RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Violents affrontements entre étudiants et policiers à Kinshasa

 Une querelle au sujet des frais d'inscription aux examens à l'Université de Kinshasa a poussé dans la rue les étudiants. Une manifestation qui s'est soldée par des affrontements avec la police avant-hier, provoquant la mort d'au moins une personne.

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Une querelle au sujet des frais d'inscription aux examens à l'Université de Kinshasa a poussé dans la rue les étudiants. Une manifestation qui s'est soldée par des affrontements avec la police avant-hier, provoquant la mort d'au moins une personne.

 

L’année passée, les étudiants devaient payer 5 000 francs congolais [environ 4 euros, NDLR] pour passer leurs examens. En début de semaine, les responsables de l’Université de Kinshasa ont annoncé que ces frais étaient désormais fixés à environ 10 euros, en application d’une circulaire prise par le ministre congolais de l’Enseignement supérieur.

 

Des étudiants rassemblés devant un bâtiment administratif de l'Université de Kinshasa, le mardi 26 avril, en train de crier : "Nous ne bougerons pas d'ici. Tuez-nous et Etienne Tshisekedi (un de leaders de l'opposition congolaise) sera au courant". Vidéo postée par Trs simpleman sur Facebook.

 

 

"Les gens pensent qu'il faut user de la force pour faire bouger les choses"

Jean-Clément Yongola est étudiant à la faculté de droit de l’Université de Kinshasa. Il réside sur le campus universitaire.

 

Tout a commencé le matin du mardi 26 avril, vers 9 heures. Nous étions venus comme d’habitude assister aux cours, mais on a trouvé les portes de nos amphithéâtres fermés. Seuls les étudiants qui avaient déjà payé les frais exigés étaient autorisés à entrer.

 

Beaucoup d'étudiants n'étaient pas en règle et ils se sont énervés. Car cet incident fait suite à l'annonce de l'augmentation des frais d'inscription aux prochains examens, une nouvelle qui était déjà très mal passée.

 

"Les policiers ont alors tiré à balles réelles sur les manifestants"

 

J’ai vu des étudiants se regrouper devant le bâtiment administratif de l’université. Ici, si on veut bouger les autorités, les gens pensent qu'il faut user de la force. Ils ont saccagé le bâtiment. Ensuite, ils ont détruit une station d’essence en construction, non loin de la cité universitaire. Les policiers ont alors tiré à balles réelles sur les manifestants. Les étudiants ont répondu par des jets de pierre. Selon nos sources, deux étudiants ont été tués et un policier a succombé des suites de ses blessures. Plusieurs blessés ont été conduits aux cliniques universitaires [les médias locaux évoquent un mort et trois blessés].

 

Les étudiants transportent un de leurs compagnons, blessé par balle lors de la manifestation du mardi 26 avril. Vidéo postée sur Facebook par Trs simpleman.

 

« Nous étudions dans des conditions déplorables et personne ne s’en préoccupe »

 

La manifestation de mardi était un cri d’exaspération. Nous étudions dans des conditions déplorables et personne ne s’en préoccupe.

 

Récemment, l’eau a été coupée pendant deux semaines sur le campus universitaire. L’électricité, n’en parlons pas. Nous subissons des coupures intempestives chaque jour, en dehors du système de délestage [depuis plusieurs années, la société nationale d’électricité fournit l’électricité par rotation à ses abonnés].

 

Les frais d’études ne font qu’augmenter chaque année. Quand j’ai commencé mes études universitaires en 2006, je me rappelle qu’il fallait payer en tout 90 euros. Aujourd’hui, on paye 135 euros. Mais nos parents, fonctionnaires pour la plupart, ont toujours des salaires insignifiants et irrégulièrement payés. Et la petite bourse d’études d'environ 20 euros que le gouvernement a promise cette année aux étudiants de dernière année ne leur a jamais été versée.

 

L'État exige que nous payions des frais d'inscription élevés, mais en contrepartie, rien n'est fait pour améliorer nos conditions d’études. Nous ne bénéficions pas non plus d’une formation de qualité. Les professeurs, mal payés et démotivés, viennent de moins en moins donner leurs cours. Ils nous envoient le plus souvent leurs assistants."

 

 

Billet rédigé en collaboration avec Trésor Kibangula, journaliste à FRANCE 24.