nous avons joint Adel par webcam :
 
Cela fait plus d’un mois que nous manifestons à Banias. Ces manifestations ont certes été couvertes par les médias arabes, mais nous voulons faire parvenir notre message aux organisations internationales. C’est pour cela que j’ai choisi d’enregistrer cette vidéo en anglais en m’adressant à la communauté internationale. Les gouvernements arabes ne demanderont jamais des comptes à nos autorités pour la répression que nous subissons. Mais les organisations internationales peuvent, elles, essayer de faire pression. Je suis contre une intervention militaire étrangère, mais je voulais dire au monde que nous ne sommes ni salafistes ni communautaristes. La loi sur l’état d’urgence a été abrogée, mais  Bachar al-Assad prépare une loi contre le terrorisme. Il veut faire passer les manifestants pour des terroristes et justifier ainsi la répression aux yeux de la communauté internationale.
 
Evidemment mes proches ont essayé de me dissuader de publier cette vidéo, mais ce n’est pas la peur qui va amener le changement.
 
Je suis parfaitement conscient des risques que je prends. Je sais que je cours le danger d’être arrêté, emprisonné, torturé et accusé de collaboration avec des étrangers ou avec les sionistes. J’encours certainement 20 ans de prison. Je peux aussi tout simplement être assassiné.
 
Déjà aujourd’hui, je ne peux plus me permettre d’aller à la faculté, j’ai peur qu’on me kidnappe. Je sais que je suis surveillé et que mon téléphone est sur écoute. De toute façon, ici, il suffit de participer à une manifestation pour figurer sur la liste des gens à arrêter.
 
Je ne regrette pas mon geste et je n’ai pas peur. Le plus important, c’est que la vérité éclate en plein jour."