SYRIE

Vidéo amateur: les manifestants canardés lors d'un sit-in à Homs

 Une vidéo particulièrement impressionnante de la répression policière en Syrie circule depuis quelques jours sur Internet. Elle montre la course frénétique de manifestants qui fuient une pluie de balles dans la ville de Homs, en Syrie.

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Une vidéo particulièrement impressionnante de la répression policière en Syrie circule depuis quelques jours sur Internet. Elle montre la course frénétique de manifestants qui fuient une pluie de balles dans la ville de Homs, en Syrie.

 

Selon plusieurs médias, les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur les participants d’un sit-in nocturne le lundi 19 avril dans la ville de Homs, près de la frontière libanaise. Près de 20 000 personnes s’étaient réunies place de l’Horloge dans la journée de dimanche pour réclamer la démission du président Bashar al-Assad. La police aurait attendu la tombée de la nuit, après que la plupart des gens sont rentrés chez eux, pour attaquer les quelques 2 000 manifestants restants. Au moins huit personnes auraient été tuées, selon des témoins.

 

Plus de 350 personnes ont perdu la vie à travers le pays depuis le début des troubles, selon un bilan établi par des organisations de défense des droits de l’Homme, mais l’interdiction aux journalistes étrangers de se rendre dans le pays rend la vérification de ce bilan impossible. Les autorités syriennes, elles, accusent depuis le début des manifestations des "gangs armés" d’être à l’origine des violences.

 

Des réseaux téléphoniques très perturbés, et un fort climat de peur et de suspicion, empêchent la plupart des Syriens de communiquer avec des journalistes hors du pays. Nous avons tout de même réussi à contacter deux habitants de Homs sur Skype. Tous deux relatent la même version de ce qui s’est passé sur la place de l’Horloge dans la nuit du 19 avril.

 

 

La police ouvre le feu sur un sit-in à Homs le 19 avril 2011. Video postée sur YouTube par Shoofee.

Billet écrit avec la collaboration de Lorena Galliot, journaliste à FRANCE 24. 

"Un leader religieux a reçu un appel quelques minutes avant l’attaque. On lui a dit: ‘Partez, ou vous serez tous tués’"

Mona (pseudonyme), 22 ans, est une étudiante à l’université de Homs. Elle habite à quelques minutes de la place de l’Horloge, où la vidéo a été filmée.

 

L’attaque a eu lieu vers deux heures du matin. On dormait, quand soudain le bruit de centaines de coups de feu a réveillé tout le monde dans la maison. Ça faisait un vacarme monstre, comme une énorme tempête. Nous ne pouvions pas sortir (on se serait sûrement pris une balle), mais le lendemain trois personnes différentes, des amis et des proches qui participaient aux manifestations, nous ont raconté comment ça s’était passé.

 

Ce jour-là, les manifestants étaient heureux parce que pour une fois, les autorités ne les avaient pas empêchés de se rassembler comme d’habitude. Ils étaient des dizaines de milliers sur la place de l’Horloge. Il y avait des hommes, des femmes, les gens ont apporté des matelas, des couvertures, de l’eau et de la nourriture – ils avaient l’intention de s’installer durablement sur la place, en organisant des rotations comme sur la place Tahrir en Égypte.

 

Après la tombée de la nuit, les gens ont commencé à quitter la place. Seuls quelques millers de personnes sont restés dormir. Ils ne savaient pas que des hommes des services secrets étaient postés sur les toits tout autour [selon notre deuxième Observateur, d’autres se cachaient dans un cinéma voisin].

 

Peu de temps avant l’attaque, un leader religieux qui est très respecté des manifestants [selon notre deuxième Observateur, il s’agit du Cheikh Sahl Junaid] a reçu un appel sur son portable. On lui a dit : ‘Partez, ou vous serez tous tués’. Le Cheikh a attrapé un porte-voix et a demandé aux manifestants de quitter la place. Il leur a dit : 'Vous êtes comme mes fils et je vous aime', mais la foule s’est mise en colère. Ils pensaient que le leader les abandonnait. Un type s’est emparé du haut-parleur et a encouragé les gens à rester. Le Sheikh a crié : 'Ils nous tueront tous !'. Quelques minutes plus tard, les snipers ont commencé à ouvrir le feu de tous les côtés.

 

Mon cousin qui participait aux manifestations m’a raconté autre chose : alors que les manifestants fuyaient, des hommes dans des camions sont arrivés et leur ont proposé de monter pour se protéger des balles. Beaucoup l’ont fait, mais en réalité les camions étaient conduits par des hommes des services secrets et ceux qui sont montés avec ont été kidnappés et battus. [Notre deuxième Observateur a également parlé de manifestants enlevés dans des camionnettes, mais cette information n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante]."