Selon notre Observateur, en Syrie, la répression n’est pas uniquement l’œuvre de l’armée ou de la police. Sur cette vidéo, aux côtés des policiers, on voit des civils armés qui chantent à la gloire du régime. À l’instar des baltaguyas d’Égypte, le régime syrien aurait lui aussi ses hommes de main pour semer la terreur.
 
La scène se passe dans la nuit du 18 au 19 avril. Des manifestants participent à un sit-in sur la place de l’Horloge à Homs, une ville du centre de la Syrie, lorsqu’ils sont attaqués par des policiers en uniforme et des civils armés. Après l’attaque, qui aurait fait plusieurs morts selon des témoins, les assaillants scandent des slogans à la gloire de Bachar Al- Assad. Sur ces images on voit des policiers en tenue et des miliciens, en civil mais armés, qui se réjouissent côte à côte.
 
Vidéo publiée sur YouTube.
 
Selon notre Observateur, ce n’est pas la première fois que des miliciens participent à la répression de manifestations. À Banias le 10 avril, une milice alaouite avait déjà été chargée de réprimer des manifestations à Deraa. Une intervention qui a fait au moins trois morts et qui a encore renforcé le mouvement de contestation dans cette ville. Mais au départ le pouvoir syrien, au travers des médias de l'État, affirmait que ces milices agissaient de manière indépendante. La collusion entre des civils et les forces de l’ordre semble évidente sur ces images, mais la Syrie étant complétement fermée aux journalistes, il n'est pas à l'heure actuelle possible de corroborer cette information.
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira, journaliste à France 24.

"Le pouvoir utilisait ces miliciens pour discréditer le mouvement de révolte"

Mohamad Abdullah vit à Banias.
 
Au début, ces miliciens ne s’affichaient pas avec les forces de l’ordre comme ils le font maintenant. Ils s’immisçaient parmi les manifestants et semaient le chaos, ce qui permettait au pouvoir de discréditer le mouvement de protestation. Maintenant que cette stratégie ne marche plus, ils n’hésitent plus à intervenir avec les forces de l’ordre.
 
Tout le monde sait que, contrairement à la police ou à l’armée, ces miliciens sont exclusivement alaouites. Le pouvoir les manipule en leur rappelant que, s’il tombe, ils tomberont avec lui."

"Ils sont loyaux envers la famille Al-Assad car sans les cousins de Bachar, leur pouvoir serait menacé"

Revolt Forurlife est un exilé syrien au Canada.
 
On appelle ces miliciens les chabbihas. Leur nom vient de "chabah" [fantôme en arabe], parce qu’ils roulent dans des Mercedes Fantôme noires et parce qu’ils disparaissent aussitôt après l’attaque. Les chabbihas sont apparus dans les années 1980. À l’origine, ce sont des groupes mafieux qui se livrent au trafic de voitures, de drogue ou d’armes, notamment entre la Syrie et le Liban.
 
Le pouvoir a toujours fermé les yeux sur leurs activités, car des membres de la famille Al-Assad sont directement impliqués dans ces trafics. Comme par exemple Noumer Al-Assad, le cousin de Bachar. Le frère aîné de Bachar, Bassel, a un temps essayé de réduire l’influence de ces chabbihas. Il avait peur de voir s’étendre le pouvoir de leurs cousins et que ces derniers menacent ses frères et lui. Mais aujourd’hui la famille s’unit aux milices pour mater la révolte.
 
Les chabbihas sont autonomes : ils ont leurs propres camps d’entraînement dans les régions montagneuses. Cependant, il ne faut pas prendre tous les civils armés pour des chabbihas, car il y a aussi les milices du parti Baath. Les chabbihas sont plutôt au nord du pays. Ils sont loyaux envers la famille Al Assad car sans les cousins de Bachar, leur pouvoir serait menacé."